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Fellah Kaké : « … il (Sonko) l’a affirmé, Trump n’est rien d’autre qu’un déstabilisateur, à l’image de … »

Tous les lundis dans sa rubrique [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS], la Rédaction de #Farafinainfo revient sur l’actualité africaine de la semaine écoulée en interrogeant un intellectuel africain sur des questions de la bonne gouvernance et des réalités sociopolitiques et économiques en Afrique.  M. Fellah Kaké analyse les enjeux politiques, sociaux et économiques en Guinée et en Afrique. Et éclaire la lanterne de nos internautes.

Fellah Kaké, Etudiant en Philosophie & Activiste panafricain 

 

« Contrairement à son allié et actuel Président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, qui n’a pas hésité à qualifier Trump d’ ‘’homme de paix’’… »

1-[SÉNÉGAL]- « Il paraît que le Président Donald Trump aime à demander à tous ceux qu’il rencontre s’il mérite le Prix Noble de la paix. Est-ce que le monde est plus sûr ? Est-ce que le monde est en paix depuis son arrivée au pouvoir ? » C’est ainsi que le Premier Ministre sénégalais Ousmane Sonko s’est interrogé lors de la conférence internationale de la présentation du livre [LES MAÎTRES DU MONDE] du géopolitologue français Pascal Boniface sous le thème : « Autonomie, patriotique et monde multipolaire : l’Afrique à la conquête de sa souveraineté ». Et le président de Pastef  (Patriotes africains du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité) de répondre sa propre question en ces termes : « Monsieur Trump n’est pas un homme de paix, c’est un homme de déstabilisation du monde ». Qu’en pensez-vous ?

 

Dire que Donald Trump n’est pas un homme de paix mais un déstabilisateur n’est pas une simple affirmation : c’est une description fidèle de ce qu’il incarne.

Lors de cette conférence, Ousmane Sonko a, une fois de plus, démontré qu’un homme politique se définit par sa constance face aux événements, mais surtout par la fidélité à la ligne politique qu’il défend. Son discours s’inscrit parfaitement dans la continuité de ses prises de position depuis l’époque où il était dans l’opposition.

Contrairement à son allié et actuel Président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, qui n’a pas hésité à qualifier Trump d’« homme de paix », allant même jusqu’à nourrir l’illusion de le voir obtenir un prix Nobel, Ousmane Sonko, lui, a refusé de se prêter à ce jeu consistant à flatter les dirigeants occidentaux dans l’espoir d’en tirer des faveurs. Il a choisi de le qualifier de déstabilisateur, parce que c’est, selon lui, la réalité.

Comme à son habitude, Sonko rappelle que rien ne vaut la souveraineté, la dignité et la vérité lorsqu’il s’agit de défendre une position dans un monde marqué par l’impérialisme et les rapports de domination. Malgré sa fonction de Premier ministre, un poste qui, dans de nombreuses traditions politiques africaines, s’accompagne souvent d’une certaine docilité vis-à-vis des puissances occidentales, il a démontré qu’il existe encore des dirigeants capables de s’adresser aux responsables américains sans détour ni complaisance.

Comme il l’a affirmé, Trump n’est rien d’autre qu’un déstabilisateur, à l’image de nombre de ses prédécesseurs, dans la mesure où la puissance des États-Unis s’est historiquement construite sur un impérialisme souvent perçu comme brutal et interventionniste.

« Même s’il reste encore du chemin à parcourir, il convient de saluer la volonté affichée par le ministre de réhabiliter nos hommes de culture dans leurs droits … »

2-[GUINÉE]-« Je suis heureux de vous annoncer que pour le compte de l’exercice 2025, le Bureau guinéen des droits d’auteur a collecté un montant global de 13 milliards 639 millions 341 mille 196 GNF, prêts à être répartis entre les ayants droit », a révélé le Ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat Moussa Moïse Sylla lors de la conférence de presse organisée, ce vendredi 10 avril 2026, par le Bureau Guinéen du Droit d’Auteur (BGDA). N’est-ce pas une bonne nouvelle pour les artistes musiciens guinéens ?   

 

Nous avons suivi avec beaucoup d’intérêt la conférence de presse animée par Moussa Moïse Sylla, notamment sur la question des droits d’auteur des artistes guinéens.

Même s’il reste encore du chemin à parcourir, il convient de saluer la volonté affichée par le ministre de réhabiliter nos hommes de culture dans leurs droits, en particulier en matière de droits d’auteur et de protection de la propriété intellectuelle.

Pendant longtemps, nos artistes ont travaillé sans véritablement tirer profit de leurs œuvres, tandis que, dans le même temps, des particuliers continuaient de les exploiter à leur seul bénéfice.

Ce qui nous a particulièrement marqués, c’est le cas des artistes aujourd’hui décédés ou à la retraite, qui n’ont jamais pu jouir pleinement des fruits de leur travail. Je pense notamment aux doyens du Bembeya Jazz National, de Horoya Band, des Ballets Africains, de Keletigui et ses tambourinis ou encore de Balla et ses Balladins.

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Selon le Ministre, des efforts ont permis de récupérer une partie des sommes dues, couvrant l’exploitation des quinze dernières années. Son ministère, à travers la Bureau Guinéen du Droit d’Auteur (BGDA), entend poursuivre cette dynamique afin que les artistes guinéens puissent enfin bénéficier pleinement de leurs œuvres.

Cependant, un point a particulièrement retenu notre attention : celui du catalogue « Syliphone », l’un des héritages culturels majeurs de la Révolution guinéenne sous (le Président) Ahmed Sékou Touré. Comme chacun le sait, ce dernier accordait une importance capitale à la culture et s’est battu pour faire rayonner la musique guinéenne à travers le monde, notamment grâce aux orchestres nationaux de l’époque. Dans cette dynamique, la Guinée s’était dotée d’un catalogue « Syliphone » dans lequel étaient centralisées et enregistrées les productions culturelles, en particulier musicales, afin d’en assurer une meilleure gestion.

À l’époque, il s’agissait d’une initiative unique en Afrique, et à ce jour, rares sont les pays ayant mis en place un dispositif comparable. Malheureusement, après la Révolution de 1984, comme beaucoup d’acquis de cette période, ce catalogue a été bradé. L’État guinéen a ainsi perdu une richesse culturelle essentielle, qui contribuait à protéger les œuvres de ses artistes.

Il ressort également de cette intervention que ce catalogue serait aujourd’hui exploité par des intérêts privés en France, sans que les revenus générés ne soient reversés aux ayants droit.

Comme l’a indiqué le Ministre, le directeur général de la BGDA devrait entreprendre une mission afin de faire toute la lumière sur ce dossier, notamment pour déterminer si ce catalogue a été légalement cédé par l’État guinéen. Une initiative qu’il faut encourager, afin que cet héritage du premier régime puisse être restitué à la Guinée.

Le ministère, à travers le BGDA, doit donc poursuivre ses efforts pour que les artistes guinéens puissent enfin tirer pleinement profit de leurs œuvres.

« Par contre, ce qui m’intrigue dans cette affaire, c’est le fait que les autorités gambiennes aient laissé de côté tous les hommes de droit de la Gambie et de l’Afrique pour faire appel à un Britannique comme procureur. »

3-[GAMBIE]- La Gambie a nommé, le 8 avril 2026, un procureur spécial en la personne de l’avocat britannique Martin Hackett pour poursuivre les crimes commis sous la « dictature » de l’ancien Président gambien Yahya Jammeh. Cet expert avait « travaillé sur des affaires des crimes contre l’humanité pour l’ONU (Organisation des Nations Unies) ». Quel regard portez-vous sur cette nomination tardive pour ne pas dire dix (10) ans après la chute du régime Jammeh ?

C’est vrai que la nomination de l’avocat britannique Martin Hackett comme procureur spécial dans le cadre des crimes commis pendant le régime de Yahya Jammeh peut sembler tardive au regard des années passées sous silence. Mais comme on le dit souvent, il n’est jamais trop tard pour bien agir. Peu importe le temps que cela a pris, la justice finit toujours par agir.

Nous avons vu des cas similaires dans le monde, par exemple les événements du 28 septembre 2009 en Guinée, ou encore l’affaire Nicolas Sarkozy en France. Ainsi, ce n’est pas le temps qui prévaut dans des situations comme celle-ci, mais plutôt la quête de justice pour les victimes et la condamnation des coupables, afin qu’ils servent d’exemple.

Par contre, ce qui m’intrigue dans cette affaire, c’est le fait que les autorités gambiennes aient laissé de côté tous les hommes de droit de la Gambie et de l’Afrique pour faire appel à un Britannique comme procureur. À un moment donné, il va falloir que les Africains apprennent à avoir confiance en eux-mêmes et à agir par eux-mêmes, sans forcément recourir à des compétences extérieures. Jamais dans l’histoire vous ne verrez les Britanniques faire appel à un procureur ou à un avocat gambien pour traiter une affaire britannique.

S’il y a eu des crimes sous le régime de Yahya Jammeh, ceux-ci ont été commis par des Gambiens contre des Gambiens. Par conséquent, toutes les procédures en la matière devraient s’inscrire dans ce cadre, en misant sur les avocats et les procureurs nationaux. À défaut, il existe des instances judiciaires sous-régionales, voire africaines, qui, malgré leurs faiblesses, seraient mieux placées pour traiter ce type d’affaires.

Prenons l’exemple des événements du 28 septembre 2009 en Guinée : lorsque les autorités guinéennes ont décidé d’engager des poursuites, elles ont misé sur des juges et des procureurs guinéens, parce qu’il s’agissait d’une affaire nationale.

Ainsi, bien que l’initiative soit salutaire en soi, car elle constitue une leçon non seulement pour les dirigeants actuels de la Gambie, mais aussi pour ceux qui leur succéderont, il est essentiel que les autorités gambiennes apprennent à gérer leurs propres affaires en s’appuyant sur les compétences internes. Il ne faudrait surtout pas que les procédures soient bâclées dans le but de servir des intérêts politiques.

Rédaction de Farafinainfo.com