Algérie: El Gor, ces nomades sous le soleil…

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Novembre 2020. El Gor. Sud-est de Tlemcen, chef lieu de wilaya frontalière avec le Maroc,  comprenant 53 communes pour une population de 1 500 000 habitants.

 

L’hiver semble s’être accommodé avec la chaleur de l’été. Comme si novembre et août ont signé un pacte pour s’épouser, n’en faire qu’un mois. Les pluies manquent et cela inquiète.

 

Dans cet  environnement saharien, 1 500 habitants, des nomades installés dans une zone steppique, vivent sous des tentes éclairées par des panneaux solaires au gré de leur transhumance.

 

Un village mobile doté d’équipements électriques, installés à titre gracieux, fonctionnant grâce à l’énergie solaire. « Cette opération inscrite au programme de développement rural et de lutte contre la désertification, a bénéficié aux nomades vivant dans des zones éloignées et isolées au niveau des quatre communes steppiques de la wilaya de Tlemcen, à savoir El Gor, Bouihi, El Aricha et Sidi Djillali, explique la direction de la conservation des forêts. 

 

Et de préciser davantage « nous avons mobilisé en coordination avec le Fonds de lutte contre la désertification et de développement des zones steppiques, toutes les ressources humaines et matérielles possibles afin de garantir le succès de cette opération qui contribuera à l’amélioration des conditions de vie des habitants des zones des Hauts-Plateaux, notamment les éleveurs ». 

 

« Nous avons pris l’heureuse habitude de nous déplacer avec notre bétail… et une plaque photovoltaïque et des batteries » confie fièrement Hamza, l’air rassuré. 

 

Cet humble citoyen, emmitouflé dans sa djellaba, reconnaît, en outre, que ses enfants ont découvert la télévision avec “ ces plaques prodigieuses”.

 

Selon l’entreprise nationale des industries électroniques (Enie) «le prix des panneaux photovoltaïque  en silicium de 100 Watts qu’elle fabrique s’élève à  raison de 9 500 DA ( 47 euros), sachant que la durée de vie  moyenne des panneaux solaires oscille entre 15 et 20 ans… »

 

Noureddine Yassaa, directeur du centre de recherches dans le domaine des énergies renouvelables à Alger explicite « deux moyens sont possibles pour l’installation des panneaux  photovoltaïques chez soi: soit le système « de stockage » qui est le plus intéressant puisqu’il n’est soumis à aucune réglementation ou loi, soit le raccordement des panneaux solaires au système d’alimentation électrique  principal de Sonelgaz (société étatique d’électricité et de gaz) par le biais d’un second compteur ».

 

Les nomades d’El Gor ont bénéficié du  « système de stockage » qui  est basé sur un simple raccordement entre les  appareils et les panneaux solaires, depuis la phase de captage de la  lumière jusqu’à sa conversion finale en électricité.

 

Au passage, notre interlocuteur nous informe que « en Algérie, le taux de rayonnement solaire dépasse dans  certaines régions du sud du pays, tels Adrar et Aïn Salah, les 3.500 heures/an, alors que  dans le nord du pays, il frôle la barre des 2.600 heures/an, ce qui  représente un potentiel naturel énorme… »

 

Pourquoi le choix a été porté sur El Gor, Bouihi, Sidi Djillali et El Aricha, sommes-nous tentés de dire ? 

 

C’est une zone de référence qui « permet de réaliser les seules installations capables de stocker, puis de restituer des quantités significatives d’électricité et de contribuer ainsi à la satisfaction des besoins de pointe et d’ajustement (…) Il s’agit là d’un projet qui s’inscrit dans le développement durable et ses avantages sont multiples et compétitifs à long terme. L’Algérie recèle d’énormes potentialités lui permettant de développer et généraliser l’énergie solaire à travers tout le territoire» tient à préciser  le professeur et chercheur Amine Boudghene Stambouli, enseignant à l’université des sciences et de la technologie d’Oran (USTO) dans l’ouest algérien.

 

Sur les régions enclavées du sud, le gouvernement s’est engagé à réaliser un programme d’installation de l’énergie solaire dans 18 villages.

 

Rappelons que dans la wilaya d’Illizi,  le village de Torste est  électrifié par énergie solaire et “doté de puits de parcours. Grâce à des panneaux et des batteries installés pour chaque maison. Le lumière, la télévision et le réfrigérateur on fait leur introduction dans les 20 foyers du village”.

 

Perdus nulle part, 1 500 Goriens en perpétuelle quête de pâturage, déplacent leur lumière au gré de leur transhumance. Par la grâce de la technologie et la générosité de l’Etat.

 

«Le jour, nous avions la lumière de l’Eternel, la nuit, celle de nos souffrances ; aujourd’hui, nous sommes sous la clarté de jour comme de nuit. Notre espoir, c’est le passage de quelques nuages pour notre bétail… » prie, avec sagesse, Hamza, sur le seuil de sa tente.

 

Chahredine Berriah

                                                                                         

Initiative soutenue par  MédiaLab Environnement, un projet CFI

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