L’activiste Abass D : « À l’approche d’échéances électorales décisives, le pouvoir exécutif semble enfin… »
REGARD D’UN ACTIVISTE. Abass Diagana, activiste de la société civile de son état, a répondu aux Questions de Farafinainfo.com et s’est prononcé ainsi sur les informations marquantes de la semaine écoulée en Guinée, en Afrique et dans le Monde. [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS].
Abass Diagana, Activiste de la société civile
« La récente déclaration de soutien de la Corée du Nord à l’Iran, notamment en matière d’assistance militaire, envoie un message clair aux puissances occidentales: les États-Unis et Israël ne sont plus seuls à pouvoir user de la force pour imposer leur vision du monde. »
1)– [ISRAEL-IRAN] – Évoquant le conflit israélo-iranien, Kim Jong-Un a dit sans ambages : « Nous soutenons l’Iran et sommes prêts à lui offrir toute l’aide possible ». Que pensez-vous de cette déclaration du Président Nord-Coréen, qui n’est qu’une prise de position ?
Depuis des décennies, le conflit israélo-palestinien est marqué par une asymétrie criante, tant sur le plan militaire que diplomatique. L’État d’Israël, fort de sa supériorité technologique et militaire, mène régulièrement des opérations qualifiées de “disproportionnées” contre la population palestinienne, souvent prise au piège dans des territoires occupés ou assiégés. Cette dynamique de violence, loin de susciter une condamnation unanime sur la scène internationale, bénéficie au contraire d’un soutien politique — parfois tacite, parfois explicite — de la part des grandes puissances occidentales.
À Washington comme à Paris, les déclarations officielles ont souvent tendance à valider le narratif israélien du “droit à se défendre”, reléguant au second plan les réalités vécues par les civils palestiniens sous blocus ou sous bombardements. L’ancien président américain Donald Trump, allant jusqu’à reconnaître unilatéralement Jérusalem comme capitale d’Israël, a consolidé une ligne pro-israélienne déjà bien ancrée dans la politique américaine. Emmanuel Macron, quant à lui, a récemment réaffirmé “le droit d’Israël à assurer sa sécurité”, sans toutefois évoquer la situation humanitaire alarmante à Gaza ou les atteintes répétées aux droits fondamentaux dans les territoires occupés.
Ce soutien politique, doublé d’une aide militaire et économique massive, contribue à entretenir un déséquilibre structurel dans le rapport de force entre Israël et les Palestiniens. Paradoxalement, certains analystes rappellent que les mouvements armés, tels que le Hamas, sont nés dans un contexte de frustration, de colonisation et de marginalisation systémique – un contexte dans lequel Israël, selon plusieurs sources historiques, aurait indirectement favorisé l’émergence de ces groupes dans le but d’affaiblir l’OLP et de fragmenter la résistance palestinienne.
Ainsi, le discours dominant dans les chancelleries occidentales occulte souvent une réalité plus complexe, où l’occupation prolongée, les colonisations illégales et la répression constante nourrissent un cycle de violences. Face à cette situation, de nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer non seulement les actions de l’État israélien, mais aussi la responsabilité morale et politique de ceux qui, par leur silence ou leur soutien actif, cautionnent une injustice qui dure depuis plus de 75 ans.
Alors que le conflit israélo-palestinien continue de prendre une tournure de plus en plus explosive, de nouveaux acteurs entrent en scène, menaçant de transformer une guerre régionale en un affrontement aux dimensions mondiales. La récente déclaration de soutien de la Corée du Nord à l’Iran, notamment en matière d’assistance militaire, envoie un message clair aux puissances occidentales : les États-Unis et Israël ne sont plus seuls à pouvoir user de la force pour imposer leur vision du monde.
Du point de vue de Pyongyang, il s’agit d’un acte de légitime rééquilibrage. Dans une géopolitique dominée depuis des décennies par l’hégémonie militaire occidentale, Kim Jong Un affirme que le temps est venu de remettre en question ce qu’il perçoit comme un monopole injuste de la violence. Car derrière les discours officiels sur la sécurité d’Israël, c’est une guerre d’agression soutenue, voire encouragée, par Washington et Paris qui se joue — une guerre qui, selon plusieurs observateurs, a été provoquée par une série d’actions israéliennes unilatérales, souvent menées en violation du droit international.
La France et les États-Unis, en apportant un soutien diplomatique et militaire quasi inconditionnel à Tel-Aviv, participent activement à une dynamique dangereuse qui pourrait avoir des répercussions bien au-delà du Moyen-Orient. Les tensions s’exacerbent, les alliances se durcissent, et de plus en plus de nations pourraient être entraînées dans une spirale de représailles et de contre-mesures.
Le spectre d’un conflit mondial, bien qu’encore lointain, n’est plus purement théorique. Et comme toujours, ce sont les populations les plus vulnérables qui risquent d’en payer le prix fort. Les premières conséquences se font déjà sentir : les marchés internationaux réagissent à l’instabilité croissante, faisant grimper les prix des matières premières, du carburant, et des denrées alimentaires. Dans les pays du Sud, où l’économie est étroitement liée à ces flux mondiaux, l’impact pourrait être dévastateur.
Il devient donc urgent de sortir du cadre binaire imposé par les puissances occidentales, qui désignent les “bons” et les “méchants” selon des intérêts géopolitiques fluctuants. Une paix durable ne se construira ni sur les bombes, ni sur les soutiens partiaux, mais sur un dialogue équitable qui reconnaît les droits et la dignité de tous les peuples — y compris celui, longtemps oublié, des Palestiniens.
« … une gouvernance en panne, des institutions qui peinent à jouer leur rôle, et un peuple qui attend, encore et toujours, des actes à la hauteur des promesses. »
2-– [MAURITANIE] – « La décision, prise personnellement par le Président (Mohamed Cheikh) El- Ghazouani de régulariser la situation de 1865 pigistes des médias publics d’un coup, est historique. Aucun autre Président n’a osé le faire sur les 30 dernières années. C’est plus que louable car justice vient d’être rendue à des milliers de pères (et de mères) de familles qui ont fait preuve d’endurance et de patience ». C’est ainsi que le brillant journaliste Mohamed Ould Khattatt a révélé cette décision prise par le Président mauritanien. N’est-ce pas une décision salutaire ?
La récente décision du président de la République de régulariser plusieurs travailleurs en situation administrative incertaine, parfois en attente depuis des années, a été saluée par certains comme un geste de justice sociale. Elle marque, du moins en apparence, une reconnaissance tardive de la contribution silencieuse de milliers de travailleurs à l’économie nationale, souvent dans des conditions précaires. Mais cette mesure, aussi bienvenue soit-elle pour les premiers concernés, suscite aussi des interrogations légitimes quant à son opportunité politique.
Car il est difficile d’ignorer le timing. À l’approche d’échéances électorales décisives, le pouvoir exécutif semble enfin se réveiller après de longues années d’immobilisme. Durant ses deux mandats, le chef de l’État a brillé davantage par son silence que par des réformes audacieuses. Sur les questions cruciales qui touchent au quotidien des citoyens — le coût de la vie, la corruption, le chômage des jeunes diplômés ou encore la transparence dans la gestion des ressources publiques — peu d’avancées tangibles ont été enregistrées. À tel point que pour beaucoup, cette soudaine volonté d’agir ressemble davantage à une stratégie électoraliste qu’à un véritable sursaut de gouvernance.
Pendant que l’on met en avant la régularisation comme un symbole d’humanisme politique, les véritables urgences nationales restent sans réponse claire. La question du partage équitable des ressources gazières, sujet hautement sensible et stratégique, reste marquée par une opacité inquiétante. Les marchés publics continuent d’être attribués dans une opacité qui alimente les soupçons de favoritisme, voire de corruption. Quant au recrutement dans les hautes sphères de l’État, il demeure trop souvent soumis à des logiques clientélistes au détriment de la compétence et de la transparence.
Dans ce contexte, si la régularisation annoncée a une portée sociale incontestable, elle ne saurait faire oublier l’essentiel : une gouvernance en panne, des institutions qui peinent à jouer leur rôle, et un peuple qui attend, encore et toujours, des actes à la hauteur des promesses. Le véritable test du leadership ne réside pas dans des annonces tardives, mais dans la capacité à répondre aux attentes profondes d’un pays en quête de justice, d’équité et de progrès durable.
« Le peuple togolais, par son courage et sa détermination, rappelle à tous que la démocratie ne peut être confisquée indéfiniment. Son combat, pacifique mais résolu, mérite non seulement d’être entendu, … »
3)– [TOGO] – Les manifestants protestaient contre des interpellations de voix dissidentes, la hausse du prix de l’électricité et la réforme constitutionnelle, qui consolide (fortement) le pouvoir du Président, Faure Gnassingbé. Quel regard portez-vous sur ces manifestations de protestation au pays des Gnassingbé ?
Au Togo, les récentes mobilisations populaires ne relèvent ni du caprice, ni de l’anarchie. Elles s’inscrivent dans un droit fondamental : celui de manifester pacifiquement, garanti par la Constitution togolaise. En descendant dans la rue, les citoyens réclament plus que des réformes politiques ou économiques ; ils expriment une soif profonde de dignité, de justice sociale, et d’un avenir meilleur. Un droit à l’espérance que rien ni personne ne devrait leur retirer.
Les Togolais, comme tant d’autres peuples africains, aspirent à un véritable changement de gouvernance. Ils refusent de continuer à subir un pouvoir autoritaire, centralisé et souvent déconnecté des réalités quotidiennes. Gouverner un pays, ce n’est pas le diriger d’une main de fer en imposant le silence par la force. C’est écouter, dialoguer et construire avec son peuple. Or, c’est précisément cette absence d’écoute et de transparence qui alimente la frustration, attise la colère et pousse les citoyens à la désobéissance civile.
Depuis trop longtemps, certains régimes africains confondent stabilité et immobilisme, autorité et répression. Ce sont ces logiques de gouvernance rigides, personnalisées, souvent héréditaires ou verrouillées, qui freinent le développement du continent. En refusant l’alternance, en muselant l’opposition, en écartant la jeunesse des débats nationaux, ils condamnent leurs pays à tourner en rond, et leurs populations à l’exil intérieur.
Le peuple togolais, par son courage et sa détermination, rappelle à tous que la démocratie ne peut être confisquée indéfiniment. Son combat, pacifique mais résolu, mérite non seulement d’être entendu, mais également soutenu. C’est en garantissant les libertés publiques, en assurant la transparence des institutions et en partageant équitablement les fruits de la croissance que l’Afrique pourra enfin avancer, librement et dignement.
Tout soutien à ce peuple qui lutte pour son avenir n’est pas un acte politique : c’est un acte de conscience.
Rédaction de Farafinainfo.com
Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat




