Tous lundis dans sa rubrique [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS], la Rédaction de #Farafinainfo se fait le devoir de revenir sur l’actualité africaine de la semaine écoulée en interrogeant un intellectuel africain sur des questions de la bonne gouvernance et des réalités sociopolitiques et économiques en Afrique. Diagana Abass décrypte et analyse cette actu la plus brûlante tout en éclairant la lanterne des internautes.
L’Activiste de la société civile Diagana Abass
“ …, on peut aussi lire cet hommage de manière plus nuancée : dans certains contextes politiques, ce type de déclaration peut aussi contribuer à construire une image de fin de mandat plus humaine et apaisée”
1-[BÉNIN]- Le Président béninois, Patrice Talon, qui s’apprête à quitter le pouvoir, a rendu hommage à son épouse discrète : « Je voudrais exprimer quelque chose de grand à quelqu’un qui n’est pas ici, qui n’a jamais été ici, mais qui fait partie de notre équipe, qui m’a porté pendant les dix ans. Mon épouse, Madame Talon, Claudine. Elle n’a jamais été ici, mais elle a toujours été avec moi. Dans mon inspiration, mes décisions, ma santé, mon abnégation, je n’ai jamais changé, j’ai essayé de changer avec elle. Elle m’a conseillé dans toutes mes décisions. Et je crois que si j’ai un mérite, je lui dois. Notre équipe, qui n’a jamais vu Madame Talon dans les environs, comportait également cette brave dame qui m’a donné tant ». Quel bel hommage n’est-ce pas ?
En effet c’est un hommage particulièrement marquant, à la fois sobre et profond.
Quand Patrice Talon parle de son épouse Claudine Talon, il met en lumière quelque chose de rarement exprimé aussi clairement en politique : le rôle invisible mais déterminant du conjoint.
Ce qui rend cet hommage fort, ce n’est pas seulement l’émotion, mais plusieurs éléments en même temps, à savoir :
* La discrétion valorisée : il insiste sur le fait qu’elle « n’a jamais été ici », donc absente de la scène publique, mais essentielle en coulisses.
* L’influence assumée : il reconnaît explicitement qu’elle a contribué à ses décisions, ce qui est assez rare chez les chefs d’État.
* L’humilité personnelle : dire « si j’ai un mérite, je lui dois » est une forme de décentrement de soi, peu fréquente dans les discours de pouvoir.
* La dimension humaine du pouvoir : il rappelle qu’un dirigeant n’est pas isolé, mais soutenu par un cercle intime.
Cela dit, on peut aussi lire cet hommage de manière plus nuancée : dans certains contextes politiques, ce type de déclaration peut aussi contribuer à construire une image de fin de mandat plus humaine et apaisée. Ce n’est pas forcément contradictoire avec la sincérité, mais ça fait partie de la communication politique.
En définitif c’est un bel hommage touchant, élégant, et assez rare dans sa franchise.
“Au fait, la crédibilité de cette décision dépend entièrement de la transparence et de l’équité de la procédure”
2-[MAURITANIE]- « … Leur immunité parlementaire ne les a pas protégées. Mariem Cheikh Dieng et Ghamou Achour, deux députées de l’opposition en Mauritanie, ont été condamnées, lundi 4 mai, par la chambre correctionnelle du tribunal de Nouakchott, à quatre ans de prison pour « atteinte aux symboles de l’Etat et diffusion de propos à caractère raciste ». Un mandat de dépôt a été délivré à l’encontre des élues, engagées dans la lutte contre l’esclavage en Mauritanie. »., rapporte Le Monde. Et Thierno Kaaw Thierno s’interrogé dans sa tribune intitulée : « Deux députées condamnées pour ‘’flagrance numérique’’ : Le verdict fera-t-il jurisprudence ?» Qu’en pensez-vous ?
Cette situation que l’on évoque ici est juridiquement et politiquement sensible, et elle mérite une lecture nuancée.
D’un côté, la condamnation de Mariem Cheikh Dieng et Ghamou Achour pour « atteinte aux symboles de l’État » et « propos à caractère raciste » soulève une question centrale : jusqu’où va la liberté d’expression, surtout pour des parlementaires ?
Premièrement : La question de l’immunité parlementaire
En principe, l’immunité protège les députés pour leurs opinions et votes dans l’exercice de leur mandat. Mais elle n’est pas absolue :
* Elle peut être levée.
* Elle ne couvre pas toujours les actes ou propos considérés comme pénalement répréhensibles, notamment en dehors du cadre strict parlementaire.
Donc, sur le plan strictement juridique, leur condamnation peut être légale, si les procédures ont été respectées. Mais cela ne règle pas la question de fond.
D’abord un enjeu politique évident
Ces deux élues sont connues pour leur engagement contre l’esclavage et les discriminations. Leur condamnation peut donc être interprétée de deux façons opposées :
Lecture officielle : sanction de propos jugés dangereux pour la cohésion nationale.
Lecture critique : possible restriction de la parole d’opposition, surtout sur des sujets sensibles.
C’est là que le débat devient politique : dans beaucoup de pays, les infractions liées aux « symboles de l’État » ou à « l’unité nationale » sont parfois utilisées de manière large, ce qui peut entraîner un risque de limitation du débat démocratique.
Avant tout, la notion de « flagrance numérique »
La tribune de Thierno Kaaw Thierno pose une question très pertinente : la jurisprudence.
Avec les réseaux sociaux :
Les propos sont publics, traçables, instantanés.
La justice peut intervenir plus rapidement, parfois en invoquant la « flagrance ».
Mais cela ouvre un débat :
Est-ce une adaptation normale du droit à l’ère numérique ?
Ou un outil qui peut accélérer des poursuites au détriment des garanties ?
Mon analyse
Ce type de verdict est toujours un équilibre délicat entre :
protéger l’ordre public et éviter les discours réellement dangereux,
et garantir la liberté d’expression, surtout pour des élus.
Le point clé, selon moi, est le suivant :
Au fait, la crédibilité de cette décision dépend entièrement de la transparence et de l’équité de la procédure.
Si la justice est perçue comme indépendante, le verdict sera vu comme juridique.
Sinon, il risque d’être perçu comme politique, et donc contesté
« En revanche, je peux m’adresser à Madiambal en ces termes : avant de donner des leçons de justice à tout le monde, chacun devrait d’abord balayer devant sa porte »
3-[SÉNÉGAL]- « Madiambal, mythomane émérite, a encore inventé une histoire comme il est seul à en avoir le secret. Le fugitif a une inspiration diabolique pour répandre des balivernes. Il ferait un excellent scénariste pour films fantastiques. ». Vous comprenez à quoi il fait allusion ?
On comprend assez bien l’allusion, même sans avoir tout le contexte précis.
Les propos que vous citez visent clairement Madiambal Diagne, une figure médiatique connue au Sénégal pour ses prises de position souvent tranchées contre Pastef et son leader
Ce que ça signifie concrètement qu’au Sénégal, ces dernières années, le débat public est très tendu, avec des échanges souvent virulents entre journalistes, opposants et partisans du pouvoir.
Pour le cas de Madiambal, c’est un habitué des faits, surtout face au régime actuel et son Premier Ministre Ousmane Sonko.
En revanche, je peux m’adresser à Madiambal en ces termes : avant de donner des leçons de justice à tout le monde, chacun devrait d’abord balayer devant sa porte. La crédibilité ne se décrète pas, elle se construit par la cohérence entre les discours et les actes. Quand il y a des zones d’ombre ou des controverses personnelles non élucidées, la posture de donneur de leçons passe difficilement.
Rédaction de Farafinainfo.com
Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat