Il y a des victoires qui ne se fêtent pas avec des trompettes, mais avec un profond soupir. Hier encore, le football guinéen tanguait, fatigué de ses crises, de ses promesses non tenues, de ses guerres de tranchées et de cette inépuisable capacité à transformer une passion nationale en un feuilleton anxiogène. À 34 ans, vous voilà aux commandes du navire FEGUIFOOT, Monsieur le Président Mamady Doumbouya. Jeune, audacieux, et désormais détenteur d’un mandat de quatre ans qui ressemble moins à un trophée qu’à une zone de turbulences.
Nos nerfs ? Parlons-en. Le supporter guinéen n’est plus seulement passionné ; il est usé. Usé par l’attente, usé par les espoirs déçus, usé par le sentiment que notre ballon rond tourne en rond pendant que les autres avancent. Bien qu’entourés par des nations championnes d’Afrique, nous sommes les premiers à avoir réalisé le triplé. Quand 21 voix font de vous le patron face à des pointures comme Mamadou Antonio Souaré (omniprésent dans les débats footballistiques voire sportifs, dont la réputation s’est largement établie) ou Ibrahima Kalil Kaba (qui s’illustre brillamment à la tête du Karfamoriah FC), ce n’est pas un chèque en blanc qui vous est tendu : c’est une mise en garde.
Vous avez parlé d’apaisement, de rassemblement et de tourner la page des divisions. C’est beau sur le papier, c’est indispensable dans les faits. Mais le rassemblement ne se décrète pas dans un discours d’intronisation ; il se prouve sur le terrain de la gouvernance, dans la transparence financière, dans le respect des championnats locaux, dans la considération du football féminin et dans le choix d’hommes propres et compétents pour vous entourer.
Le public guinéen ne vous demande pas des miracles du jour au lendemain. Il vous demande de l’ordre. De la méthode. Du sérieux. De la fin des improvisations de dernière minute et des sélections gérées à la petite semaine.
Monsieur le Président, l’élection est derrière vous. Le match commence maintenant — et cette fois, le peuple n’est pas dans les tribunes pour applaudir bêtement, il est les yeux rivés sur le chronomètre. Montrez-nous que ce « renouveau » a un pouls. Sinon, ce ne sont plus seulement nos nerfs qui risquent de lâcher, mais le peu de patience qu’il nous restait. Bon vent, quand même.
Éditorial de Farafinainfo signé Camara Mamady
Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat

