À la sortie d’une transition politique marquée par des controverses sur les délais et la légitimité, le président Mamadi Doumbouya élu en décembre 2025, a remporté une victoire large, incarnant une « légitimité par les résultats » via des avancées infrastructurelles comme Simandou 2040, mais doit consolider la confiance post-électorale, intensifier ses efforts pour une organisation administrative efficace, des équipes expertes, une discipline rigoureuse et des valeurs morales irréprochables afin d’implémenter sa vision de développement.
Plusieurs axes structurants se dégagent des analyses sur les trajectoires politiques africaines, les réformes de gestion publique timides dans certains pays et performantes chez d’autres.
A partir de ces réalités et faits, tirer les leçons des régimes politiques connus en République de Guinee, peuvent permettre au Président Mamadi DOUMBOUYA de construire une gouvernance tournée vers les résultats, des réformes d’envergure orientées vers la performance au service concret du bien‑être des populations plutôt que des intérêts de clans ou de partis.
Les péripéties politiques vécues en République de Guinée, ont eu pour effets une dépendance accrue à un système “anti excellence” réfractaire à toute innovation et changement de pratiques obscures, une perte d’indépendance et d’impartialité de la fonction publique, une instrumentalisation des services publics à des fins partisanes, , une politisation de l’administration, et une baisse de la confiance des citoyens.
Ces fléaux ont souvent prêté le flanc à neutraliser toute initiative de réformes, à alimenter une corruption tentaculaire entrainant ainsi une sous‑performance des services publics.
Les évènements du 5 septembre 2021 aboutissant à un régime d’exception ont apporté en dépit de plusieurs facteurs une croissance économique très dynamique, projetée à plus de 7% en 2025 et atteignant potentiellement 10% ou plus entre 2026-2028, principalement grâce au gigantesque projet minier de fer de Simandou, qui la positionne comme une locomotive africaine.
Après une croissance solide autour de 6% en 2024, soutenue par l’or et la bauxite, les perspectives 2025-2030 s’annoncent exceptionnelles avec le lancement de Simandou, malgré des défis persistants comme la diversification économique et la mobilisation des recettes fiscales minières. Un tableau économique affichant un PIB rebasé à environ 33 898 milliards GNF (36.3 milliards USD), une solide croissance à 6.1 %, tirée par l’or, les investissements liés à Simandou.
Maintenir cette embellie économique exige une stratégie globale combinant réformes structurelles, investissements ciblés et une gestion prudente, tout en naviguant dans un environnement mondial en pleine mutation. Vu que nous sortons d’une transition où par moments certaines actions ont été réalisées au forceps, le champ de manœuvre s’est retrouvé restreint face aux autorités militaires. Le bémol à cela est que le pays se trouve dans une dynamique post-transition avec à la clé un président élu après une élection présidentielle. Le changement de la donne est aussi frappant que le soleil de midi.
GMD, dans sa nouvelle posture de Président de la République, les défis et les opportunités seront dans les ordres de Gouvernance avec un besoin continu de renforcer la gestion des recettes minières (transparence, fiscalité) pour en faire bénéficier l’ensemble de la population; de Diversification dans l’optique de diversifier l’économie au-delà des ressources naturelles ; des Infrastructures & du Capital Humain impérativement, des Investissements nécessaires pour soutenir cette croissance.
Adopter une gestion publique axée sur la performance : budgets‑programmes, indicateurs clairs, contrats d’objectifs, un mécanisme régulier de suivi‑évaluation des politiques publiques.
Lier systématiquement les responsabilités des dirigeants publics à des résultats mesurables (accès à l’eau, école, santé, emploi, internet, logements, transports), et non à la fidélité politique et aux improvisés cadres danseurs.
Migrer vers l’instauration d’une discipline et des valeurs morales pouvant faciliter l’éclosion d’une méritocratie anti-corruption, avec obligation de reddition de comptes et d’éducation civique pour renforcer la cohésion sociale et la stabilité démocratique.
Les véritables enjeux de cette configuration politique additionnelle pour le Président Mamadi DOUMBOUYA, doivent porter sur la dynamique d’un développement économique, les droits humains susceptibles de jeter les bases d’une gouvernance post-transition réussie, transformant les défis en opportunités pour la République de Guinée.
Les priorités organisationnelles pour renforcer l’État guinéen post-transition se concentreront sur la réforme administrative, la modernisation institutionnelle, la transparence financière, alignées sur la Vision 2040 voire plus et les Programmes de Référence Intérimaire (PRI).
Ces efforts visent à sortir de la fragilité, à booster la performance publique et à financer les ODD via une administration résiliente et efficace.
La visibilité de l’assiette économique nationale dépendra de cette pratique qui fera certainement des mécontents avec ce schéma de moins de ministres dans le futur gouvernement ; un dispositif qui concentre l’expertise sur priorités vitales (mines, agriculture & développement durable, énergie, éducation, justice, défense, infrastructures & transport, sports & jeunesse, économie, plan et affaires étrangères, budget, industries, Information et culture, économie numérique, environnement & tourisme), améliorant ainsi le suivi sectoriel et ériger certains départements ministériels en Directions Générales ce qui signifie de les élever au niveau de structures centrales importantes, souvent pour regrouper des fonctions ou gérer des effectifs/missions conséquents.
Cette réorganisation vise à une meilleure gouvernance en centralisant ou en décentralisant certaines missions nationales, transformant des services en entités avec une plus grande autonomie administrative et budgétaire, et nécessitant une adaptation des textes réglementaires.
À rappeler que le pouvoir n’est nullement un gâteau à partager. L’adhésion populaire suscitée n’est point dû à ces bruits de la cité mais en grande partie aux discours du GMD, les projets et infrastructures réalisés, à la personnalité du GMD. Cet angle des faits est très interpellatif.
Combiner discipline macroéconomique et politiques sociales ciblées, comme l’ont fait des pays africains performants (Maurice, Botswana), pour transformer la croissance en gains de bien‑être.
Une gouvernance vraiment orientée résultats suppose donc de rompre avec les réflexes des anciens régimes (impunité, improvisation, discours sans actes) et de construire, sur le long terme, des institutions qui obligent l’État à rendre des comptes sur ce qu’il livre réellement à sa population.
Les pays comme le Botswana et l’Île Maurice ont réussi grâce à une gouvernance solide, des politiques d’investissement ciblées (éducation, santé, infrastructures pour le Botswana, diversification économique pour Maurice), et une stabilité démocratique, malgré des défis récents comme la dépendance aux diamants pour le Botswana et la nécessité de diversification. Le Botswana s’est distingué par son investissement dans l’humain et la lutte anti-VIH, tandis que l’Île Maurice a misé sur une croissance inclusive et la bonne gouvernance, avec des réformes financières attirant les investissements étrangers.
Les réformes réussies au Botswana et à Maurice reposent surtout sur une gouvernance solide, une gestion prudente des finances publiques, et une lutte systémique contre la corruption, plus que sur des « miracles » économiques. Ces deux pays montrent qu’un État africain peut devenir performant en combinant institutions fortes, discipline macroéconomique et ouverture au secteur privé.
La République de Guinée est à l’aube d’une transformation économique majeure, où le projet Simandou est le principal moteur, avec l’enjeu de traduire cette manne en développement durable et inclusif. Nous avons cette capacité de nous distinguer par la consolidation de la solidité de nos institutions : une banque centrale crédible, un contrôle parlementaire, une justice indépendante, un cadre réglementaire stable.
Ces mesures renforceront la gouvernance financière avec un nouveau code de gouvernance pour les entreprises publiques et mixtes, une révision de la loi de gestion des finances publiques, la lutte contre la corruption, ce qui sera la marque d’une gouvernance d’envergure inédite pour le bien être de tous.
Doussou Mohamed KEITA
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