#TRIBUNE. William Shakespeare affirmait aux frontons de ses œuvres intellectuelles que : « Le destin offre les cartes, mais c’est à nous de les jouer. »
Il est indubitablement des trajectoires humaines qui semblent, à première vue, marquées du sceau de l’exception. Celle de Cellou Dalein Diallo (CDD) principal opposant politique guinéen depuis aujourd’hui près de 3 décennies, ancien ministre et Premier ministre du 2e régime avec l’une des plus grandes longévités dans les gouvernements successifs (environ 11) du général président Lansana CONTE.
Au crible d’une analyse exhaustive du parcours professionnel, social et politique cet opposant, il ressort des incohérences très atypiques qui pourraient bien expliquer pourquoi ce leaders politique ne pourrait accéder au pouvoir en Guinée :
▪ Pour Cellou, la politique reste une lutte personnelle et égoïste sans fin ni victoire ;
▪ Il représente l’énigme réel d’un leader politique inachevé ;
▪ Il est un exceptionnel leader politique piégé par ́ histoire ;
▪ Il est entre le pouvoir qu’il fuit et celui qui l’échappe ;
▪ En fin, l’on peut retenir que CDD c’est la synergie cosmogonique entre, 1- l’HOMME, 2- Le MOMENT et 3- l’ECHEC.
Selon plusieurs analystes et observateurs méticuleux y compris les érudits et sage de son Fouta natal, son destin et portrait politique c’est “l’éternel candidat perdant le plus célèbre de la scène politique nationale mais surtout un des champions de l’ethno stratégie”. Il semble tout droit sortie de ces sentiers d’élus impossibles promis aux cimes de l’Histoire.
Effectivement, quelques extraits du parcours de cet homme, mettent en exergue « Sa destinée pétrie de contradictions, jalonnée d’occasions inouïes, toutes plus magistralement gâchées les unes que les autres. »
L’homme a tout eu, ou presque sauf peut-être cette lucidité sans laquelle le génie tourne à vide, et la légitimité à l’imposture.
■ UNE GÉNÉALOGIE DORÉE, UN TERREAU OUBLIÉ.
Cellou Dalein Diallo puisqu’il s’agit de lui n’est pas, contrairement à ce qu’il aime parfois laisser croire, le fruit d’une improbable ascension sociale arrachée à la force du poignet. Il est, bien au contraire, l’héritier d’un long lignage d’initiés du pouvoir :
▪ son père, Saikou Amadou Tidiane, fut imam à Dalein et secrétaire-directeur du PDG ;
▪ son oncle, Abdourahmane Diallo, dit Vieux Doura, fut membre fondateur et vice-président du PDG puis membre du Bureau politique national de ce parti et même membre des premiers gouvernements de Ahmed Sékou Touré ;
▪ Quant à son beau-père, le père de son épouse Halimatou, il a donné son nom à l’hôpital de Kindia avec le soutien de AST après un séjour correctif laminaire au camp Boiro, le président AST l’a approché et honoré.
Et pourtant, cet homme qui incarne à lui seul les continuités de l’État guinéen, de Sékou Touré à Lansana Conté, se dérobe avec embarras devant certaines filiations: « Il y a, dans son rapport à l’Histoire, une forme d’amnésie sélective qui confine à la stratégie politique, mais trahit en réalité une peur viscérale, celle d’assumer une identité complexe dans un pays qui ne pardonne ni la compromission, ni la franchise.
■ L’ART FUNESTE DE LA DISSIMULATION
« Ce n’est pas tant ce que nous avons vécu qui compte, mais ce que nous acceptons d’en faire. »
Hannah Arendt.
▪Pourquoi Cellou Dalein ne peut-il assumer, à visage découvert, sa proximité historique avec le régime de Sékou Touré, alors même qu’il n’en fut ni le bourreau, ni même le complice actif ?
▪ Pourquoi cette peur panique d’être assimilé à une époque révolue, quand d’autres à commencer par le général Lansana Conté ont su faire de leur loyauté à Sékou Touré un tremplin vers la légitimité ?
Conté fut en effet membre du Bureau politique national du PDG. Il n’a jamais renié Sékou, même après sa mort. Et c’est cette fidélité sans complexe, parfois même contre l’opinion dominante, qui a fait de lui un président. Il en est de même du général Sékouba Konaté, dont le père était proche de Conté. Dans ce même ordre d’idées, le général KONATÉ, élevé comme un fils par le vieux général, hérita de cette confiance jusqu’au bout au point d’être appelé, dans les heures les plus troubles de la transition de 2008, à veiller personnellement sur le corps du président défunt, dans un geste presque biblique de piété filiale et politique.
À l’opposé, Cellou Dalein semble constamment osciller entre deux mondes, deux récits, deux visages. À chaque étape décisive, il choisit l’esquive plutôt que l’aveu, l’effacement plutôt que l’appropriation. Il n’a jamais été un bourreau cela, nul ne l’affirme. Mais il n’a jamais non plus été ce dissident qu’il feint d’être. En cela, il ne ment pas : il compose. Et dans cette composition permanente, il y a quelque chose de tragiquement anti-héroïque.
■ LE POUVOIR NE S’HÉRITE PAS, IL SE MÉRITE
« L’avenir appartient à ceux qui savent d’où ils viennent. », Aimé Césaire
Ainsi, le parcours de Cellou Dalein est une suite d’opportunités historiques qu’il n’a jamais su transformer en capital politique durable. L’homme fut choyé, promu, adoubé par AST et, pour preuve, à Faranah où il commencé à travailler après l’université, il avait pour tuteur et protecteur le grand frère a ASTBAmara TOURE. Très jeune, il entra dans l’administration, porté par le système qu’il feint de critiquer.
Sous Lansana Conté, il fut non seulement ministre, mais aussi Premier ministre. Il aurait pu et aurait dû bâtir une stature nationale fondée sur la reconnaissance, la loyauté et la vision. Il a préféré les alliances fragiles portées par le prisme du communautarisme politique, les silences stratégiques, et une posture d’opposant éternel, en attente d’un pouvoir qu’il croit encore lui être dû.
Mais le pouvoir, en Guinée comme ailleurs, ne se donne pas à ceux qui attendent. Il s’arrache, non par le bruit, mais par la cohérence. Il se mérite, non par la victimisation, mais par l’intégrité historique.
■ DE L’AVEUGLEMENT À L’EFFACEMENT
« Il n’y a pas de honte à être né quelque part, même si ce quelque part fut difficile. La honte, c’est de trahir ses racines. », Tahar Ben Jelloun
En refusant de reconnaître son lien profond avec le régime de Sékou Touré, Cellou Dalein ne s’est pas protégé politiquement, il s’est désarmé et dépouillé systématiquement car, tout homme qui refuse de s’inscrire dans la continuité d’un récit se condamne à l’errance politique. L’Histoire n’oublie rien, et le peuple non plus. Il ne veut pas des faux semblants. Il veut des hommes entiers.
Cellou Dalein pourrait aujourd’hui se tenir, comme le dernier témoin vivant d’une époque révolue, et en faire un levier de réconciliation nationale. Il pourrait assumer son passé, parler de son oncle, de son père, de ses débuts glorieux, de ses mentors et de ses erreurs. Il pourrait être la mémoire vivante d’un pays qui a tant de mal à panser ses plaies. Mais il ne l’a pas fait par calcul, par peur, par orgueil ? Peu importe, ce refus est en soi un aveu.
Aussi, CDD en étant en politique et en opposition avec son bienfaiteur Lansana CONTE de son vivant et en remplaçant à la tête de l’UFDG l’opposant qu’il avait combattu au nom du PUP BAH MAMADOU et en combattant et excluant le fondateur même de l’UFDG mettait déjà en exergue son ego et son échec politique.
En refusant catégoriquement de négocier la libération de ses soldats politiques emprisonnés par le régime du PRAC notamment : Cellou BALDE et Gaoual, il avait pu montrer ces limites pôiliaques en creusant sa tombe et les conditions de l’affaiblissement actuel de son Parti.
En dépit de tout ce qui précède, est-il encore temps, peut-être, pour Cellou Dalein de redevenir ce qu’il n’a jamais vraiment été ? C’est a dire un homme de vérité.
Est-il encore temps qu’il comprenne que l’Histoire ne récompense pas les plus brillants, mais les plus sincères, que la postérité ne se construit pas sur des négations, mais sur des filiations assumées et que le destin, ce mot que tant de politiques invoquent pour cacher leurs faiblesses n’est rien d’autre qu’une somme de décisions prises, ou manquées ??
Cellou Dalein, l’homme aux mille opportunités, aux mille protections, aux mille promesses… est aujourd’hui face à lui-même. Il peut encore choisir de devenir un pont entre les générations, ou de sombrer comme un énième symbole de ces élites guinéennes qui ont tout eu, sauf le courage d’être elles-mêmes.
« À la fin, ce ne sont pas les années de votre vie qui comptent, mais la vie dans vos années. », Abraham Lincoln
Par Aimé Stéphane MANSARÉ
SOCIOLOGUE.
Expert-consultant en sciences sociales du développement.
PCA IPCJGUINEE GUINEECOACHING.
DG CERFOP.
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