Christophe Boisbouvier, journaliste très averti de RFI, a rappelé, lors de son dernier entretien avec le porte-parole jongleur du pouvoir militaire de transition, Ousmane Gaoual Diallo, que l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 n’a pas été jugée « crédible », car, comme il l’a justement souligné, élire, c’est choisir.
Or, le peuple de Guinée, auquel un candidat s’est imposé en choisissant soigneusement ses adversaires, n’a eu d’autre alternative que d’entériner, ou plus précisément de subir, le fait accompli, du moins à ce stade et pour l’instant.
Qu’à cela ne tienne : ni le 5 septembre 2021 ni le 28 décembre 2025, les Guinéens n’ont été consultés pour désigner leur chef de l’État. Ils n’ont, à aucun moment, eu l’opportunité d’exprimer librement leur préférence. À chaque fois, la loi des armes s’est imposée à la force des urnes. Dès lors, qui peut sérieusement parler de victoire d’un camp ou de défaite d’un autre, que ce soit à Labé ou ailleurs dans le pays ?
Est-ce Cellou Baldé, ou ceux qui lui ressemblent, qui ont porté Mamadi Doumbouya au pouvoir ou qui l’y maintiennent ? Si certains, parmi les derniers venus, en tirent aujourd’hui profit, cela ne leur donne ni le droit de narguer l’armée, dépositaire du régime, ni celui de toiser les premiers soutiens, toujours dans l’attente d’une hypothétique récompense.
Avant, pendant et après le simulacre d’élection présidentielle, le pays a offert un spectacle sans équivoque : jamais on n’a vu autant d’éléments des forces de défense et de sécurité, autant de chars, de blindés et de canons déployés sur l’ensemble du territoire. En revanche, on a été bien en peine d’observer un véritable déferlement populaire acquis à la cause du pouvoir d’exception, de ses alliés de la première heure ou de sa clientèle politique.
Certains se plaisent à souligner, non sans une certaine autosatisfaction, qu’il s’agirait de la première élection organisée depuis l’instauration du multipartisme sans incidents ni violences. Mais il faudrait aussi avoir le courage et l’honnêteté de reconnaître que le pays n’a jamais été aussi militarisé et que les populations ne se sont jamais retrouvées aussi étroitement assiégées qu’aujourd’hui.
Le pouvoir établi étouffe toutes les voix dissonantes, refuse toute concurrence susceptible de le mettre en difficulté et s’oppose à l’émergence d’une alternative possible et potentiellement meilleure. En somme, le pays est mis sous coupe réglée et s’enfonce dans toutes les dérives : enlèvements, disparitions forcées, emprisonnements arbitraires, harcèlements, népotisme, corruption, gabegie financière, ainsi que d’autres pratiques tout aussi malsaines. Tout est méthodiquement mis en œuvre pour semer la panique, répandre la terreur et acheter les consciences.
Qui peut, dans de telles conditions d’intimidation et de répression aveugle, prétendre qu’il y a eu adhésion populaire, a fortiori dans les proportions annoncées ? Comme le crime n’est jamais parfait, les chiffres avancés ne font qu’alimenter l’incrédulité face aux résultats proclamés. Même lorsque des élections présentent un réel enjeu et que tous les acteurs y prennent part, il est rare d’atteindre de tels taux de participation. Si l’affluence avait réellement été celle qu’on prétend, les bureaux de vote n’auraient pas été aussi déserts, comme l’attestent les images largement diffusées et les témoignages concordants d’agents électoraux, de membres de bureaux de vote et de simples citoyens.
La réalité, connue de tous et constatée par chacun, est aux antipodes de l’arithmétique servie à la consommation publique pour sauver les apparences.
L’UFDG et son président, El Hadj Cellou Dalein Diallo, n’ont nul besoin de mensonges, de manipulations, d’intrigues, de trahisons, de montages ou de remorquage politique pour exister et compter. Il suffit d’organiser de véritables élections, transparentes, équitables et ouvertes à tous pour en apporter la preuve éclatante.
Aussi longue que soit la nuit, le jour finira par se lever.
Certains sont faits pour obéir, d’autres pour commander. Le bouffon ne sera jamais roi.
Souleymane SOUZA KONATÉ
Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat