Mamadi intronisé : Cellou Dalein, ni faible ni perdant – par Souleymane S. Konaté

Ce samedi 17 janvier 2026, Conakry, la capitale guinéenne, ses hôtes et l’opinion internationale ont été témoins d’une impressionnante démonstration de force militaire. Cette mobilisation s’est substituée à la ferveur populaire initialement annoncée pour la nouvelle prestation de serment de Mamadi Doumbouya en tant que chef de l’État, après un premier acte manqué.

Il est des victoires qui ne suscitent ni liesse ni gloire, car elles sont obtenues au forceps et imposées dans un climat de peur. Depuis le 5 septembre 2021, la Guinée est privée de sa liberté fondamentale et du droit inaliénable de choisir ses dirigeants, fût-ce dans des conditions imparfaites. La désillusion est à la mesure de l’attente. Ceux qui se sont emparés du pouvoir dans le fracas des armes avaient pourtant pris l’engagement solennel, juré sur l’honneur, de restaurer la souveraineté populaire.

Non seulement la promesse d’organiser des élections libres, inclusives et crédibles n’a pas été tenue, mais les acquis démocratiques ont été méthodiquement démantelés. Le peuple guinéen subit aujourd’hui, dans sa chair comme dans son âme, un pouvoir fondé sur la contrainte. Dès lors, une question s’impose : quelle victoire, et pour qui ? Quelle défaite, et pour qui ?

Le simulacre d’élection qui vient d’être organisé ne saurait être qualifié de scrutin démocratique. Il s’agit d’une opération minutieusement orchestrée pour draper un coup d’État des oripeaux de la légitimité. Une fois de plus, la logique de la force a prévalu. Les forces de défense et de sécurité quadrillent le territoire, entravant l’exercice des droits civiques les plus élémentaires. Acteurs politiques, leaders d’opinion et simples citoyens ayant osé dénoncer ces dérives autoritaires subissent une répression polymorphe : arrestations arbitraires, disparitions inquiétantes et intimidations systématiques.

Peu à peu, un climat de psychose s’est installé dans la cité. La peur des représailles a momentanément émoussé l’élan de la contestation. Il n’y a point de libre consentement là où le peuple n’a pu véritablement s’exprimer. Les chiffres officiels traduisent d’ailleurs une abstention massive plutôt qu’ils ne consacrent le plébiscite revendiqué. Cette résistance silencieuse est interprétée à tort par certains comme un ralliement forcé ou une résignation durable.

Pourtant, il serait prématuré de conclure au triomphe définitif de l’arbitraire. Une évidence s’impose désormais : face à un régime qui privilégie la coercition, le simple discours politique atteint ses limites. On ne peut peser durablement sur le cours de l’histoire qu’en travaillant à rééquilibrer le rapport de forces, dans le respect des aspirations profondes de la nation.

L’UFDG et son président, El Hadj Cellou Dalein Diallo, font face à une adversité inédite qui dépasse les règles ordinaires du jeu démocratique. De la base au sommet, il est impératif de comprendre que ces temps nouveaux exigent des stratégies renouvelées. Au désordre autocratique, il faut opposer une organisation rigoureuse, une mobilisation intelligente et une détermination sans faille.

Le parti ne peut rester spectateur, impuissant et résigné, face à une volonté manifeste de l’effacer du paysage politique et de l’exclure de la compétition, en dépit de son poids électoral et de sa légitimité historique. À ce stade, l’engagement total devient une nécessité vitale pour sa survie et pour l’avenir démocratique du pays.

El Hadj Cellou Dalein Diallo n’a jamais redouté les épreuves personnelles. Il place le salut de la Guinée au-dessus de son propre destin. Ceux qui s’évertuent à caricaturer sa posture — tantôt en lui reprochant une retenue excessive, tantôt en l’accusant d’une fermeté feinte — méconnaissent une réalité essentielle : bien que persécutée, l’UFDG demeure une force capable de résilience et d’adaptation.

Il faut mesurer la profondeur du mécontentement populaire et la résolution d’un homme qui, après avoir longtemps misé sur la loi et l’État de droit, est convaincu que la Guinée ne recouvrera sa dignité que par un rééquilibrage patient mais résolu du rapport de forces en faveur du peuple.

Personne n’avait anticipé le coup de théâtre d’il y a quatre ans. Cette séquence aussi s’achèvera. L’UFDG et Cellou Dalein Diallo retrouveront leur place naturelle, tandis que d’autres devront répondre de leurs actes devant l’histoire.

Le temps de l’épreuve est engagé. Le jugement du temps, lui, sera implacable.

Souleymane SOUZA KONATÉ

Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat