Abass D : « Ce n’est pas l’opposition qui pose problème, mais l’incapacité de (…) à accepter… »

REGARD D’UN ACTIVISTE. Abass Diagana, Activiste & Militant des causes nobles, s’est prêté aux 3 Questions de [Farafinainfo] et a posé son regard averti sur les faits marquants de l’actualité africaine de la semaine dernière en Guinée, en Afrique et dans le Monde. Ses réponses permettront d’éclairer la lanterne les internautes de notre site panafricain d’informations générales de mieux comprendre l’essentiel des nouvelles politico-économiques et sociales du continent noir [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS].

Abass Diagana, Activiste panafricain 

« En effet, dans la composition du nouveau gouvernement ivoirien, certains y voient un choix de continuité, mais ce qui est sûr, il n’y a pas de rupture notable, puisque l’on retrouve les mêmes visages, à quelques ajustements de portefeuilles près. »

1-[CÔTE D’IVOIRE]- Avec son frère Téné Birahima Ouattara nommé Vice-Premier Ministre, Ministre de la Défense, son Premier Ministre Robert Beugré Mambé reconduit et 30 ministres maintenus, le Président Alassane Ouattara opte pour la continuité, en renfonçant ainsi le pouvoir de son petit-frère.  Qu’en pensez-vous ?

Pour cette question très pertinente, il est important de faire une grille d’analyse afin d’éclairer les lanternes

En effet, dans la composition du nouveau gouvernement ivoirien, certains y voient un choix de continuité, mais ce qui est sûr, il n’y a pas de rupture notable, puisque l’on retrouve les mêmes visages, à quelques ajustements de portefeuilles près.

En établissant un parallélisme, force est de constater que des pratiques similaires sont observables ailleurs sur le continent, notamment en Mauritanie, où les méthodes de nomination relèvent souvent du népotisme ou du clientélisme. Dès lors, lorsqu’on prétend lutter contre ces dérives en Afrique, on ne peut que s’indigner et exprimer sa solidarité envers des populations qui se sentent marginalisées et exclues des cercles de décision.

Reste désormais à observer le gouvernement « Mambé II » à l’aune de ses résultats. Les attentes portent notamment sur les ratios de réalisation et l’impact concret des politiques publiques, d’autant que le président Ouattara accorde une importance particulière aux chiffres. Les observateurs, quant à eux, suivront de près l’évolution de l’action gouvernementale et ses retombées réelles au bénéfice des populations.

Mais quand on y fait une lecture institutionnelle, Alassane Ouattara mise clairement sur la continuité de l’action gouvernementale.

Reconduire le Premier ministre, maintenir une large partie de l’équipe et confier la Défense à une personnalité de confiance peut être vu comme une volonté de stabilité, surtout dans un contexte régional fragile sur le plan sécuritaire.

 

« Le témoignage de Bobi Wine illustre une réalité bien connue : l’opposition politique est souvent traitée comme un acte de traîtrise ou d’ennemi de la nation, surtout lorsque l’opposant est populaire, mobilisateur et capable de fissurer le récit officiel, ou de s’attaquer à l’état profond. Dès lors, l’appareil sécuritaire se substitue au débat politique, et la répression devient l’outil privilégié pour neutraliser l’adversaire politique considéré comme l’ennemi à abattre.»

 

2-[OUGANDA]- Selon RFI, Bobi Wine, opposant ougandais : « Je ne suis pas en sécurité. Je suis pourchassé par l’armée sans avoir commis le moindre crime. Je suis en fuite. Ma femme et ma famille ne sont pas en sécurité non plus ». Est-ce un crime de lèse-majesté d’être opposant en Afrique ?

Être opposant en Afrique ne devrait pas être un crime. Dans une démocratie, l’opposition est une composante normale, légitime et même nécessaire de la vie politique. Pourtant, dans de nombreux pays du continent, toujours comme la Mauritanie, et l’Ouganda dans ce cas précis, le pouvoir assimile encore la contestation à une menace existentielle, voire à une trahison.

Le témoignage de Bobi Wine illustre une réalité bien connue : l’opposition politique est souvent traitée comme un acte de traîtrise ou d’ennemi de la nation, surtout lorsque l’opposant est populaire, mobilisateur et capable de fissurer le récit officiel, ou de s’attaquer à l’état profond. Dès lors, l’appareil sécuritaire se substitue au débat politique, et la répression devient l’outil privilégié pour neutraliser l’adversaire politique considéré comme l’ennemi à abattre.

Ce phénomène repose sur plusieurs constantes :  une confusion entre l’État et le régime, une personnalisation excessive du pouvoir, et une criminalisation systématique de la dissidence.

Dans ce contexte, l’opposant n’est plus un concurrent politique, mais un « ennemi », justifiant filatures, arrestations arbitraires, intimidations et parfois l’exil forcé. La famille elle-même devient un moyen de pression, ce qui marque une dérive grave des principes de l’État de droit.

En somme, ce n’est pas l’opposition qui pose problème, mais l’incapacité de certains régimes à accepter l’alternance, la critique et la reddition des comptes. Tant que l’opposant sera perçu comme un sacrilège politique, la démocratie restera fragile, et la stabilité invoquée ne sera qu’apparente. Peut-on parler de démocratie là où l’opposition vit dans la peur ? Voilà la question majeure à la quelle les réponses ne se trouveront pas dans nos états actuels en Afrique.

 

« Enfin, cette extradition n’est pas seulement un événement judiciaire ; elle est le symptôme d’un durcissement des transitions militaires, où la survie du régime prime sur les anciens codes de protection mutuelle. »

 

3-[BURKINA FASO]- Après plusieurs jours de flou médiatique et de démentis autour d’une possible extradition, les autorités togolaises ont officiellement confirmé la remise de Paul-Henri Sandaogo Damiba aux autorités burkinabè. L’ancien Président de la Transition du Burkina Faso a été extradé le 17 janvier 2026, selon un communiqué du ministère togolais de la Justice. Quel commentaire faites-vous sur cette extradition surprenante de cet ancien putschiste renversé par le Capitaine Ibrahim Traoré

Cette extradition est effectivement surprenante. Sur le plan politique, la remise de Damiba marque une rupture avec la tradition d’asile tacite souvent accordée aux anciens putschistes africains. Elle envoie un signal clair : les garanties informelles d’hier ne tiennent plus face à des régimes militaires soucieux de consolider leur légitimité interne. Pour le pouvoir de transition dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, c’est un acte fort, destiné à montrer qu’aucune figure de l’ancien système n’est au-dessus des comptes.

Sur le plan sécuritaire, cette extradition s’inscrit dans une logique de verrouillage du champ politique et militaire. Damiba, même en exil, restait une figure symbolique susceptible de cristalliser des loyautés ou d’alimenter des velléités de déstabilisation. Le neutraliser juridiquement, c’est réduire les risques de fractures internes dans un contexte de guerre asymétrique.

Sur le plan régional, le rôle du Togo interpelle. Lomé, longtemps perçu comme une terre de médiation et de refuge discret, semble avoir opéré un réalignement pragmatique, privilégiant ses intérêts diplomatiques et sécuritaires à la protection d’un ancien allié. Cela confirme que la solidarité entre élites militaires a ses limites lorsque les équilibres régionaux évoluent.

Enfin, cette extradition n’est pas seulement un événement judiciaire ; elle est le symptôme d’un durcissement des transitions militaires, où la survie du régime prime sur les anciens codes de protection mutuelle.

Une chose est sûre, le putsch n’offre plus automatiquement l’exil comme porte de sortie sûre en Afrique de l’Ouest.

Rédaction de Farafinainfo.com 

Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat