Dr. M.M. Diakité : « … regrettable, c’est de passer autant de temps au pouvoir sans relever aucun défi … »

REGARD D’UN UNIVERSITAIRE. Dr. Mory Mandiana Diakité est revenu sur l’actualité de la semaine écoulée en Guinée, en Afrique et dans le Monde en répondant aux questions de #Farafinainfo portant sur l’assassinant de Seif al-Islam Kadhafi, la représentativité de la gent féminine au sein du nouveau Gouvernement Bah Oury II, et l’officialisation de la candidature du Président Dénis Sassou Nguesso pour un 5ème mandat.  Découvrez l’[ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS].

Dr. Mory Mandiana Diakité, Universitaire 

 

« La mort de Saïf al-Islam Kadhafi risque de plonger davantage ce pays dans un cycle infernal de violence dont il est victime depuis plus d’une décennie. »

1-[LIBYE]- Saïf al-Islam Kadhafi, fils du défunt dictateur libyen Mouammar Kadhafi, a été tué mardi à son domicile dans la ville de Zintan, dans l’ouest de la Libye. Selon des sources proches de lui, quatre hommes armés masqués ont pris d’assaut sa maison pour commettre ce « crime odieux. Quel commentaire. N’est-ce pas un crime odieux dans un pays livré à lui-même ?

La situation en Libye est extrêmement compliquée me faisant perdre tout espoir d’un règlement du conflit pour un retour à la paix dans un bref délai. La mort de Saïf al-Islam Kadhafi risque de plonger davantage ce pays dans un cycle infernal de violence dont il est victime depuis plus d’une décennie. Partisan déclaré d’une réforme du système politique libyen, Saïf al-Islam était pressenti comme le successeur potentiel de son défunt père, le Guide Mouammar Kadhafi, que moi je n’appelle pas de dictateur. Car, c’est ce concept est relatif et circonstanciel.  Si on veut comprendre la menace qui pesait sur lui, on doit faire une rétrospective de la situation sociopolitique de son pays. En fait, tout débute avec la chute de Tripoli par les forces du CNT en 2011, et suivie de celle des autres bastions kadhafistes. C’est ainsi qu’il entre dans la clandestinité, qui a duré quatre ans. Sous le coup d’un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale et Interpol pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, il est finalement arrêté dans le Sud de la Libye, puis condamné à mort en 2015, et emprisonné à Zintan, dans le djebel Nefoussa. Libéré en 2017, il annonce par la suite son intention de se présenter à l’élection présidentielle qui était prévue en 2021, pour laquelle il était l’un des favoris, ce qui conduit le pouvoir libyen à reporter continuellement le scrutin. Il est finalement assassiné par un commando de quatre hommes à Zintan où il s’était réfugié depuis sa libération. Bref, Saïf al-Islam a pris un grand risque en choisissant de rester dans son pays en dépit de l’insécurité chronique qui y règne depuis plus d’une décennie. C’est évident que ceux qui ont orchestré l’assassinat de son père, perçoivent son ascension politique comme une menace pour eux et pour leurs intérêts.

 « Il faut juste travailler techniquement à accroître le taux de scolarisation et de réussite scolaire chez les filles, pour qu’elles soient concurrentielles face aux hommes dans tous les domaines. »

2-[GUINÉE]- Le tout 1er gouvernement de la 5ème République compte 29 ministres dont 7 femmes, seulement. Et pourtant ce mandat est « dédié » aux femmes. » Quel regard portez-vous sur ce faible taux de représentabilité de la gent féminine ? 

 

Personnellement, le débat sur la représentativité des femmes dans un gouvernement ne m’intéresse pas, car, le taux de réussite scolaire chez elles demeure faible. Vous n’êtes pas sans savoir que notre société est idéologiquement à dominance masculine, dont les tâches ménagères sont réservées exclusivement aux filles et aux femmes. C’est tout cela qui explique le faible taux de scolarisation chez elles et de l’échec scolaire dont elles sont victimes. En plus, lors des concours d’accès aux institutions d’enseignement supérieur ou à la fonction publique, on constate également que ce sont les hommes qui sont les plus nombreux parmi les admis. Lorsqu’on prend compte l’aspect compétence aussi, c’est pareil. Donc, comment voulez-vous qu’il y ait une parité entre les deux genres dans la composition du gouvernement ? C’est une suite logique. Cela ne veut pas dire autant qu’il n’existe pas de femmes compétentes capables d’assumer les fonctions de ministre. Il faut juste travailler techniquement à accroître le taux de scolarisation et de réussite scolaire chez les filles, pour qu’elles soient concurrentielles face aux hommes dans tous les domaines.

« La candidature de Denis Sassou Nguesso n’est nullement une surprise. »

3-[CONGO-BRAZZAVILLE]-   À 82 ans, le Président congolais Denis Sassou-Nguesso a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle du 15 mars. Cette officialisation relance-t-elle le débat sur l’alternance démocratique et l’avenir politique du Congo-Brazzaville ?

La suppression du verrou constitutionnel pour baliser le chemin pour une présidence illimitée ou à vie n’est pas un fait nouveau dans la démocratie africaine. Les exemples n’en finissent pas. L’année dernière, à 92 ans, Paul Biya a remporté l’élection présidentielle au Cameroun pour son huitième mandat. C’est pareil à la Côte-d’Ivoire, où on a assisté à l’élection d’Alassane Ouattara à l’âge de 83 ans pour son quatrième mandat. Donc, la candidature de Denis Sassou Nguesso n’est nullement une surprise. C’est lorsqu’il démissionnait pour permettre l’organisation d’un scrutin libre et transparent, qui pouvait être une surprise. Il fait partie des chefs d’État qui battent le record de longévité au pouvoir. Tout porte à croire que ces Présidents muriront au pouvoir. Ce qui est tout de même regrettable, c’est de passer autant de temps au pouvoir sans relever aucun défi, qu’il soit sécuritaire ou économique. Pauvre Afrique noire !

Rédaction de Farafinainfo.com

Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat