Dr. M.M Diakité : « Sauf que Sonko est plus charismatique que Mamadou Dia (…) des frontières sénégalaises »
Tous les lundis dans notre rubrique [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS], notre rédaction revient sur l’actualité africaine de la semaine écoulée en interrogeant un intellectuel africain sur des questions de la bonne gouvernance et des réalités sociopolitiques et économiques du continent noir. Dr. Mory Mandiana Diakité décrypte cette actu brûlante et éclaire votre lanterne.
Dr. Mory Mandiana Diakité, Universitaire
« La question n’est plus est-ce que le duo Diomaye Faye-Ousmane Sonko se séparera, plutôt quand est-ce cela va arriver. »
1-[SÉNÉGAL]- Le duo Diomaye Faye-Ousmane Sonko, au pouvoir au Sénégal depuis avril 2024, traverse une phase d’épreuve marquée par des défis de gouvernance et des dynamiques de pouvoir complexes. Si le tandem a incarné le renouveau, des tensions potentielles apparaissent, rappelant les rivalités historiques entre le Président et son Premier Ministre. Le clap de fin de la gouvernance du tandem n’est-il pas proche après la mise en place de la Coalition Diomaye Président ?
Les premières frictions entre le Président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son Premier Ministre Ousmane Sonko ont éclaté en fin 2025. Elles sont nées suite à la publication d’une lettre qui a mis fin à la mission de Mme Aïda Mbodj à la tête de la Coalition Diomaye-Président. Cette décision unilatéralement prise par le Président Faye a été vigoureusement contestée au sein même du PASTEF (Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité). Les contestateurs ont remis en cause sa légitimité pour démettre cette dame. Ce que nombreux observateurs et analystes de la politique sénégalaise redoutaient, pointent à l’horizon. En d’autres termes, le duo est voué à la séparation, qui risque d’entrainer des violences politiques dans ce pays, notoirement connu pour sa stabilité dans une région volatile. Il a la particularité d’être toujours dirigé par des civils. Mais si les deux hommes politiques ne font pas attention, le scenario gabonais risque de se reproduire au Sénégal. D’autres craignent que Sonko hérite le même sort que Mamadou Dia, qui fut finalement accusé de complot contre Senghor et condamné à perpétuité. Il fut finalement libéré après 12 ans passés derrière les barreaux. Sauf que Sonko est plus charismatique que Mamadou Dia, dont la popularité va au-delà des frontières sénégalaises. La question n’est plus est-ce que le duo Diomaye Faye-Ousmane Sonko se séparera, plutôt quand est-ce cela va arriver. Il sera extrêmement difficile de rétablir la confiance entre les deux hommes politiques. En politique, si on fait du cadeau, c’est qu’il est empoisonné. Mais tout cela remet en cause la fiabilité des institutions qui doivent garantir la bonne marche de la démocratie en Afrique Subsaharienne. Sinon, comment se fait-il qu’un parti politique remporte l’élection présidentielle, et qu’en moins de deux ans, des fractures majeures apparaissent en son sein ?
« J’apprécie tout de même la nomination des nationaux au poste de sélecteurs. Ce n’est pas du fait d’avoir un entraineur étranger … »
2-[MAROC]- Mohamed Ouahbi, 49 ans, vainqueur de la Coupe du monde U20 avec les Lionceaux de l’Atlas, est officiellement le nouveau sélectionneur de l’équipe nationale du Maroc. Sa nomination a été annoncée par la Fédération royale marocaine de football lors d’une conférence de presse conjointe avec Walid Regragui ce jeudi 5 mars 2026. Quel commentaire faites-vous de cette annonce surprenante ?
Je n’ai pas beaucoup à dire par rapport à la nomination de Mohamed Ouahbi en qualité de sélectionneur de l’équipe nationale du Maroc, car, je ne suis pas les actualités footballistiques. J’apprécie tout de même la nomination des nationaux au poste de sélecteurs. Ce n’est pas du fait d’avoir un entraineur étranger à la tête d’une équipe nationale qui garantit l’obtention de trophée. Autrement dit, si le championnat national est bien organisé et performant, le pays a plus de chance d’avoir une équipe nationale solide et compétitive capable de remporter des médailles.
« Notre grand défaut, c’est qu’on ne tire pas de leçon du passé, encore moins deviner le futur. On répète toujours les mêmes erreurs… »
3-[GUINÉE]- 48 partis politiques dont le RPG Arc-en-ciel d’Alpha Condé, l’UFDG de Cellou Dalein Diallo & l’UFR de Sidya Touré sont dissous par le MATD (Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation). Qu’en pensez-vous ?
La dissolution des principaux partis politiques en République de Guinée était prévisible, d’autant plus qu’ils étaient déjà suspendus, et exclus de l’élection présidentielle tenue le 28 septembre 2025 dernier. Mais pourquoi c’est maintenant, à moins de trois (3) mois de la tenue des élections générales (législatives, sénatoriales et communales), que cela survient ? Pendant ce temps, on assiste à la formation d’un nouveau parti présidentiel, la GMD (Génération pour la Modernité et le Développement), dont les conditions d’implantation à l’échelle nationale laissent à désirer. Notre grand défaut, c’est qu’on ne tire pas de leçon du passé, encore moins deviner le futur. On répète toujours les mêmes erreurs, comme si tout cela n’était qu’une malédiction. La GMD a la particularité d’être un parti pour lequel on crée les fondateurs. Récemment, tout le monde a entendu la production des listes des membres pour sa fondation par préfecture. Il faut rappeler que le Président en exercice a remporté l’élection présidentielle en tant que candidat indépendant. Maintenant pour avoir la majorité aux élections générales, il lui faut un parti politique. Sauf qu’on a mis les charrues devant les bœufs. Sinon, habituellement, le parti, après l’obtention des documents juridiques, s’implante d’abord à Conakry avant de se diffuser à l’intérieur du pays. Ensuite, on constitue une délégation qui sillonne le pays pour son implantation, d’une région à une autre. Ainsi, les premiers adhérents sont de facto les militants de première heure, qu’on peut assimiler à des membres fondateurs. En tout cas, au niveau régional, préfectoral et communal, les premiers adhérents peuvent être considérés comme membres fondateurs. Dans ce cas, l’adhésion se fait librement et par conviction. Les grands partis politiques ne naissent pas dans le beurre, plutôt dans la douleur. Bizarrement, les partis qui ont relevé ce défi périlleux pour être nationalement représentatifs, sont maintenant pour la plupart dissous. Tout cela présage que la GMD héritera le même sort que ses prédesserts, notamment le PDG-RDA (Parti Démocratique de Guinée-Rassemblement Démocratique Africain), le PUP (Parti de l’Unité et du Progrès) ou le RPG-AEC (Rassemblement du Peuple de Guinée -Arc-En-Ciel). D’autant plus que ce sont les mêmes opportunistes qui scandaient hier le nom d’Alpha Condé partout, comme quoi il n’y avait personne d’autre pour faire mieux que ce dernier ! Lui il n’est pas mort d’abord. Il est vivant et témoin de tout cela. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, dit-on. Il y a un adage malinké qui dit, je cite : « le lézard ne coud pas son pantalon sans penser où doit sortir sa queue ». Malheureusement tel n’est pas le cas des lézards guinéens, qui cousent les leurs avant de penser où doit sortir la queue.
Rédaction de Farafinainfo.com
Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat




