En Guinée, certains continuent de croire que l’opinion publique est naïve, incapable de distinguer le vrai du faux. C’est sur cette illusion que prospère encore une politique du déni. Pourtant, les faits sont têtus et implacables, et ils finissent toujours par rattraper les affabulateurs et les adeptes de la fiction politique.
Le 28 décembre dernier, il n’y a pas eu d’élection présidentielle au sens démocratique du terme. Comme l’a si justement résumé le président de l’UFDG : « Ce n’est pas un chef de l’État que l’on a cherché à élire, mais un roi que l’on a voulu introniser. »
Mamadi Doumbouya, candidat à sa propre succession en violation de son engagement initial de ne pas se présenter, n’avait face à lui aucun adversaire crédible. Tous les candidats susceptibles de le battre avaient été écartés en amont. Son seul véritable opposant restait l’abstention.
Et, sans risque d’être contredit, on peut affirmer que cette abstention fut massive. Privés du droit de voter pour le candidat de leur choix, de nombreux électeurs ont simplement déserté les urnes. Ce constat, largement partagé, n’a été sérieusement contesté par personne, pas même au sein du pouvoir.
Ainsi, Mamadi Doumbouya a été déclaré élu sans ferveur populaire, sans liesse ni mobilisation citoyenne, dans une indifférence quasi générale. Fait inédit dans l’histoire politique récente du pays : l’annonce d’une « victoire » présidentielle est passée presque inaperçue. Aucun bain de foule, aucune célébration populaire. L’atmosphère ressemblait davantage à celle d’un deuil national qu’à celle d’un triomphe électoral.
Ce désaveu populaire s’inscrivait dans la continuité du rejet observé lors du référendum, déjà marqué par un processus unilatéral. Déçu par l’absence d’adhésion populaire, le chef de l’État aurait même demandé à ses ministres de ne pas s’impliquer dans la campagne présidentielle, consciente de l’impopularité d’un scrutin excluant tous les prétendants sérieux au fauteuil présidentiel.
Ce n’est qu’après d’insistantes démarches de certains ministres qu’il aurait accepté, à contrecœur, de revenir sur sa décision, tout en posant des conditions strictes : aucune dépense publique, aucune mobilisation de ressources de l’État. « Chacun se débrouille. Gare à celui qui touchera aux deniers publics », aurait-il lancé.
C’est dans ce contexte que Cellou Baldé, ministre de la Jeunesse, s’est précipité pour annoncer qu’il avait été désigné coordinateur de la campagne à Labé. Son principal capital politique reposait sur son ancienne appartenance à l’UFDG et sur une stratégie de surenchère destinée à assurer sa survie gouvernementale. Il semblait d’autant plus fier de cette mission que nombre de ses collègues étaient marginalisés.
Mais cette annonce n’était qu’un bluff de plus. Il fut rapidement désavoué et n’a pu se prévaloir d’aucune contribution réelle. En revanche, il peut revendiquer une place de choix parmi les symboles de la débâcle électorale.
L’absence de l’UFDG sur le terrain, qui n’a présenté ni candidats ni structures de campagne, n’a pourtant pas profité à Cellou Baldé. Bien au contraire, ce vide a mis en évidence son insignifiance politique. Même en apparente situation de monopole, il a échoué lamentablement.
S’il avait enregistré la moindre performance, celui qui affectionne tant l’autopromotion n’aurait pas manqué d’inonder l’opinion d’images et de vidéos attestant de son supposé « exploit ». Faute de preuves concrètes et incapable de démontrer le prétendu basculement politique promis à son nouveau camp, il s’est rabattu sur une propagande mensongère.
Le pouvoir, qui dispose de relais partout sur le territoire et qui mesure parfaitement l’ampleur de la désaffection électorale, ne saurait être dupe indéfiniment. Après avoir accordé, à tort, du crédit à certains hâbleurs politiques et à de véritables tonneaux vides électoraux, l’heure des comptes semble avoir sonné.
Ni à Labé ni ailleurs dans le pays, les promesses n’ont été tenues. Et les représailles ne sont plus à exclure. C’est cette perspective qui inquiète aujourd’hui ceux qui s’étaient présentés comme des faiseurs de rois, prétendant disposer d’une influence capable de bouleverser l’ordre politique et électoral.
Les masques sont tombés. L’agitation fébrile observée après le 28 décembre chez certains alliés du pouvoir, désormais en perte de vitesse, en est la preuve. On assiste à des tentatives désespérées de manipulation des gouvernants par des acteurs désormais désavoués sur le terrain, cherchant à sauver leur position face à la menace d’un limogeage.
La vérité éclate au grand jour : les rois sont nus.
Souleymane SOUZA KONATÉ
Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat
