REGARD D’UN ÉCONOMISTE. Doussou Mohamed Keïta est revenu sur l’actualité brûlante du continent africain de la semaine écoulée en Guinée, en Afrique et dans le Monde en répondant aux 3 Questions de #Farafinainfo portant sur la mobilisation des ressources au Sénégal, la déclaration du président de la Commission de l’UA et la condamnation des supporters sénégalais au Maroc. Découvrez l’[ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS].
Doussou Mohamed Keïta, Économiste
« Le fait que nos économies à l’échelle nationale sont frappées par son caractère informel, rend les choses parfois complexes nécessitant des réformes d’envergure pour mieux consolider nos économies »
1-[SÉNÉGAL]- « Le Sénégal a mobilisé les ressources nécessaires pour faire face à une échéance obligatoire majeure prévue en mars 2026, selon les informations rapportées par Reuters et Bloomberg. D’après des sources proches du dossier, les autorités disposent des fonds requis pour le remboursement des Eurobonds arrivant à maturité, pour un montant estimé à 485 millions de dollars, incluant le principal et les intérêts … Cette opération intervient dans un contexte délicat. Selon des estimations du Fonds Monétaire International, la dette publique du Sénégal aurait atteint 132% du PIB à la fin de 2024, après la révélation de plusieurs millions de dollars d’emprunts non déclarés par l’administration précédente. En réaction, l’institution Bretton Woods a suspendu un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars, poussant les autorités à privilégier des émissions de dette à court terme sur le marché régional. », rapporte emedia..sn. Quel regard portez-vous sur cette délicate situation économique du Sénégal ?
La dette publique du Sénégal a effectivement atteint un niveau élevé, estimé à environ 119% du PIB en 2025, mais les autorités la jugent soutenable grâce à une croissance économique supérieure au coût moyen de financement (autour de 4%). Mais, l’échec du programme FMI (1,8 milliard USD suspendu en novembre 2025) et le refus initial de restructuration ont doublé les spreads à 1 500 points de base, fermant l’accès aux marchés internationaux. Sur 2026-2028, 1,1 milliard USD d’eurobonds arrivent à échéance, dont un tiers cette année, poussant vers une restructuration quasi inévitable de la dette extérieure selon plusieurs analystes. Comprenons qu’est-ce que c’est que les eurobonds, ses implications et enjeux véritables ? Pour faire simple, les eurobonds offrent aux économies africaines un accès rapide aux marchés internationaux pour financer des projets d’infrastructure ou combler des déficits budgétaires, diversifiant ainsi les sources de financement au-delà des prêts bilatéraux ou multilatéraux.
Cependant, leur coût élevé (taux d’intérêt souvent supérieurs à 10%) et leur libellé en devises étrangères (dollar ou euro) exposent ces pays à des risques majeurs de change et de refinancement.
Comme avantages, citons :
Une émission en quelques semaines sans conditionnalités politiques strictes, contrairement aux prêts du FMI ou de la Banque mondiale, permettant une autonomie financière accrue.
Une possibilité de lever des centaines de millions de dollars pour des investissements productifs, stimulant la croissance si bien gérée.
Réduit la dépendance aux créanciers traditionnels et améliore la crédibilité sur les marchés si les émissions sont réussies.
Les inconvénients sont entre autres :
Risque de change et coût prohibitif : Dépréciations monétaires locales alourdissent les remboursements ; taux d’intérêt 2 à 8 fois plus élevés qu’en Asie ou Europe.
Manque de traçabilité : Fonds souvent détournés ou mal utilisés, avec surliquidité bancaire et absence de contrôle parlementaire dans certains pays.
Endettement insoutenable : Augmente la vulnérabilité au refinancement, surtout avec la hausse des taux mondiaux ; risque de défaut ou de “fonds vautours”.
Le fait que nos économies à l’échelle nationale sont frappées par son caractère informel, rend les choses parfois complexes nécessitant des réformes d’envergure pour mieux consolider nos économies. Le Sénégal n’est pas le seul pays à évoluer ainsi. Un fait non négligeable, les États sont orientés vers des investissements non stratégiques, trop de dépenses inopportunes, cela doit impérativement changer.
« Ce tableau reflète la défaillance des institutions, la mauvaise gouvernance et l’accaparement du pouvoir par une petite élite constituent effectivement des terreaux fertiles pour les coups d’État militaires en Afrique. »
2-[UA-GUINÉE & GABON]- « L’Union africaine n’aura « aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels », a déclaré le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, alors que les généraux guinéen Mamadi Doumbouya et gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema ont participé à ce sommet et que des processus de transition sont en cours en Guinée-Bissau et à Madagascar, suivis par des « envoyés spéciaux » de l’UA. », rapporte RFI, mais nos confrères ont-ils oublié de citer les transitions en cours dans les trois pays de l’AES (Alliance des États d Sahel) ? Clap de fin « du 39ème sommet de l’Union africaine est à présent terminé. Pendant deux jours, les chefs d’État et de gouvernement de l’organisation panafricaine ont discuté des principales crises qui touchent le continent. » Qu’en pensez-vous ?
L’Afrique représente 44% des 491 coups d’État mondiaux depuis 1950, dont 245 réussis, avec une accélération récente : 9 changements anticonstitutionnels depuis 2020 (Mali par deux fois, République de Guinée, Burkina Faso par deux fois, Tchad, Soudan, Niger, Gabon). Le Soudan mène avec 17 tentatives, suivi du Burkina Faso, Mali et la République de Guinée.
Ce tableau reflète la défaillance des institutions, la mauvaise gouvernance et l’accaparement du pouvoir par une petite élite constituent effectivement des terreaux fertiles pour les coups d’État militaires en Afrique.
Pour renforcer les institutions et prévenir les coups d’État en Afrique, des réformes internes et régionales ciblées sont essentielles, en s’appuyant sur une gouvernance inclusive et des mécanismes de participation et d’éducation citoyenne. Nos pays en ont fortement besoin.
« Pour prévenir de telles escalades, une meilleure gestion sécuritaire, un arbitrage très professionnel via VAR et des efforts d’hospitalité renforcée sont essentiels. »
3-[CAN2025-SUPPORTERS SÉNÉGALAIS]- « La justice marocaine a condamné jeudi à des peines allant de trois mois à un an de prison les 18 supporters sénégalais détenus au Maroc depuis la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) mi-janvier, qui avait été émaillée d’incidents. Les prévenus étaient poursuivis pour ‘’hooliganisme’’, accusation incluant des actes de violence notamment contre les forces de l’ordre, dégradation d’équipements sportifs, invasion de la pelouse ainsi que jets de projectiles. Plus tôt dans la journée, le parquet avait requis jusqu’à deux ans de prison ferme contre chacun d’eux. Neuf d’entre eux ont été condamnés à un an de prison assorti d’une amende de 5.000 dirhams (environ 460 euros), six autres à six mois et 2.000 dirhams d’amende (180 euros) et les trois derniers à trois mois et à une amende de 1.000 dirhams (90 euros). ‘’C’est incompréhensible’’, a réagi auprès de l’AFP Me Patrick Kabou, leur avocat sénégalais inscrit au barreau du Gers en France, dénonçant le fait que ses clients servent de ‘’boucs émissaires’’. » Quel commentaire de ce règlement d’un problème africain ?
Les tensions lors des grandes rencontres de football, comme la finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal, révèlent souvent des passions exacerbées qui dépassent le sport. Ces incidents, marqués par des envahissements de terrain et affrontements, soulignent des rivalités nationales profondes en Afrique.
Les frustrations liées à l’arbitrage, avec la clé le doigt pointé sur le pays organisateur de la CAN, les commentaires sur les réseaux sociaux ont déclenché des protestations autour de la rencontre. des affrontements entre supporters et forces de l’ordre.
Des griefs préexistants, tels que des plaintes sur l’accueil des équipes subsahariennes au Maroc (hébergement, sécurité), ravivent des clivages Nord-Sud en Afrique.
Ces tensions ne sont pas isolées : elles rappellent des épisodes récurrents en CAN ou Ligue des Champions africaine, où le football reflète des enjeux culturels, identitaires et historiques.
Pour prévenir de telles escalades, une meilleure gestion sécuritaire, un arbitrage très professionnel via VAR et des efforts d’hospitalité renforcée sont essentiels.
C’est une évidence que ces événements montrent que le ballon rond unit autant qu’il divise, nécessitant une maturité collective pour célébrer le sport sans violence.
Rédaction de Farafinainfo.com
Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat