Le meilleur conseil que l’on puisse donner à Alhousseiny Makanera Kaké serait d’apprendre enfin la vertu du silence, afin de cesser de se ridiculiser et de se discréditer davantage aux yeux de ses compatriotes comme à la face du monde. L’opinion publique, excédée par l’agacement croissant qu’il suscite, supporte de moins en moins de le voir déformer l’histoire politique au gré de ses intérêts et s’attribuer des mérites dont il est dépourvu. Il semble ne pas avoir conscience qu’il s’est lui-même banni du débat public sérieux par ses pirouettes idéologiques et ses prises de position antagonistes. Pourtant, il persiste dans des sorties médiatiques hasardeuses, tentant péniblement de panser les plaies de l’humiliation cinglante que lui a infligée Tibou Kamara, lequel a dû le recadrer publiquement avec une fermeté mémorable.
Dépourvu de la moindre assise militante, incapable de mobiliser les foules sur le terrain ou de recueillir un score honorable lors d’une élection, Alhousseiny Makanera Kaké cherche désespérément dans les médias un substitut à son inexistence politique. Il harcèle les rédactions et sollicite les journalistes pour obtenir un semblant d’audience, une visibilité virtuelle censée masquer son absence totale d’ancrage réel. À cet égard, de nombreux Guinéens s’insurgent contre la complaisance des rares médias qui acceptent encore de lui tendre le micro, malgré la vacuité de ses propos répétitifs, démagogiques et déconnectés des urgences de la nation. L’espace public ne saurait être confondu avec un théâtre de foire où l’outrance remplace l’argumentation.
Systématiquement aligné sur « la main qui donne », cet homme n’a jamais brillé par la constance de ses convictions ni par la loyauté de ses alliances, mais uniquement par la défense acharnée de son confort personnel. Au fil des décennies, il a gravité autour de toutes les sphères d’influence, de Alpha Condé à Cellou Dalein Diallo, en passant par Moussa Dadis Camara, Sékouba Konaté, Papa Koly Kourouma, ou encore les milieux d’affaires d’Antonio Souaré et Kerfalla Camara. Aujourd’hui, il se mue en laudateur zélé du général Mamadi Doumbouya et de son régime, qu’il fustigeait pourtant avec une rare violence hier encore. Cette conversion subite, perçue comme un pur opportunisme alimentaire, confirme les soupçons d’un ralliement dicté par l’appât du gain plutôt que par la foi patriotique.
Conscient de son insignifiance électorale, il sait qu’il ne pèse rien sur l’échiquier des forces vives. Il s’improvise alors rabatteur de circonstance, exhortant les véritables leaders et les acteurs crédibles à rejoindre la cause qu’il sert désormais, espérant ainsi glaner une légitimité par procuration. L’ironie est mordante : celui qui n’a jamais réussi à s’imposer chez lui, à Boké, prétend aujourd’hui donner des leçons de rassemblement national.
Ce ne sont pas les acteurs qu’il fustige qui ont une dette envers le peuple ; c’est lui, Alhousseiny Makanera Kaké, qui demeure redevable devant l’histoire pour ses volte-face incessantes et ses silences complices. Si ce porte-parole autoproclamé de tous les régimes successifs se revendique démocrate, qu’il exige alors des autorités qu’il courtise la garantie du droit fondamental des Guinéens à choisir leurs dirigeants. Qu’il s’indigne, pour une fois, des disparitions forcées, des incarcérations arbitraires et des drames qui endeuillent tant de familles guinéennes. À défaut de posséder l’empathie nécessaire pour compatir au sort des victimes, qu’il ait au moins la décence de ne pas banaliser l’inacceptable. Car, comme le rappelle la sagesse politique, une action sans conscience n’est que la ruine d’une nation.
En attendant d’être définitivement rattrapé par le poids de ses contradictions, Alhousseiny Makanera Kaké peut continuer ses gesticulations théâtrales. Mais à force de s’enliser dans l’inconstance et l’indignité, il scelle lui-même son propre tombeau politique. Il est sans doute le seul à ne pas s’en apercevoir, aveuglé par l’arrogance caractéristique des médiocres et l’insatiable soif des courtisans.
Souleymane SOUZA KONATÉ
Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat
