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A. Diagana : « La réflexion du Capitaine Ibrahim Traoré soulève un vrai problème, et sur …»

Tous les lundis dans sa rubrique [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS], la Rédaction de #Farafinainfo revient sur l’actualité africaine de la semaine écoulée en interrogeant un intellectuel africain sur des questions de la bonne gouvernance et des réalités sociopolitiques et économiques en Afrique. M. Abass Diagana décrypte cette actu brûlante et éclaire votre lanterne.

Abass Diagana, Activiste de la société civile 

 

« Cela bloque l’accès des jeunes aux marchés publics et aux emplois, ça favorise les mêmes acteurs (souvent déjà installés), et ça freine l’innovation et le renouvellement économique. »

1)-[BURKINA FASO]-«Si vous ne donnez pas à un jeune l’opportunité d’exécuter un premier marché, comment pourra-t-il acquérir de l’expérience ? Arrêtons d’exiger l’expérience : au Burkina Faso, cette exigence a été levée. », a déclaré le Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Faso lors de son interview commémorant l’anniversaire de la proclamation de la Révolution Progressiste Populaire (RPP). N’a-t-il pas raison ?

 

La réflexion du Capitaine Ibrahim Traoré soulève un vrai problème, et sur le fond, oui, sans risque de me tromper, je dirai qu’il a en grande partie raison, et c’est une question qui se pose partout, notamment en Mauritanie, où les anciens ont du mal à donner de la place aux jeunes, face à des défis pareils. Exiger de l’expérience pour une première opportunité est un paradoxe évident : on ne peut pas demander à quelqu’un d’avoir déjà fait ses preuves si personne ne lui a jamais donné sa chance. C’est une réalité que vivent beaucoup de jeunes, que ce soit au Burkina Faso ou ailleurs en Afrique.

Cependant, il faut nuancer, en s’appuyant sur deux ou trois choses pourquoi il a raison :

Cela bloque l’accès des jeunes aux marchés publics et aux emplois, ça favorise les mêmes acteurs (souvent déjà installés), et ça freine l’innovation et le renouvellement économique.  Evidemment comme dans toute chose, il faudra encadrer certaines décisions pour ne pas tomber dans l’amateurisme, et être confronté à des problèmes de compétence et de qualité, comme cela est souvent le cas dans certains marchés (infrastructures, santé, sécurité…) où la rigueur doit exiger un minimum de garanties techniques. Maintenant pour éviter les risques de favoritisme, il faudra trouver la vraie solution se situe entre les deux, à savoir créer des marchés réservés ou adaptés aux jeunes (petits contrats, projets pilotes), mettre en place des systèmes de mentorat ou de co-traitance avec des entreprises expérimentées, et évaluer autrement que par l’expérience seule (formation, innovation, capacité, sérieux).

« Assurer la continuité de l’État sans période d’incertitude. Éviter des luttes de pouvoir internes en cas de vacance. Permettre une transition plus “organisée”… »

2)-[CAMEROUN]- Le parlement camerounais examine en avril 2026 un projet de révision constitutionnelle majeur introduisant un poste de vice-président, nommé par le président. Cette réforme modifie l’ordre de succession en cas de vacance présidentielle, le vice-président remplaçant le chef de l’État au lieu du président du Sénat. Ce changement est largement perçu comme une réorganisation du pouvoir à 93 ans pour le président Paul Biya. Qu’en pensez-vous ?

La réforme évoquée au Cameroun, sous l’impulsion du Président Paul Biya, est politiquement très sensible et mérite une lecture nuancée.

Sur le principe, créer un poste de vice-président n’est pas en soi anormal. Dans plusieurs pays, cela permet d’assurer une transition plus fluide et rapide en cas de vacance du pouvoir. Cela peut aussi renforcer la stabilité institutionnelle.

Mais dans le contexte camerounais, cette réforme soulève plusieurs interrogations :

Les inquiétudes légitimes :

Le vice-président serait nommé et non élu, ce qui pose un problème de légitimité démocratique. Cela modifie les règles de succession au profit d’une personne choisie directement par le président. À 93 ans, ce changement peut être perçu comme une volonté de contrôler l’après-Biya plutôt que de renforcer les institutions.

Les arguments des partisans :

Assurer la continuité de l’État sans période d’incertitude. Éviter des luttes de pouvoir internes en cas de vacance. Permettre une transition plus “organisée”.  En réalité, tout dépend de l’intention et surtout de la mise en œuvre :

Si la réforme sert l’intérêt général, elle peut stabiliser le pays. Si elle vise à verrouiller le pouvoir, elle risque d’accentuer la méfiance et les tensions politiques. Ce type de réforme est rarement neutre. Dans un contexte aussi particulier, elle sera jugée non seulement sur son contenu, mais aussi sur la confiance qu’inspire le système politique.

Prions seulement qu’il n’en soit pas l’exemple Tchadien ou Libyen du temps de Khadafi, que ces genres de reformes ont couté à la vie des populations

 « À la reprise, l’entrée de Messi a quelque peu perturbé certains de nos joueurs, davantage focalisés sur sa présence que sur leurs positions. Mais rapidement, l’entraîneur a su … »

3)-[ARGENTINE 2-1 MAURITANIE]- Habib Bèye – le désormais coach de l’OM (Olympique de Marseille), de surcroît ancien consultant sportif – a affirmé qu’il n’y a pas de « défaite encourageante », mais cette défaite étriquée des Mourabitounes contre l’Albiceleste n’est-elle pas si encourageante ?

Il est vrai qu’une défaite reste toujours regrettable, et qu’il est difficile de s’en réjouir, quelles qu’en soient les circonstances. Toutefois, celle de l’équipe nationale de Mauritanie mérite d’être analysée sous plusieurs angles. Il convient d’adopter une grille de lecture objective afin d’évaluer justement les performances de chacun, tout en tirant des enseignements utiles pour l’avenir.

D’abord, les Mourabitounes affrontaient une nation de référence : l’Argentine, portée par son icône Lionel Messi, et ce, au cœur de Buenos Aires, dans un stade acquis à la cause albiceleste, rempli de milliers de supporters venus assister à une démonstration attendue face à une équipe classée bien plus loin au classement FIFA.

En première mi-temps, malgré deux buts encaissés face à une équipe argentine très offensive et sous une forte pression du public, les Mauritaniens ont su résister avec courage. Ils ont tenté de développer leur jeu, sans complexe. On a notamment vu un Koita très actif, multipliant les incursions et les tentatives face à la défense adverse. Le manque d’expérience a sans doute pesé dans le manque de réussite.

À la reprise, l’entrée de Messi a quelque peu perturbé certains de nos joueurs, davantage focalisés sur sa présence que sur leurs positions. Mais rapidement, l’entraîneur a su réorganiser l’équipe, redonnant plus de cohérence au dispositif et permettant aux Mourabitounes d’adopter une attitude plus offensive.

Les efforts ont fini par payer, avec un but inscrit dans les dernières minutes (94e), venant atténuer l’ampleur d’un score que beaucoup imaginaient plus lourd. Ce but a permis de sauver l’honneur et d’envoyer un signal positif, notamment pour ces jeunes joueurs qui vivaient une première expérience face à une grande nation du football.

Oui, la défaite est là. Mais elle est riche d’enseignements. Face à une telle adversité, nos jeunes ont appris, résisté et montré des signes encourageants pour l’avenir. Pour leur part, certains ont exprimé leur mécontentement qui s’attendaient à un score fleuve face à une équipe comme la Mauritanie, d’autres étaient surpris par la prestation de nos joueurs et ont ouvertement exprimé les difficultés rencontrées sur le terrain.

Le vrai match commence maintenant : celui de la progression. Pour le reste, Habib Beye et Elhadj Diouf sont deux gars qui n’ont jamais supporté la Mauritanie, et qui nous ont toujours minimisés, mais bon…

Rédaction de Farafinainfo.com

Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat