Tous les lundis dans sa rubrique [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS], la Rédaction de #Farafinainfo revient sur l’actualité africaine de la semaine écoulée en interrogeant un intellectuel africain sur des questions de la bonne gouvernance et des réalités sociopolitiques et économiques en Afrique. M. Doussou Mohamed Keïta décrypte cette actu brûlante et éclaire votre lanterne.
L’Économiste /Manager stratégique Doussou Mohamed Keïta
« Cette procédure de silence-assentiment n’a pas abouti, bloquant ainsi un soutien continental officiel. Initialement présentée par le président burundais Évariste Ndayishimiye, la candidature visait à représenter l’Afrique pour succéder à António Guterres, mais les oppositions l’ont invalidée. »
1-[SÉNÉGAL]- La candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire Général de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) divise les Africains après avoir divisé les Sénégalais : 34 pays soutiennent, 13 pays s’opposent et 7 pays indécis dont le Sénégal qui s’abstient. « L’Union Africaine échoue à valider la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire Général de l’ONU », rapportent certains médias. Qu’en pensez-vous de cette candidature ?
Macky Sall n’a pas reçu le soutien de l’Union Africaine (UA) ni du Sénégal pour sa candidature au poste de Secrétaire Général de l’ONU principalement en raison d’oppositions formelles de plusieurs États membres.
Primo : Son pays d’origine qui est le Sénégal. C’est un secret de polichinelles, entre l’exécutif actuel au Sénégal et Macky Sall, l’horloge n’est pas au beau fixe dû à plusieurs causes notamment la situation de l’assiette de la dette trop salée et facteurs non des moindres. C’est une situation regrettable qui peut pousser d’autres présidents à vouloir s’éterniser au pouvoir pour éviter une telle position.
Secundo : L’UA a rejeté la candidature de Macky Sall le 27 mars 2026, après que vingt (20) États membres, soit plus d’un tiers des 55 pays, ont “rompu le silence” contre le projet de décision proposé par le Burundi (Président en exercice de l’UA). Cette procédure de silence-assentiment n’a pas abouti, bloquant ainsi un soutien continental officiel. Initialement présentée par le président burundais Évariste Ndayishimiye, la candidature visait à représenter l’Afrique pour succéder à António Guterres, mais les oppositions l’ont invalidée.
Tertio : Le Sénégal déclare n’avoir “à aucun stade” endossé cette candidature et n’ayant pas été associé à l’initiative. En dépit de la tension qui continue à susciter des débats, le Président Macky Sall maintient sa candidature déposée le 2 mars 2026 auprès de l’ONU, mais sans le précieux aval africain requis pour renforcer sa légitimité. Bien que soutenue par certains cercles panafricanistes, elle reste affaiblie sans l’UA ni le Sénégal.
L’idéal était de ne pas vivre un tel scénario, certainement, le Président Macky Sall a dû pécher quelque part lors de sa gouvernance entre 2012 et 2024 sur le plan diplomatique et à l’interne.
« La Constitution de la RDC, promulguée en 2006 (et non 2015, qui correspond à une confusion possible avec la République du Congo voisine), limite strictement les mandats présidentiels à deux renouvelables, interdisant toute révision des articles 70, 220 et 221 qui protègent ce verrou. »
2-[RD CONGO]- Question à Joseph Kabila sur la constitution : En 2015, il se disait que vous vouliez vous-même la changer, non ? Et a répondu : « Nulle part dans mes interventions, avec quelque interlocuteur que ce soit, je n’ai évoqué la question de la révision de la Constitution. Je l’ai même dit publiquement dès 2009. Pour moi, cette Constitution est sacrée ». Le débat est présentement vif autour de la question de révision de la Constitution de la RD Congo. Quel regard portez-vous sur ce débat qui divise les Congolais ?
Ce grand pays de l’Afrique centrale qui est la RDC ne mérite pas toutes ces spéculations qui sapent l’avenir de pays. Malheureusement, en Afrique, le déficit de leadership fait que l’attention est focus sur cette question de Constitutionnalité, de mandants présidentiels alors que le vrai débat devrait porter prioritairement sur les axes de développement et comment les mettre au point pour le bien-être de nos populations avec le design institutionnel adapté à nos réalités endogènes.
La Constitution de la RDC, promulguée en 2006 (et non 2015, qui correspond à une confusion possible avec la République du Congo voisine), limite strictement les mandats présidentiels à deux renouvelables, interdisant toute révision des articles 70, 220 et 221 qui protègent ce verrou.
Ce texte fondamental, adopté après les accords de Sun City, est perçu par certains comme un héritage imposé par des acteurs externes et inadapté aux réalités congolaises actuelles, avec des faiblesses sur la décentralisation, la gestion des ressources et la sécurité. L’opposition et la société civile y voient un rempart contre les dérives autoritaires, craignant une révision pour prolonger le pouvoir, comme tenté par Joseph Kabila en 2015. Le débat oppose majorité (favorable à une adaptation) et opposants (hostiles à tout changement risquant un “glissement”).
Depuis octobre 2024, Félix Tshisekedi pousse pour une révision, qualifiant la Constitution d’“obsolète” et “rédigée par des étrangers”, annonçant une commission en 2025 pour l’adapter aux défis du pays. Son parti UDPS mène une campagne de sensibilisation, mais cela divise sa majorité et ravive les soupçons d’un troisième mandat, malgré ses démentis. Une proposition formelle a été déposée à l’Assemblée en août 2025, sans consensus clair à ce jour.
Il y a lieu de noter aussi les craintes portent sur un risque de “troisième mandat” via une nouvelle mouture, potentiellement validée par des institutions contrôlées, au milieu de tensions sécuritaires et économiques. Bien que Tshisekedi insiste sur un processus démocratique et inclusif, l’opposition dénonce une manœuvre politique, et le débat reste vif sans avancée concrète en mars 2026.
La présence de M23 sur une grande partie du pays est une grosse épine dans le pied de l’exécutif congolais et la supposée proximité du President Kabila redessine le véritable enjeu sociopolitique dans le pays avec son corollaire de violences tous jours.
« Vouloir injecter de nouveaux billets et/ou des grosses coupures n’est pas la solution réaliste face à cette crise de liquidité que nous vivons. Il y a quelques décennies, le Zaïre actuel RDC et le Zimbabwe en ont fait les frais avec des taux d’inflation vertigineux. »
3-[GUINÉE]- La Guinée traverse une grave crise de liquidité depuis plusieurs mois (mi-2025 à nos jours), caractérisée par une pénurie de billets de banque, paralysant les transactions en espèces et ralentissant l’économie. Et pour pallier à cette pénurie de liquidités qui dure et perdure, le Président de la République Mamadi Doumbouya ordonne l’impression de nouveaux billets. Est-ce (vraiment) la solution, si non, on vous écoute ?
Cette crise de liquidité n’est pas première en République de Guinée. Elle découle très souvent quand la confiance se trouve érodée entre les agents économiques, les ménages et le système financier et bancaire.
L’Etat a plusieurs outils pour prévenir de telles éventualités comme la prospective économique qui permet de modéliser les futurs possibles.
Aussi d’autres outils comme les enquêtes de confiance intègrent des projections pour guider les politiques publiques et privées. Cela réduit l’incertitude, favorisant investissements et consommation.
Le lien entre les agents économiques, les ménages, les banques commerciales et la BCRG doit bénéficier de toutes les attentions incitatives orientées dépôt à la banque, encadré pour éviter une niche de thésaurisation qui réduit drastiquement le flux d’argent dans le circuit économique surtout pour une économie frappée par son caractère informel.
Notons aussi que la confiance joue un rôle central dans l’économie d’un pays, elle facilite les échanges, les investissements et la croissance en réduisant les coûts de transaction et les incertitudes.
Vouloir injecter de nouveaux billets et/ou des grosses coupures n’est pas la solution réaliste face à cette crise de liquidité que nous vivons. Il y a quelques décennies, le Zaïre actuel RDC et le Zimbabwe en ont fait les frais avec des taux d’inflation vertigineux.
Le franc guinéen n’est consommé qu’en Guinée je crois, adoptons une culture réaliste après une réflexion structurée en initiant les pourparlers entre les acteurs qui animent notre économie dans un langage franc privé de toute complaisance afin de réaliser un diagnostic réel et discuter de la matrice de solutions à portée de main afin de faciliter la relance de notre économie et la booster. Ne cédons pas la place à tout élément susceptible de perturber l’élan pris par notre économie via les projets structurants qui vont avec le projet SIMANDOU dont les effets multiplicateurs positifs sont une évidence d’envergure.
Cette matrice de solutions comporte les éléments ci-après : sécuriser les dépôts pour convaincre les entreprises, les ménages que la banque est un refuge et non un risque ; développer les paiements électroniques et les canaux formels pour réduire la dépendance au cash ; renforcer l’indépendance et la crédibilité de la banque centrale , pour qu’elle puisse dire « non » aux dérives de financement monétaire ; fermer les vannes de la fuite de capitaux afin que l’épargne nationale finance le développement national, et non les comptes anonymes à l’étranger.
La véritable bataille n’est donc pas seulement technique, elle est politique et institutionnelle : il s’agit de reconstruire un environnement où l’épargnant, l’entrepreneur et le travailleur peuvent raisonnablement croire que leur monnaie, leurs dépôts et leurs efforts ne seront pas balayés par une prochaine crise.
Les crises financières ne sont jamais totalement prévisibles, mais leur violence dépend largement de la qualité de la gouvernance monétaire et financière. Là où les institutions sont solides, transparentes et crédibles, la thésaurisation reste limitée, les chocs sont amortis et les billets ne se transforment pas en symboles d’angoisse. Là où la confiance est brisée, en revanche, même la plus grosse coupure de billet ne vaut plus grand-chose.
Rédaction de Farafinainfo.com
Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat