Daouda Mine, Journaliste: «Je rêve de voir des jumelages, des stages, des immersions et des formations entre médias africains.»

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Dossier – Presse Africaine – Daouda Mine, Journaliste –Directeur des supports numériques du Groupe Futurs médias & Président de la Commission de la Carte nationale de la presse – Une signature, une voix et une image connue et reconnue en République du Sénégal et au-delà des frontières sénégalaises. Rencontre avec un professionnel des médias informe juste et vrai au nom de la sacralité des faits !

                   « Beaucoup de gens, non formés, se sont lancés dans l’information, surtout avec des sites dont le contenu laisse à désirer. » 

Comment peut-on vous présenter aux lecteurs (trices) du site panafricain d’informations générales, Farafinainfo.com ?

Je m’appelle Daouda Mine, je suis journaliste Sénégalais depuis 20 ans. J’ai débuté en 2000 au quotidien «Le Populaire». En 2006, j’ai intégré la rédaction de «L’Observateur» du Groupe Futurs Médias, appartenant au chanteur Youssou Ndour, où j’ai occupé successivement les fonctions de chef du desk «Société», «Médiateur de la Rédaction» et Rédacteur en chef.

     «Cette commission, au sens de la loi, est seule compétente pour délivrer la carte nationale de presse aux journalistes et techniciens de la communication, … »

 En 2014, j’ai été recruté pour diriger la Rédaction de Seneweb. En février 2018, je suis revenu au groupe Futurs Médias pour occuper le poste de Directeur des supports numériques.

J’ai été élu, en janvier 2020, président de la Commission de la carte nationale de presse, instituée par le nouveau code de la presse Sénégalais. Cette commission, au sens de la loi, est seule compétente pour délivrer la carte nationale de presse aux journalistes et techniciens de la communication, mais aussi pour valider l’expérience de ceux qui ne sont pas sortis d’écoles de formation en journalisme.

Comment se porte aujourd’hui «L’Observateur», le plus grand quotidien sénégalais en termes des chiffres de tirage et de son audience, qui a contribué à ma formation?

L’Observateur demeure le premier quotidien du Sénégal en termes de tirage et de vente. Il fait la fierté du groupe Futurs Médias. Il regorge de jeunes journalistes et de correspondants talentueux. Ce qui fait que depuis plus de 15 ans, L’Observateur occupe la première place de tous les sondages effectués par des cabinets indépendants. Aujourd’hui encore, il trône à la tête des quotidiens Sénégalais.

           « Jules Diop était un professionnel aguerri, un manager hors-pair, doté de qualités humaines extraordinaires.  J’étais chef du desk société, responsable des correspondants… « 

Quel souvenir gardez-vous du défunt Jules (Souleymane) Diop, qui m’a ouvert les colonnes de L’Obs ?

Jules Diop était un professionnel aguerri, un manager hors-pair, doté de qualités humaines extraordinaires.  J’étais chef du desk société, responsable des correspondants lorsqu’il était Directeur de publication de « L’Observateur ». Il ne s’est jamais comporté en patron, mais comme un membre de la Rédaction, comme un journaliste. Il traitait ses autres confrères d’égale dignité. Il était un grand homme. Que Dieu l’accueille au Paradis.

Pourquoi aviez-vous quitté le GFM (Groupe Futurs Médias) ?

Honnêtement, je n’ai jamais eu de problèmes au Groupe Futurs Médias. J’étais bien traité par mes patrons, j’avais le respect de mes confrères et j’occupais le poste de Rédacteur en chef du quotidien «L’Observateur», numéro 2 dans l’organigramme, lorsque je quittais. J’avais un salaire acceptable, un véhicule de fonction et d’autres avantages. Et mon salaire n’a jamais tardé à être payé. Donc je n’avais aucun problème au GFM.

C’est juste que je voulais apprendre autre chose. J’avais fait 15 ans de médias classique et je voyais que les choses bougeaient pour évoluer vers le numérique. Mes voyages m’avaient ouvert les yeux sur cet état de fait. C’est pourquoi, lorsque j’ai eu une proposition de Seneweb, le premier portail de l’Afrique de l’Ouest en termes de visites, j’y ai vu une opportunité professionnelle. C’est la raison principale de mon départ.

              «…, j’avais d’excellents rapports avec les patrons du Groupe Futurs Médias et avant mon départ pour Seneweb, Youssou Ndour et son fils Birane Ndour, … » 

Et les raisons de votre retour au sein du GFM ?

Comme je l’ai dit plus haut, j’avais d’excellents rapports avec les patrons du Groupe Futurs Médias et avant mon départ pour Seneweb, Youssou Ndour et son fils Birane Ndour,  respectivement Président du Conseil d’administration et Directeur Général de GFM, ont eu l’amabilité de me recevoir pour connaître mes motivations. Pour savoir pourquoi je voulais quitter «L’Observateur». Je leur avais expliqué et ils m’avaient compris. Nous nous sommes séparés en de très bons termes. Nous n’avons jamais coupé les ponts. Ils me respectaient en tant que professionnel, je louais leurs qualités managériales et humaines. C’est pourquoi, lorsque le poste de Directeur des supports numériques a été créé, ils ont pensé à moi pour l’occuper.

           «…j’ai une connaissance de la presse classique, mais aussi de la presse en ligne… »

Quels souvenirs gardez-vous de votre passage à Seneweb ?

J’ai gardé d’excellents souvenirs de Seneweb. Cet organe m’a aidé à avoir une ouverture vers le digitale, à comprendre la spécificité de la presse en ligne, à faire de moi un meilleur journaliste que je ne l’étais auparavant. Car aujourd’hui, j’ai une connaissance de la presse classique, mais aussi de la presse en ligne grâce à Seneweb. Le fondateur de ce site, Abdou Salam Fall, est un patron génial avec qui je garde encore de très bons rapports. A Seneweb, j’ai également rencontré des gens géniaux qui font partie aujourd’hui de mes meilleurs amis.

Que faites-vous concrètement en tant que Directeur des supports numériques du GFM ? 

Je suis le Directeur de publication du principal site du groupe Futurs Médias www.igfm.sn qui a une rédaction autonome. Je travaille également étroitement avec la responsable digitale, Maguette Coulibaly, qui gère toutes les plateformes digitales (facebook, tweeter, instagram, Youtube…) de toutes les entités du groupe Futurs Médias. Comme je suis journaliste, j’interviens aussi à la Tfm, la télévision du groupe, dans certaines émissions comme «Soir d’Infos», «Infos du matin» et «Jakarloo».

Quand nous disons que Daouda Mine est l’encyclopédie juridique de la presse sénégalaise, à quoi pensez-vous ?

Je pense simplement que ceux qui le disent me font trop d’honneurs.

                    «J’ai fréquenté la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université Cheikh Anta  Diop de Dakar de 1996 à 2000…»

Avez-vous fait des études juridiques ?

Je pense que la chance que j’ai, c’est cela. J’ai fréquenté la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université Cheikh Anta  Diop de Dakar de 1996 à 2000 avant d’être journaliste. Ce qui fait de moi, de facto, un journaliste spécialisé en droit. Durant ma carrière, j’ai couvert beaucoup de procès et fait énormément de chroniques judiciaires. J’ai une certaine connaissance des lois Sénégalaises et j’ai été formé au commentaire de texte à la Fac de droit. Ce qui me donne une certaine aisance dans le traitement de l’actualité judiciaire et dans l’interprétation de certaines décisions des autorités.

             «Je rêve de voir des jumelages, des stages, des immersions et des formations entre médias africains.»

 Quel regard portez-vous sur la presse africaine en général et sénégalaise en particulier ?

La presse africaine est dynamique à l’image de l’Afrique et fait de très bonnes choses. Mais je pense qu’elle gagnerait à collaborer davantage. Je rêve de voir des jumelages, des stages, des immersions et des formations entre médias africains. Cela permettra aux journalistes africains de se connaître davantage, de mieux appréhender les spécificités de chaque pays africain et par conséquent de mieux prendre en charge l’actualité africaine. Les journalistes africains doivent faire eux-mêmes l’actualité africaine. Malheureusement, très souvent, nous journalistes africains consommons des dépêches d’agences étrangères qui parlent d’actualités africaines, avec toutes les imperfections, les préjugés et la désinformation qu’elles comportent des fois…

              «… parce que l’ancien code de la presse Sénégalais favorisait ces dérives.»

La presse sénégalaise se porte-t-elle bien aujourd’hui ?

La presse Sénégalaise connaît des travers, mais les choses commencent à bouger pour son assainissement. Beaucoup de gens, non formés, se sont lancés dans l’information, surtout avec des sites dont le contenu laisse à désirer. Tout simplement, parce que l’ancien code de la presse Sénégalais favorisait ces dérives.

Mais un nouveau code a été voté, il définit maintenant qui est journaliste et qui ne l’est pas et a institué une commission de la Carte nationale de presse, seule habilitée à donner la qualité de journaliste et de technicien de la communication au Sénégal. Commission que j’ai l’honneur de diriger et qui va participer à l’assainissement de la presse Sénégalaise.

              «Honnêtement, il y a des choses bonnes et des choses moins bonnes.»

Etes-vous fiers du traitement de l’information des journalistes sénégalais ?

Honnêtement, il y a des choses bonnes et des choses moins bonnes. D’une manière générale, le traitement de l’actualité fait par les journalistes sénégalais est correct car la presse Sénégalaise regorge de bons professionnels. Il y a de très bonnes écoles de formation en journalisme au Sénégal. Toutefois, des fois, on tombe sur des articles et des vidéos qui vous font même honte d’être journaliste Sénégalais.

Quelle lecture faites-vous de la couverture de la présidentielle guinéenne du 18 octobre 2020 par la presse sénégalaise ?

Il n’y avait pas beaucoup d’envoyés spéciaux de la presse Sénégalaise pour couvrir la présidentielle guinéenne du fait de la fermeture des frontières et du contexte de Covid-19. Toutefois, j’ai remarqué que la plupart des papiers sur la couverture de cette présidentielle étaient factuels. On rendait juste compte d’un événement, du déroulement du scrutin, du décompte des voix, des déclarations des hommes politiques guinéens et des experts internationaux et de quelques incidents. On se gardait de se lancer dans l’information intemporelle avec des commentaires, des analyses et autres. Je pense que c’était fait à dessein pour éviter de détériorer les relations entre les deux pays que tout lie. La Guinée et le Sénégal, en réalité, ne font qu’un, sur tous les plans. Il n’y a que les frontières artificielles qui les séparent. Et je pense que la presse Sénégalaise le comprend parfaitement.

Macky Sall, Président de la République du Sénégal, a alerté sur les dérives de la presse en ligne. Que pensez-vous de cette alerte présidentielle ?

Il a raison, c’est un fait. Mais en tant que clé de voûte des institutions, celui qui est élu au suffrage universel pour présider aux destinées du pays, il ne doit pas se limiter à condamner. Il doit agir en conséquence. Il y a une loi portant Haute autorité de régulation de la communication et de l’audiovisuel (Harca), qui doit remplacer l’actuel Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra), qui peine à être voté. Or, c’est cet organe prévu par le nouveau code de la presse qui est censé réguler la presse en ligne, tout en continuant à réguler la presse écrite, les radios et les télévisions.

                     « …le président Macky Sall devrait faire voter toutes les lois qui participent à l’assainissement de la presse. « 

En effet, à l’état actuel de la législation sénégalaise, il n’y a aucune instance pour réguler la presse en ligne, le Cnra n’ayant pas les compétences pour le faire. Il ne peut réguler que l’audiovisuel, c’est à dire les radios et les télévisions. Donc, au-delà de l’indignation, le président Macky Sall devrait faire voter toutes les lois qui participent à l’assainissement de la presse. C’est ce qu’on attend de lui.

Les premières cartes de presse seront délivrées quand en tant que président de la Commission de la carte nationale de presse et de validation des acquis de l’expérience ?

Nous pensons que d’ici fin mars 2021, les dépôts seront ouverts et les cartes éditées. En tout cas, tout est fin prêt. Nous avons calé le spécimen de la carte nationale de presse, qui sera biométrique et sécurisée. Nous avons terminé le règlement intérieur de la commission et le canevas pour la validation des acquis de l’expérience. Nous avons terminé le site qui doit recueillir les dépôts en ligne et la liste de toutes les personnes titulaires de la carte nationale de la presse. Nous avons aussi envoyé une correspondance à la Commission des données personnelles (Cdp) pour demander l’autorisation de collecter les données des journalistes et techniciens de la commission, pour être en conformité avec la loi.

Mieux, le président de la République, Macky Sall, a signé mercredi dernier le décret d’application portant fonds d’appui à la presse. Fonds qui doit financer le fonctionnement de la Commission de la carte nationale de presse et de validation des acquis de l’expérience.

Quels sont les critères d’attribution de la carte de presse au Sénégal ?

Selon le code de la presse, la Commission peut délivrer la carte nationale de presse à ceux qui sont sortis d’écoles de formation en journalisme reconnues par l’Etat, à ceux qui ont la licence et 2 ans d’expérience et à ceux qui n’ayant pas fait d’école de formation, n’étant pas titulaires de la licence, mais qui ont 10 ans d’expérience dans la collecte, le traitement et la diffusion de l’information.

L’article 29 du Code de la presse précise que tout postulant à la carte nationale de presse doit jouir de ses droits civiques et civils et fournir un dossier comprenant obligatoirement :

– un quitus délivré par l’organe d’autorégulation (le Cored) ;

– une demande indiquant, entre autres, l’adresse à laquelle le postulant pourra être convoqué ;

– un extrait d’acte de naissance ou une photocopie de la carte nationale d’identité ;

– un extrait de casier judiciaire datant de moins de trois mois ;

– une copie certifiée conforme du diplôme d’une école de journalisme reconnue par l’État ou tout autre document reconnu équivalent par les autorités gouvernementales compétentes ;

– un engagement à tenir la commission informée de tout changement intervenu dans sa situation, et à rendre la carte à la commission, dans le cas où il perdrait la qualité de journaliste ou de technicien des médias;

– trois photos d’identité.

          «Non,  elle va juste participer à l’assainissement. Il y a plusieurs choses qui doivent aller ensemble pour véritablement assainir la presse.»

Cette carte presse peut-elle assainir la presse sénégalaise ?

Non,  elle va juste participer à l’assainissement. Il y a plusieurs choses qui doivent aller ensemble pour véritablement assainir la presse. La commission de la carte nationale de presse doit fonctionner normalement. Mais à côté, le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (CORED)  doit jouer son rôle d’autorégulation avec son tribunal des pairs qui est habilité à sanctionner un journaliste en marge de la loi.

Comme je l’ai dit plus haut, la loi portant Harca doit être votée pour agir sur les sites en ligne. Aussi, le gouvernement, devrait appliquer des sanctions aux entreprises de presse qui ne respectent pas ou ne font pas respecter les dispositions du code de la presse. En quoi faisant ? En les excluant de l’aide à la presse ou du fonds d’appui à la presse, par exemple, et en ne leur faisant pas bénéficier de certaines exonérations dont bénéficie la presse. De cette manière, tout le monde, acteurs comme entreprises de presse, vont jouer le rôle et la presse sera assainie, on l’espère.

                  « Je pense qu’il ne doit plus y avoir de débat. Le président Macky Sall a changé la constitution en 2016 pour y mettre un article qui dispose … »

Le troisième mandat pour Macky Sall fait débat au Sénégal. Et le locataire du Palais continue d’entretenir le flou sur ses intentions réelles. Quel décryptage  faites-vous de ce débat qui est loin de connaître son épilogue ? 

Je pense qu’il ne doit plus y avoir de débat. Le président Macky Sall a changé la constitution en 2016 pour y mettre un article qui dispose que «nul ne peut faire plus de deux mandats consécutifs».  A ceux qui tentent d’interpréter en invoquant la loi de la non rétroactivité de la loi, le même Macky Sall, concepteur de ce changement constitutionnel, l’a dit et redit lui-même : il termine son dernier mandat en 2024. Dans son dernier livre sorti à la veille de la présidentielle de 2019, il l’a encore écrit noir sur blanc, sur au moins trois pages. Donc pour moi, il n’y a plus de débat. Le Président Macky Sall termine son dernier mandat en 2024.

                               « … la balle est entre les mains du président Macky Sall. »

Pensez-vous que le dernier mot reviendra au Conseil Constitutionnel pour trancher comme lors de la promesse électorale du Macky Sall, s’il est élu de faire un mandat 5 ans au lieu de 7 ans, qui était prévu par la nouvelle Constitution ?

Effectivement, si le président Macky Sall ravale ses propos et dépose sa candidature en 2024, seul le Conseil Constitutionnel est habilité à trancher le débat. Nous sommes dans un état démocratique avec des lois et le Conseil constitutionnel est l’instance habilitée à trancher les litiges électoraux. Mais honnêtement, je souhaite qu’on n’en arrive pas là. Et pour cela, la balle est entre les mains du président Macky Sall. Il lui suffit tout simplement de ne pas déposer sa candidature en 2024 et la démocratie sénégalaise sera sauve. Il s’en sortira grandi, lui aussi !

La Grande Interview réalisée par Camara Mamady

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