Souveraineté médiatique : l’Afrique doit reprendre la parole

Il est temps d’ouvrir les yeux.

Dans chaque crise majeure, une constante s’impose : ce sont toujours les autres qui racontent notre histoire. Et trop souvent, nous la consommons sans la questionner.

Regardons la crise malienne. Regardons le Sahel. Regardons le Soudan, la Somalie, le Burkina Faso, le Niger, la RDC. Partout, des conflits complexes, enracinés dans des réalités historiques, sociales et politiques profondes. Pourtant, ce que le monde entend, ce sont des récits simplifiés, orientés, parfois déconnectés du terrain.

Pourquoi ?

Parce que nous avons abandonné un levier essentiel : le contrôle de notre narration.

Aujourd’hui, les grands médias internationaux façonnent les perceptions globales. Ils hiérarchisent les drames, amplifient certaines souffrances et en invisibilisent d’autres. Résultat : les guerres en Ukraine ou au Moyen-Orient suscitent une mobilisation mondiale immédiate  ce qui est légitime  mais les tragédies africaines, elles, sont reléguées au second plan, comme si elles étaient normales, presque attendues.

Ce déséquilibre n’est pas anodin. Il influence l’opinion, oriente les politiques internationales et conditionne même notre propre regard sur nous-mêmes.

Et c’est là que le problème devient grave : nous finissons par voir l’Afrique à travers les yeux des autres.

Or, l’information n’est pas neutre. Elle est un instrument de puissance.

Dans le monde actuel, maîtriser l’information, c’est exercer sa souveraineté.

Alors posons la vraie question : où sont nos grands groupes médiatiques africains ? Où sont nos chaînes capables de couvrir nos crises avec profondeur, nuance et responsabilité ? Où sont nos plateformes capables de raconter nos réalités sans filtre extérieur ?

Nous ne manquons ni de talents, ni de journalistes compétents, ni d’histoires à raconter. Ce qui nous manque, c’est une vision stratégique, des investissements massifs et une volonté politique claire.

Car tant que nous dépendrons des autres pour nous raconter, nous resterons dépendants dans la manière de penser nos propres crises.

Il ne s’agit pas de rejeter les médias internationaux. Il s’agit d’exister face à eux. De proposer une autre lecture. D’imposer notre voix dans le concert des nations.

L’Afrique ne peut plus être un simple sujet d’information.

Elle doit en devenir l’auteur.

C’est une question de dignité.

C’est une question de lucidité.

C’est une question de souveraineté

Soninké Diané

Citoyen

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