Farafinainfo.com
Reporter, témoin des faits

Guinée, face à la problématique de la gestion des déchets, le pas vers la reforme transformationnelle majeure du secteur

La croissance démographique, l’urbanisation rapide et l’augmentation des volumes de déchets ont multiplié les défis liés à la salubrité publique. Les collectivités locales disposent souvent de moyens limités, d’une faible expertise technique pour assurer la collecte, le traitement, le recyclage, la transformation industrielle des déchets, une gestion efficace et durable des déchets solides, liquides et biomédicaux.

Un fait aussi marquant dans le dispositif de gestion des déchets dans leur ensemble c’est l’inadéquation du design institutionnel, la multiplicité des intervenants sans réelle répartition des tâches.

Chercher à réaliser des travaux sporadiques de collecte, d’assainissement, de transport des ordures avec utilisation de gros engins à Conakry et à l’intérieur du pays est un échec planifié. 

De plus, les multiples programmes d’assainissement initiés ont toujours manqué de coordination, de plan opérationnel à court, moyen et long termes.

Parallèlement, l’assainissement urbain nécessite une gestion intégrée des réseaux, des stations de traitement et des eaux usées.

La gestion des déchets dans la capitale Conakry est devenue un enjeu essentiel pour la qualité de vie de tous ceux qui y vivent. Toute dynamique orientée dans ce sens devrait découlée d’une étude conséquente élaborée à cet effet.

Une étude prenant en compte tous les facteurs explicatifs du comportement de la population dans le jet d’ordures sur certaines artères urbaines de la capitale, les différents marchés de Conakry, pourquoi les caniveaux servent de dépotoir d’ordures même non ménagères, les difficultés des PME à évoluer dans les quartiers, le niveau des équipements utilisés, la qualification de la main-d’œuvre, l’informalité du secteur, le cadre législatif et règlementaire, l’évolution de la capitale de par sa population et autres facteurs non négligeables….

Face à ces enjeux, la création d’une agence publique spécialisée, centralisée, dotée de ressources techniques et financières permettrait de mieux : organiser la gestion des déchets, mettre en œuvre les programmes d’assainissement, développer l’économie circulaire, transformer les déchets en produits réutilisables,  assurer la gestion intégrée des déchets, l’assainissement urbain et rural, la réalisation d’études techniques et environnementales, ainsi que le développement du recyclage et de la transformation afin de promouvoir un environnement sain et une économie circulaire nationale.

Faire face à la problématique de la gestion des déchets, le pas vers une réforme d’envergure consistera à passer d’un système réactif et timide à un système organisé, financé et contrôlé, porté par l’État, les collectivités et des opérateurs spécialisés. Cela suppose d’agir en même temps sur les lois, les institutions, le financement et les comportements citoyens et disrupter sur toute la ligne.

Une agence publique spécialisée, dotée de la personnalité et juridique placée sous la tutelle générale et administrative du Président de la République, avec une tutelle technique déléguée au Ministère de l’Environnement.

Cette agence publique permettra à la Guinée de passer d’une gestion très dispersée des déchets à un système plus intégré, mieux planifié et plus visible, avec des impacts positifs sur l’environnement, la santé publique et l’accès aux financements internationaux. 

Son principal avantage institutionnel est le fait qu’elle sera le bras technique national unique tout en centralisant l’expertise en déchets (planification, normes, suivi), ce qui évite à chaque commune de réinventer son propre système et renforce la cohérence nationale.

L’agence publique de gestion des déchets créé sera un appui considérable aux collectivités locales, elle accompagne les municipalités pour les plans de gestion, la conception des décharges contrôlées, des centres de transfert et de tri, et la préparation des projets financés par les bailleurs.

Autres articles

Waly D.B titille leur ex allié : « La panenka est…

GUINÉE : Sékou, le fils de Facinet Camara cadre de…

Ses impacts sur l’environnement et la santé porteront sur la réduction des décharges sauvages, la mise en place et la gestion de centres d’enfouissement technique, les installations contrôlées qui limiteront l’extension de dépotoirs anarchiques, avec des bénéfices pour l’air, les sols et les nappes.

Elle affichera la meilleure prise en compte des risques en élaborant les programmes de fermeture/réhabilitation de sites anciens, contribue à la gestion des déchets dangereux et médicaux, et participe aux stratégies nationales de gestion intégrée et durable des déchets.

Étant l’interface clé avec les bailleurs, l’accès aux financements et à la modernisation du secteur vu sa posture d’opérateur national structuré, la tendance à la mobilisation de financements (Banque mondiale, coopération bilatérale) pour les projets d’infrastructures de déchets et de renforcement de capacités seront accentués et soutenus.

Aussi la diffusion de normes et bonnes pratiques portant sur les guides, les cahiers des charges et les référentiels techniques élèveront progressivement le niveau d’exigence pour les communes et les opérateurs privés.

L’État fixe la politique, les communes restent responsables du service local, et l’agence publique ainsi créé agira comme opérateur national de planification, d’appui et de supervision technique via les autorisations, le suivi des sociétés de collecte/transport et la promotion du tri et de la valorisation, en contribuant à structurer un véritable secteur économique des déchets.

Il est évident qu’une agence publique de gestion de déchets bien conçue et bien contrôlée peut afficher un niveau de performance opérationnelle supérieur à celui d’un ministère, mais elle doit rester articulée à une Institution forte pour éviter la fragmentation, la perte de contrôle et les effets pervers de l’agencification.

Son fonctionnement apporte les avantages suivants : plus agiles, moins de lourdeurs administratives, forte orientation résultats, autonomie financière et organisationnelle vernis d’indicateurs typiques portés sur une efficacité opérationnelle, une productivité, une atteinte de cibles et d’objectifs spécifiques. Aussi, l’agence publique reposera sur une stratégie claire, des valeurs fortes (qualité, rigueur), le renouveau de la gouvernance publique, l’excellence technique.

L’expérience a souvent montré qu’une agence performe souvent mieux sur des missions précises grâce à sa structure, tandis qu’un ministère gère la complexité et la transversalité, les deux tendant vers des pratiques d’évaluation similaires, malgré des missions et des échelles différentes.

Il y a une nécessaire hybridation de modèles qui doit s’opérer dans le mécanisme de prélèvement des taxes d’enlèvement des déchets. En combinant le pragmatisme tarifaire local du Botswana et la structure nationale technique de la Tunisie, la Guinée peut bâtir un système de financement des déchets à la fois réaliste, soutenable et compréhensible par les citoyens.

En tentant de dépasser ces difficultés, l’analyse émise prend donc un parti audacieux, celui de considérer que les déchets sont un instrument de gouvernement et, plus largement, de l’action publique nationale.

Mohamed KEITA, ÉCONOMISTE

Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat