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Reporter, témoin des faits

Fellah K : « … si les ‘’démocrate’’ du pays et du continent peuvent la percevoir comme une forme de confiscation… »

REGARD D’UN ACTIVISTE. Fellah Kaké – l’un de nos chroniqueurs qui décryptent et analysent les enjeux politiques, sociaux et économiques – est revenu sur les faits marquants et évènements majeurs de l’actualité africaine de la semaine dernière en Guinée, en Afrique et dans le Monde en répondant aux Questions de Farafinainfo.com. Ses réponses structurées, basées sur des exemples concrets, permettront aux uns et aux autres de mieux comprendre ce qui se passe dans le monde. [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS].

 

Fellah Kaké, Étudiant & Activiste panafricain 

« … Il est important de rappeler que, comme toujours, Paris avait été le parrain de Mahamat Idriss Déby Itno pour son installation à la tête du pays, après la mort tragique de son père dans des situations jusqu’à présent non élucidées. »

1-[TCHAD]- « Communiqué conjoint de M. Emmanuel Macron, Président de la République française et du Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, Président de la République du Tchad. Le Président de la République française, M. Emmanuel Macron, et le Président de la République du Tchad, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, se sont entretenus ce jeudi 29 janvier au Palais de l’Élysée. Au cours de cet entretien, les chefs d’État ont passé en revue les différents aspects de la relation bilatérale. Ils ont affirmé l’ambition d’un partenariat revitalisé, fondé sur le respect mutuel et des intérêts partagés, notamment dans le domaine économique (…) Les discussions entre la France et le Tchad se poursuivront afin d’assurer la mise en œuvre et le suivi des engagements réciproques souverainement pris dans ce cadre. » Qu’en pensez-vous ?

                                                           Le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno à Paris 

La relation bilatérale entre N’Djamena et Paris, souvent considérée comme une soumission du Tchad aux intérêts français ou comme une forme de néocolonialisme français en Afrique, a connu un tournant décisif après l’expulsion de la base militaire française du pays.

Mais il faut revenir un peu en arrière pour comprendre l’enjeu. Il est important de rappeler que, comme toujours, Paris avait été le parrain de Mahamat Idriss Déby Itno pour son installation à la tête du pays, après la mort tragique de son père dans des situations jusqu’à présent non élucidées. À la grande surprise de tous, nous avons constaté un revirement de la part du président tchadien vis‑à‑vis de Paris, après que les pays du Sahel ont demandé le départ des troupes françaises de leurs territoires.

Le président Itno, qui se voulait souverainiste, a demandé une révision des accords sur le plan sécuritaire entre la France et son pays, en particulier le départ des troupes françaises d’ici au 31 janvier 2025, marquant la fin de la présence militaire française au Tchad après plusieurs décennies.

Cette situation singulière a affecté les liens entre les deux capitales, car Paris voyait une traîtrise de la part de celui qu’il avait soutenu pour protéger ses intérêts.

Mais malheureusement pour Itno, qui se montrait souverainiste, il n’a pas tardé à changer de trajectoire en se laissant séduire par les dirigeants des Émirats arabes unis, qui lui promettaient toutes sortes de soutien et d’aides. Comme quoi les désaccords entre Paris et N’Djamena ont été une opportunité pour ces acteurs externes d’accroître leur influence en Afrique à travers des dirigeants incapables de pleinement assumer la souveraineté de leurs pays.

Malheureusement pour Itno, il n’a pas été le dirigeant qui allait changer la donne dans son pays pour redonner espoir à un peuple qui a tant souffert. Il s’est retrouvé également lâché par ses nouveaux parrains de l’autre côté. Il s’est finalement retrouvé dans une situation complexe : il n’est pas le dirigeant qui peut compter sur son peuple pour s’affirmer dans le monde parce qu’il ne le sert pas comme un dirigeant digne de ce nom, et il ne peut plus compter sur les Émirats arabes unis pour le protéger des éventuels problèmes.

Donc, le choix idéal pour lui aujourd’hui n’est rien d’autre que de courir demander la protection et le soutien de l’Élysée. Et l’accueil qui lui a été réservé à Paris, qui n’était pas digne de celui d’un chef d’État, en dit long sur les nouvelles bases de relations qu’ils entretiendront.

« Le multipartisme, dans sa configuration actuelle, est devenu un poison pour la cohésion sociale et la stabilité politique dans la plupart des pays africains. »

2-[BURKINA FASO]- « ‘’Le Gouvernement estime que la multiplication des partis politiques a entraîné des dérives, favorisant la division des citoyens et fragilisant le tissu social. Cette mesure vise donc à préserver l’unité nationale, renforcer la cohérence de l’action gouvernementale, ouvrir la voie à une réforme du mode de gouvernance politique. Le décret adopté précise que le patrimoine des partis dissous soit dévolu à l’État. « Les projets de lois seront transmis à l’Assemblée législative de transition dans les meilleurs délais ‘’, a indiqué le Ministre d’État, Émile ZERBO. » Que pensez-vous de ces projets de lois qui passeront, à l’Assemblée législative, comme une lettre à la poste ?

                                                   Le Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Faso 

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Ces projets de loi concernant la dissolution des partis politiques et la dévolution de leurs biens à l’État constituent une initiative à saluer et à encourager, car ils permettent de poursuivre la refondation dans tous les domaines.

La Révolution, étant globale et multiforme, ne saurait négliger une dimension essentielle : la conquête et l’exercice du pouvoir ainsi que l’animation de la vie politique dans un pays qui se veut révolutionnaire. C’est dans cette perspective que la Révolution Populaire et Progressiste, conduite par le Capitaine Ibrahim Traoré, s’inscrit pleinement.

Le multipartisme, dans sa configuration actuelle, est devenu un poison pour la cohésion sociale et la stabilité politique dans la plupart des pays africains. En effet, ce modèle n’a pas été pensé ni adapté aux besoins des pays africains par les Africains. Il a été conçu et imposé aux dirigeants africains après la Conférence de La Baule en 1990 en France et la mise en œuvre des Programmes d’Ajustement Structurel par la Banque mondiale et le FMI. La France et les institutions de Bretton Woods avaient conditionné leurs aides aux pays africains à l’adoption de ce modèle, et les dirigeants s’y sont soumis sans examen approfondi des conséquences.

Aujourd’hui, les partis politiques sont devenus des instruments de manipulation de la vie politique et de fragilisation du tissu social dans de nombreux pays africains. C’est pourquoi il est impératif de repenser ce modèle, en s’appuyant sur les seules volontés des États africains et en tenant compte des réalités spécifiques à chaque pays, voire de l’ensemble du continent.

Ainsi, si le Burkina Faso veut poursuivre sa refondation, il doit impérativement préparer son propre modèle politique, comme il est en train de le faire.

En conséquence, je trouve cette initiative très salutaire, même si les « démocrates » du pays et du continent peuvent la percevoir comme une forme de confiscation du pouvoir.

« … l’Afrique du Sud n’est pas prête à abdiquer sa souveraineté, et de l’autre, Israël ne semble pas disposé à adapter sa posture pour favoriser une relation respectueuse et équilibrée. »

3-[AFRIQUE DU SUD]- Le ministère sud-africain des Affaires étrangères a déclaré vendredi « persona non grata » le plus haut diplomate israélien en poste à Pretoria. Il lui a ordonné de quitter le pays d’ici 72 heures, dénonçant une série de violations des usages diplomatiques. Israël a riposté en annonçant dans la foulée que le chargé d’affaires de l’Afrique du Sud à Tel-Aviv, Shaun Edward Byneveldt, était persona non grata et devait quitter Israël dans les «72 heures ». Quel commentaire faites-vous de cette forte tension diplomatique ? 

 

La tension diplomatique entre Pretoria et Tel-Aviv traduit avant tout la volonté de l’Afrique du Sud de faire respecter sa souveraineté, notamment le respect des protocoles diplomatiques.

La déclaration du plus haut représentant diplomatique d’Israël en Afrique du Sud comme persona non grata, en raison des accusations liées à l’utilisation des réseaux sociaux pour diffuser des informations et déclarations inappropriées, ainsi que pour la réception de dirigeants israéliens sans aucune information préalable adressée aux autorités sud-africaines, montre une fois de plus que les tensions entre les deux pays se multiplient. D’un côté, l’Afrique du Sud n’est pas prête à abdiquer sa souveraineté, et de l’autre, Israël ne semble pas disposé à adapter sa posture pour favoriser une relation respectueuse et équilibrée.

En effet, lorsque deux pays établissent des relations diplomatiques, elles reposent sur des valeurs et des intérêts communs. Mais lorsque ces valeurs sont constamment bafouées, il est impératif que chaque partie assume ses responsabilités.

Il est également clair que cet incident n’est pas un fait isolé. Il reflète la volonté constante de l’Afrique du Sud de soutenir le peuple palestinien, estimant que le traitement subi par la Palestine aujourd’hui est comparable à l’apartheid. Cette position ferme de Pretoria est mal digérée par Israël.

En résumé, l’Afrique du Sud doit continuer à défendre sa position et son honneur dans toutes ses relations diplomatiques, même si cela déplaît à son partenaire, qui se montre de plus en plus hostile à cette relation.

Rédaction de Farafinainfo.com

Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat