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Dr. Diallo : « Un hôpital qui ignore la santé mentale, est un hôpital qui ne soigne pas … »

#Actu3èForumdesActeursdelaSociétéCivilesurlaSanté – La santé mentale est le sujet qui lui tient à cœur. Il peut en parler à cœur ouvert, des heures et des heures, sans jamais se fatiguer. C’était le cas lors de la 3ème édition du Forum des Acteurs de la Société Civile sur la Santé, organisée par l’ONG La Tabala, qui s’est tenue, mercredi 22 avril 2026, dans la salle de conférence du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement (CAMES) de l’UGANC (Université Gamal Abdel Nasser de Conakry). Il a brillamment exposé sur le thème : « Santé Mentale : prise en charge pour une meilleure représentativité dans nos hôpitaux » devant un parterre d’étudiants en Médecine et autres professionnels de la santé.  Il, c’est bien sûr Dr. Ousmane Tanou Diallo, Coordonnateur National du Programme National de Santé Mentale (PNSM).

Par Camara Mamady, Journaliste & Chargé de Communication du PNSM pour Farafinainfo.com

« Je vous remercie pour l’opportunité qui m’est donnée de m’exprimer sur un thème aussi essentiel que celui de la santé mentale, et en particulier sur sa prise en charge pour une meilleure représentativité dans nos hôpitaux.  Lorsque nous parlons de “représentativité” de la santé mentale, il ne s’agit pas simplement de la présence d’un service ou d’un spécialiste dans un établissement. Il s’agit plutôt de garantir que la santé mentale soit pleinement intégrée, visible, accessible et prise en compte au même titre que les autres dimensions de la santé. Aujourd’hui, dans de nombreux contextes, notamment en Afrique et en Guinée, la santé mentale reste encore insuffisamment intégrée dans les structures hospitalières. Les ressources humaines spécialisées sont limitées, souvent concentrées dans les grandes villes, et les besoins des populations restent largement sous-couverts. À cela s’ajoute la stigmatisation, qui constitue un frein majeur à la demande de soins et parfois même à leur offre. ». C’est ainsi que Dr. Diallo a entamé son exposé.

« … l’organisation des services hospitaliers doit évoluer pour mieux intégrer la santé mentale. »

Poursuivant, il a martelé la nécessité de repenser l’approche actuelle : « Face à cette réalité, il est impératif de repenser notre approche. D’abord, en intégrant la santé mentale dans les soins de santé généraux. Chaque point de contact avec le système de santé qu’il s’agisse des consultations générales, des services de maternité, ou encore de la prise en charge des maladies chroniques doit devenir une opportunité de dépistage et d’intervention en santé mentale. Cela suppose une approche holistique, centrée sur la personne, qui prend en compte les dimensions biologiques, psychologiques et sociales. Ensuite, le renforcement des capacités du personnel de santé est un levier fondamental. Former les médecins généralistes, les infirmiers et les sage-femmes à reconnaître et prendre en charge les troubles mentaux courants permet d’élargir considérablement l’accès aux soins. L’approche de délégation des tâches, soutenue par des outils comme le mhGAP, constitue à cet égard une stratégie efficace et adaptée à nos contextes. Par ailleurs, l’organisation des services hospitaliers doit évoluer pour mieux intégrer la santé mentale. Cela passe par la mise en place de points focaux, de circuits de référence clairs, et d’une collaboration étroite entre les différents services. La santé mentale ne doit plus être isolée, mais transversale. Un autre aspect crucial est l’approche basée sur les droits humains. ».

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« Les périodes de grossesse et de post-partum sont des moments de vulnérabilité psychologique importants »

Le Coordonnateur National du PNSM n’a pas manqué de tirer la sonnette d’alerte : « Je voudrais également insister sur un domaine souvent négligé mais stratégique : la santé mentale maternelle. Les périodes de grossesse et de post-partum sont des moments de vulnérabilité psychologique importants. Intégrer le dépistage et la prise en charge des troubles mentaux dans les services de maternité, notamment à travers le rôle des sage-femmes, représente une opportunité majeure d’impact sur la santé des mères et des enfants. Enfin, améliorer la représentativité de la santé mentale dans les hôpitaux nécessite un engagement fort en matière de gouvernance et de financement. Cela implique des politiques claires, des ressources dédiées, ainsi que des partenariats innovants, y compris avec la diaspora et les initiatives internationales. » Et de conclure éloquemment : « Il ne suffit pas d’avoir des services de santé mentale dans nos hôpitaux. Il faut s’assurer qu’ils soient intégrés, accessibles, de qualité et respectueux des droits humains. Un hôpital qui ignore la santé mentale, est un hôpital qui ne soigne pas complètement. » comme pour dire : « Ignorer la santé mentale en milieu hospitalier équivaut à traiter les symptômes d’une maladie sans prendre en charge la souffrance globale de la personne, rendant les soins incomplets. »

 

« L’ONG La Tabala est une organisation guinéenne dédiée à l’amélioration du système de santé public en Guinée, notamment par la reconnaissance de l’excellence professionnelle. Elle organise des forums stratégiques, comme le Forum des Acteurs Non Étatiques sur la Santé, et décerne les « Prix Gabriel Sultan » pour récompenser les meilleurs acteurs sanitaires »

 C.M