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Reporter, témoin des faits

À Monsieur le Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation

Monsieur Alpha Bacar Barry,

Monsieur le Ministre,

Je sais que vous êtes un bosseur, un homme attaché au changement et à l’innovation, et que vous aspirez à laisser votre empreinte dans l’histoire de la Guinée, notamment à travers le département que vous dirigez. C’est pourquoi je me permets aujourd’hui de vous inviter à poser un acte fort, un acte que vos prédécesseurs n’ont pas eu le courage ou l’opportunité de réaliser.

Monsieur le Ministre, vous êtes mieux placé que moi pour savoir que nos langues nationales sont désormais reconnues comme langues officielles du pays, même si, dans les faits, elles l’ont toujours été, bien avant leur reconnaissance constitutionnelle. En effet, lors de vos déplacements à l’intérieur du pays, dans les campagnes et lors des rencontres avec les populations, vous avez souvent été contraint de vous exprimer dans les langues locales afin que vos messages atteignent réellement leurs destinataires. Sans cela, ces messages resteraient sans impact.

Monsieur le Ministre, il ne suffit pas d’inscrire noir sur blanc dans la Constitution que nos langues sont officielles pour que les Guinéens puissent les maîtriser et servir efficacement l’État sur toute l’étendue du territoire national sans recourir à des interprètes. Il est indispensable que les futurs cadres que vous formez aujourd’hui dans nos institutions d’enseignement supérieur aient la possibilité et même l’obligation d’apprendre ces langues pendant leur formation, afin d’être capables de travailler partout en Guinée, en parfaite compréhension avec les populations.

Pour ce faire, il faut avoir le courage politique d’instaurer l’apprentissage obligatoire des langues nationales dans les institutions d’enseignement supérieur. Ainsi, chaque étudiant diplômé serait au moins capable de s’exprimer dans trois langues nationales ou plus, à l’image de ce qui se fait dans de nombreuses grandes nations du monde.

Je suis convaincu que vous avez fréquenté de grandes universités à l’étranger et que vous savez à quel point l’apprentissage des langues y occupe une place importante. Je sais également que vous êtes conscient de la nécessité, pour les futurs cadres du pays, de maîtriser nos langues nationales. Cette nécessité se fait particulièrement sentir lorsque vous êtes face aux populations, notamment lors des campagnes de sensibilisation, qui en sont une parfaite illustration.

Une telle politique permettrait à chaque étudiant de découvrir et de s’approprier les valeurs culturelles profondément enracinées dans nos langues, et de transmettre son savoir ainsi que ses messages à la grande partie de la population qui ne comprend pas le français. Car chaque langue est intimement liée à une culture, et la meilleure voie d’accès à cette culture reste la maîtrise de la langue qui la porte. La Guinée dispose, à cet égard, d’une richesse inestimable grâce à sa diversité linguistique.

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Durant les trois années de licence, un étudiant peut aisément apprendre au moins deux langues nationales en plus de sa langue maternelle. Ainsi formé, il n’aurait aucune difficulté à servir l’État partout où il serait affecté, car il y aurait été préparé. Il suffit de demander à nos médecins, enseignants et autres fonctionnaires affectés dans des localités dont ils ne comprennent pas la langue pour mesurer l’ampleur du problème.

Dans de nombreuses universités à travers le monde, chaque étudiant a la possibilité voire l’obligation d’apprendre une langue étrangère afin d’élargir sa culture et ses compétences. Il serait donc judicieux de mettre en place une politique similaire en Guinée, si cela n’est pas encore fait, afin de sortir nos langues nationales de la marginalisation.

Monsieur le Ministre, n’attendez ni demain ni l’année prochaine pour agir. Vous n’avez aucune certitude que vous aurez une autre occasion de le faire. Le monde est fait de changements, qu’ils soient naturels ou liés aux aléas de la vie politique. Vous n’avez pas non plus l’assurance de bénéficier indéfiniment de la confiance de votre hiérarchie. C’est pourquoi il faut battre le fer tant qu’il est encore chaud, afin de ne pas regretter plus tard ce que vous auriez pu accomplir pour entrer dans l’histoire de votre pays.

Il suffit que vous preniez l’initiative. Les promoteurs de nos langues nationales, ainsi que les spécialistes et praticiens de la politique linguistique, sont prêts à s’engager à vos côtés pour atteindre cet objectif.

Je termine en vous disant que je vous adresse ce message parce que je crois sincèrement que vous êtes capable de porter cette réforme. Et même si elle n’est pas réalisée maintenant, elle le sera tôt ou tard, car elle répond à une nécessité incontournable. Je sais également que votre département s’inscrit dans la continuité de l’enseignement primaire, qui doit initier l’enseignement dans et par nos langues nationales. Qu’à cela ne tienne : faites votre devoir et n’attendez pas les autres.

Fellah Tougnatii KAKÉ, Activiste Panafricaniste

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