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Reporter, témoin des faits

Dansa Kourouma, ou le péché d’arrogance doublé de mégalomanie

Dansa Kourouma agit comme si les Guinéens ignoraient tout de son passé récent, singulièrement peu reluisant, et n’étaient pas les témoins vivants de ses revirements spectaculaires ainsi que de son parjure révoltant. Il ne semble toujours pas comprendre qu’il prêche lamentablement dans le désert. S’il peut aujourd’hui dresser son propre bilan à sa guise et s’auto-congratuler, l’heure de rendre des comptes viendra, pour lui, à plus ou moins brève échéance. La roue de l’histoire tourne, et nul n’échappe à son verdict.

On sait depuis l’aube des temps que même le diable peut citer les Saintes Écritures pour servir ses desseins. Aussi, n’est-on guère surpris de voir un homme, dont plus personne ne prend la parole au sérieux, s’abriter derrière le divin pour défendre une cause personnelle plus que douteuse. Il plaide ouvertement en faveur d’une continuité que nul ne souhaite réellement, mais que certains espèrent imposer à tout un peuple en recourant à divers artifices politiques, et surtout en comptant sur la force muette des baïonnettes.

Dansa Kourouma a toujours navigué avec aisance en eaux troubles. Il a remué ciel et terre, multiplié les contorsions rhétoriques et les manœuvres de coulisses pour accéder à la présidence du Conseil national de la transition (CNT). Ce poste, il le convoitait ardemment, alors même qu’il n’était ni le plus méritant, ni le plus légitime, et encore moins le plus soutenu par l’opinion publique. Les limites morales autant que la vacuité intellectuelle du personnage sont d’ailleurs, depuis longtemps, de notoriété publique.

Depuis qu’il est parvenu à ses fins par le jeu des décrets, il se rêve grand vizir ou khalife à la place du khalife. Comme tant d’autres imposteurs avant lui, désireux d’entrer dans l’histoire par effraction et d’usurper les fonctions régaliennes de l’État, il vit désormais dans la crainte permanente d’être rattrapé par ses actes, ses reniements et ses méfaits, redoutant plus que tout de retourner à sa condition initiale d’homme banal et de simple citoyen.

C’est pourquoi cet homme, qui nourrit une si haute et disproportionnée idée de lui-même, s’offusque dès que l’on rappelle une vérité historique : l’organe qu’il a dirigé n’était ni légal ni légitime, et il n’a jamais reçu le moindre mandat du peuple souverain pour le représenter. Lui qui prétendait incarner une institution républicaine au-dessus des mêlées partisanes s’est pourtant laissé coopter sans pudeur sur la liste d’un parti fantôme, se contentant joyeusement de seconds rôles pourvu qu’ils soient lucratifs.

Qui n’a pas entendu Dansa Kourouma jurer, la main sur le cœur et le regard solennel, qu’aucun acteur de la transition ne serait éligible à quelque poste que ce soit dans le cadre des élections devant permettre le retour tant attendu à l’ordre constitutionnel ? Qui ne se souvient de cette déclaration fracassante, faite avec sa forfanterie habituelle, et qui se révélera être une forfaiture de plus dans le parcours sinueux d’un esprit si retors : « Après ma mission au CNT, je ne postulerai à aucune responsabilité » ? Comme si, d’ailleurs, quelqu’un l’avait regretté, ou même songerait à solliciter ses services dans une République normale et apaisée.

Ce serment solennel avait pourtant été prononcé devant les hommes et devant Dieu. Aujourd’hui, cet homme qui s’est renié et a trahi la parole donnée au peuple demande impudemment à être célébré, en compagnie de ses pairs, comme si les Guinéens étaient frappés d’amnésie collective ou incapables de distinguer le bien du mal, les véritables héros des zéros politiques.

Il ose désormais parler d’expérience, alors même qu’il avait été martelé, par la voix la plus autorisée de la transition, qu’il n’existait aucune école pour acquérir l’expérience du pouvoir et que celle-ci n’était ni un critère ni une condition pour gouverner. Or, le véritable drame de la nation se situe précisément là : le pays se retrouve l’otage de personnes sans compétence réelle ni expérience avérée, qui manquent cruellement d’humilité, de sagesse et de hauteur de vue.

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Dansa Kourouma peut continuer à narguer les Guinéens et à se prévaloir de tous les épithètes laudateurs qu’il souhaite s’attribuer. Mais la Guinée n’a pas commencé le 5 septembre 2021, malgré les tentatives acharnées, grossières et quotidiennes de réécriture de notre histoire commune. Elle n’a pas commencé avec lui et ne s’arrêtera certainement pas après son passage.

L’acte de naissance de la nation guinéenne remonte fièrement à 1958. Tout ce que la Guinée doit véritablement à cette transition et à ses principaux acteurs, c’est le démantèlement de nombreux acquis démocratiques ainsi que la transgression systématique des valeurs morales fondamentales. Une situation dramatique que l’on pourrait résumer par l’allégorie d’une pyramide inversée : l’avènement, au sommet de l’État, des derniers de la classe qui, après avoir usurpé la place des premiers par la force, veulent désormais s’y maintenir coûte que coûte et par tous les moyens.

Ironie suprême du sort : ceux qui se sont emparés du pouvoir les armes demandent aujourd’hui, avec un cynisme déconcertant, que l’on attende que Dieu lui-même décide de leur succession, tout en reprochant avec véhémence aux forces vives d’aspirer à l’alternance démocratique ou de vouloir bousculer leur agenda caché.

Puisque certains aiment invoquer le nom du Tout-Puissant à tort et à travers, en toute circonstance et pour justifier l’injustifiable, rappelons-leur cette vérité séculaire : lorsqu’Il veut perdre quelqu’un, Il le rend d’abord aveugle à ses propres excès et sourd aux lamentations de son peuple. Dieu finit toujours par châtier les serviteurs du mensonge et les complices du mal. Et son jugement, implacable, demeure en toutes circonstances le plus juste.

Souleymane SOUZA KONATÉ

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