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Reporter, témoin des faits

Non, Bah Oury, la paix ne se décrète pas et le développement ne s’improvise pas !

Le Premier ministre de la junte, qui semble s’étourdir dans l’euphorie d’un rêve enfin devenu réalité, s’imagine encore pouvoir convaincre ou abuser son auditoire en affirmant que son employeur aspire à la concorde et à l’unité nationale. Pourtant, la réalité est tout autre : le pouvoir est confisqué, la souveraineté populaire est déniée et les libertés fondamentales, tout comme les droits civiques les plus élémentaires, sont quotidiennement piétinés.

Le 5 septembre 2021, ce ne sont ni l’accès à l’eau, ni l’électricité, ni l’érection de ponts ou de routes qui furent promis avec emphase à la communauté nationale et internationale. Ce n’était pas non plus l’horizon de béton et d’asphalte que les Guinéens étaient en droit d’espérer de dirigeants s’étant imposés par la force. Aujourd’hui comme hier, l’aspiration la plus profonde de ce peuple demeure la dignité pour chacun et la liberté pour tous au sein d’un véritable régime démocratique.

Le développement est une exigence humaine avant d’être une réalisation matérielle. Il germe d’abord dans le respect des droits et de la souveraineté populaire avant de se cristalliser dans les infrastructures. L’Histoire est un témoin implacable : lorsque Ben Ali fut renversé, la Tunisie affichait des performances économiques enviables et un bilan structurel solide. Mouammar Kadhafi, de son côté, avait radicalement métamorphosé la Libye, offrant à ses concitoyens un niveau de vie parmi les plus élevés du continent. Cela n’a pourtant pas suffi à épargner son régime face au souffle de la révolution et aux interventions étrangères. Car toute dictature, fût-elle prétendument « éclairée » ou parée d’un bilan flatteur, finit inéluctablement par s’effondrer. Aucun peuple ne consent durablement à l’asservissement ni au renoncement à son autodétermination.

La Guinée a jadis consenti à d’immenses sacrifices, renonçant aux privilèges de la puissance coloniale et aux opportunités techniques de l’époque pour reconquérir son honneur et sa pleine souveraineté. « La liberté dans la pauvreté plutôt que la richesse dans l’esclavage », martelait Ahmed Sékou Touré. Le premier président de la Guinée indépendante doit aujourd’hui se retourner dans sa tombe à l’idée de voir son pays placé sous une forme de tutelle occulte ou pris en otage par un directoire restreint. Le citoyen guinéen reste viscéralement attaché à sa terre et à son indépendance d’esprit ; il ne tolère ni la soumission ni l’oppression, quels qu’en soient les prétextes ou les artifices.

Bah Oury semble avoir occulté les racines de sa propre notoriété. Ce n’est pas en distribuant le pain et le couvert, ni en bâtissant des écoles ou des dispensaires, qu’il s’est jadis imposé dans le cœur des populations. Il a forgé sa stature politique en se faisant l’écho vibrant des aspirations à la démocratie et à une citoyenneté intégrale. Depuis qu’il a délaissé ce rôle de tribun pour devenir le porte-voix du pouvoir en place, il subit le désaveu cinglant d’une grande partie de l’opinion. Il doit sans doute amèrement constater qu’il jouissait d’un respect bien plus authentique avant d’accéder à la Primature. La fonction ne saurait tenir lieu de légitimité. Ce qui ressemble à une consécration personnelle flattant l’ego peut aussi devenir le linceul d’un destin politique, dès lors que l’ascension s’opère au détriment de l’intérêt supérieur de la nation.

Le Premier ministre, à l’instar de ceux qui sacrifient leurs convictions pour rester dans les bonnes grâces du régime, n’ignore rien du climat actuel : les Guinéens ont troqué l’espoir des premiers jours contre une profonde amertume. Le sentiment d’avoir été trahis et floués alimente désormais une frustration sourde mais généralisée. C’est précisément cette crainte de la sanction populaire qui motive le refus d’organiser un scrutin libre. Tout est mis en œuvre pour instaurer un entre-soi électoral et une démocratie de façade, où le pouvoir sélectionne ses propres contradicteurs, désigne les vainqueurs par avance et écarte systématiquement toute compétition réelle ainsi que les leaders bénéficiant d’un ancrage populaire véridique.

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S’il est courant qu’une oligarchie tente de s’approprier l’identité du peuple, jamais une nation ne finit par se confondre avec des élites prédatrices. Tôt ou tard, elle les rejette. On ne saurait parler de cohésion nationale dans un pays balafré par la violence, les stigmatisations et les fractures sociales. On ne peut, d’une main, prétendre réparer des inégalités et, de l’autre, briser des destins, endeuiller des foyers et réduire la dissidence au silence. On ne peut se revendiquer patriote ou bâtisseur là où les populations sont spoliées de leur espérance, livrées à l’arbitraire et soumises aux privations.

Le temps viendra où Bah Oury se heurtera au rappel implacable de l’Histoire, résumé par cette sentence d’Abraham Lincoln : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps, et tout le peuple une partie du temps ; mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. »

Souleymane SOUZA KONATÉ

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