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Reporter, témoin des faits

Le silence coupable des dirigeants africains face à la xénophobie en Afrique du Sud

Comme face à chaque situation préoccupante sur le continent, les dirigeants africains font une fois de plus preuve d’un désintérêt total face aux violences que subissent les ressortissants d’autres pays africains en Afrique du Sud. Ces actes sont commis par des individus qui semblent avoir perdu tout sens de l’histoire et toute responsabilité face aux véritables problèmes de leur propre pays.

Les actes de xénophobie visant d’autres Africains se sont malheureusement répétés à plusieurs reprises en Afrique du Sud. Pourtant, il y a seulement quelques décennies, ce même pays bénéficiait du soutien indéfectible des peuples et des dirigeants africains dans leur lutte contre le régime d’apartheid, qui infligeait aux Noirs sud-africains les discriminations et les violences qu’une partie d’entre eux font aujourd’hui subir à d’autres Africains sur leur propre sol.

Lorsque les Noirs d’Afrique du Sud étaient victimes des pratiques barbares du régime d’apartheid, c’est tout le continent africain qui s’était mobilisé pour leur apporter son soutien. Des pays comme la Guinée, sous le leadership du camarade Ahmed Sékou Touré, avaient non seulement financé les activités de l’ANC, mais avaient également accueilli sur leur territoire les membres de sa branche armée afin de leur offrir une formation militaire et tout l’accompagnement nécessaire dans leur combat pour la liberté.

Voir aujourd’hui, dans ce même pays, une partie de ceux pour lesquels tout un continent s’était levé reproduire des pratiques semblables contre les ressortissants d’autres pays africains est à la fois révoltant et profondément indignant. En agissant ainsi, ils trahissent les idéaux pour lesquels des générations de dignes fils et filles de l’Afrique se sont sacrifiés.

Mais plus inquiétant encore est le silence assourdissant des dirigeants africains face à cette xénophobie. Leur indifférence démontre, une fois de plus, qu’ils semblent ne faire preuve d’humanisme et de responsabilité que lorsqu’il s’agit d’événements se produisant en dehors du continent. Si ces violences avaient eu lieu dans un pays occidental ou sur un autre continent, nombre de nos dirigeants auraient été parmi les premiers à exprimer leur solidarité avec les victimes. Mais lorsqu’il s’agit des souffrances des Africains sur leur propre continent, rares sont ceux qui assument pleinement leurs responsabilités en prenant des positions claires et courageuses.

C’est pourquoi les États africains, à travers des organisations telles que l’Union africaine (UA), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Alliance des États du Sahel (AES), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), ainsi que les autres organisations régionales, doivent prendre toutes les dispositions nécessaires pour condamner fermement ce qui se passe en Afrique du Sud et contraindre les autorités de ce pays à mettre un terme définitif à ces violences xénophobes dirigées contre des ressortissants africains.

Si ces organisations ne sont pas en mesure d’agir, elles qui, trop souvent, brillent par leur absence lorsqu’il s’agit de défendre les causes africaines, à l’exception de l’AES qui bénéficie encore du doute et qu’il lui appartient de dissiper par des actes concrets — les États africains doivent alors utiliser les leviers diplomatiques dont ils disposent dans leurs relations avec l’Afrique du Sud afin d’amener les autorités sud-africaines à assumer pleinement leurs responsabilités et à mettre fin à ces pratiques inacceptables.

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Aujourd’hui, ces violences se déroulent en Afrique du Sud. Demain, elles pourraient survenir dans un autre pays contre des ressortissants africains d’autres nationalités. C’est précisément pour cette raison que nos États doivent agir dès maintenant, même lorsque leurs propres citoyens ne sont pas directement concernés. Le mal reste le mal, quelle que soit la victime qui le subit.

Si nos dirigeants continuent de détourner le regard et refusent de poser des actes forts face à ce qui se passe en Afrique du Sud, ils deviendront, par leur silence, complices de ces violences. Ils confirmeront une fois de plus que les peuples africains ne peuvent malheureusement pas compter sur eux lorsque les intérêts et la dignité du continent sont en jeu.

L’Afrique ne peut pas prêcher l’unité tout en tolérant la haine entre Africains. Le panafricanisme ne doit pas être un simple slogan prononcé lors des sommets ; il doit être une responsabilité assumée, défendue et incarnée chaque fois qu’un Africain est victime d’injustice sur le sol africain.

 Par Fellah Tougnatii Kaké

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