D. Mohamed Keïta : « Le divorce est acté, le remariage, s’il devait arriver, ne pourrait qu’être de convenance »

Tous les lundis dans sa rubrique [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS], la rédaction de #Farafinainfo revient sur l’actualité africaine des sept (7) derniers jours. Pour ce faire, elle interroge un intellectuel africain sur des thématiques de bonne gouvernance ainsi que sur les réalités sociopolitiques et économiques du continent. M. Doussou Mohamed Keïta décrypte cette actualité brûlante pour éclairer votre lanterne.

 

 « Les alliances se défont et se reforment au gré des intérêts, des cycles électoraux et des crises »

 1-[SÉNÉGAL]- « Le Président Bassirou Diomaye Faye a annoncé, vendredi 3 juillet, la création prochaine de son propre parti politique, une annonce faite devant plus de 300 maires de sa coalition, réunis au Palais de la République. Elle officialise une rupture avec Ousmane Sonko et le Pastef – engagée depuis plusieurs mois – et elle intervient alors que les députés viennent de voter une réforme constitutionnelle qui pourrait empêcher le président de diriger un parti. », rapporte rfi. La rupture entre le président Diomaye et Ousmane Sonko est-elle désormais irréversible ?

 

Ce scénario incite à un faisceau d’interrogation sur le leadership politique africain, la conquête et l’exercice du pouvoir. Pas trop surpris sur cette crise entre le Président Diomaye Faye et Sonko. Certainement, ils n’ont pas la même perception de l’exercice du pouvoir et autres considérations. Ce qu’il faut retenir, c’est que la rupture est clairement consommée sur le plan politique. Quand un Président en exercice décide de bâtir sa propre maison partisane, sous les yeux de centaines de maires qui constituent l’ossature de sa base, il envoie un signal sans ambiguïté : la page de la co-direction avec Ousmane Sonko et le Pastef est tournée. Maintenant, irréversible est un mot qu’il faut manier avec prudence en politique. Les alliances se défont et se reforment au gré des intérêts, des cycles électoraux et des crises. On peut dire que la confiance originelle est perdue, que les trajectoires se séparent, mais on ne peut pas exclure qu’un jour une convergence de circonstances les oblige à se reparler. Ce ne serait plus la même relation, ce ne serait plus le même contrat politique, et c’est peut-être cela le véritable sens du moment que nous vivons : le divorce est acté, le remariage, s’il devait arriver, ne pourrait qu’être de convenance. En résumé, ce qui est irréversible aujourd’hui, ce n’est pas l’absence définitive de dialogue, c’est la fin d’une illusion : celle d’un binôme à la tête d’un même projet, porté par un même parti, dans une même direction. Désormais, chacun assumera son destin politique, et les Sénégalais jugeront, à l’épreuve des faits, lequel des deux aura le plus convaincu.

 « … l’ère des irrégularités tolérées et des effectifs mal maîtrisés est censée appartenir au passé »

2-[GUINÉE]- « Dans le cadre des réformes visant à moderniser et assainir l’administration publique, le Ministère de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction Publique informe qu’à l’issue d’un contrôle administratif rigoureux, 6678 agents ont été licenciés pour diverses irrégularités. Cette décision traduit la volonté du Gouvernement de renforcer la transparence, l’efficacité, l’équité et la qualité du service public. » C’est ainsi que le Ministère de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction Publique a vendu la mèche dudit « contrôle rigoureux » dans un communiqué. Qu’en pensez-vous ?

 Sur le plan symbolique, c’est une décision très forte. Licencier plus de six mille agents de l’État, ce n’est pas un simple ajustement administratif, c’est un acte politique majeur. Le message est clair : l’ère des irrégularités tolérées et des effectifs mal maîtrisés est censée appartenir au passé. Mais la force d’une réforme ne se mesure pas uniquement au nombre de radiations, elle se mesure à la solidité de la procédure qui les sous-tend.

La vraie question, c’est : comment s’est fait ce contrôle “rigoureux” dont parle le communiqué ? Est-ce que chaque agent a été identifié individuellement, informé, entendu, et a disposé d’une voie de recours ? Est-ce que l’on distingue clairement les cas de fraude avérée, les décès non déclarés, les abandons de poste, des situations plus complexes où l’administration elle-même a pu commettre des erreurs ? C’est là que se joue la frontière entre une réforme d’assainissement et un geste brutal.

Je retiens également que l’opération s’inscrit dans une dynamique de refondation de l’État et de modernisation de la fonction publique. Si cette logique est cohérente, elle doit aller au-delà des licenciements : fiabiliser les fichiers, moderniser les systèmes d’information, former les gestionnaires, responsabiliser les hiérarchies, et surtout restaurer la confiance des citoyens dans le service public. Assainir, ce n’est pas seulement retirer, c’est aussi reconstruire.

En résumé, sur le fond, l’objectif est légitime : personne ne souhaite une administration encombrée par les irrégularités. Sur la forme, l’ampleur du chiffre impose une exigence maximale de transparence, de respect des droits et d’explications au public. Une réforme n’est vraiment moderne que lorsqu’elle est ferme, certes, mais aussi juste et lisible.

« Le football n’est pas une séance de voyance, et les matchs ne se gagnent pas à coups d’incantations. »

 3-[ARGENTINE 3-2 CAP-VERT]- L’Argentine est péniblement venue à bout du vaillant Cap-Vert au bout de la nuit. Avez-vous accordé du crédit à la prédiction de ce féticheur ghanéen, qui a prédit l’élimination de l’Albiceleste argentine ?

 Soyons sérieux : je n’ai jamais accordé un grand crédit à ce genre de prédiction. Le football n’est pas une séance de voyance, et les matchs ne se gagnent pas à coups d’incantations. Tant mieux pour ceux qui aiment le folklore, mais sur le terrain, ce sont les jambes, la tactique et le mental qui parlent.

 Après, qu’on vienne aujourd’hui ressortir la prédiction parce que le scénario a failli tourner, c’est assez classique : quand le hasard frôle la réalité, certains y voient une science, alors qu’il s’agit surtout de coïncidence bien emballée. »

 En clair, ce n’est pas parce qu’un pronostic tape juste une fois qu’il devient pertinent. Sinon, on confierait la Coupe du monde aux marabouts au lieu des sélectionneurs.

Il y a lieu de noter que le niveau de jeu du football enregistre une amélioration nette, le fond du jeu, l’organisation logistique, et autres. Tenir en échec le champion en titre européen, le Paraguay, ce n’était pas aisé même (Leo) Messi l’a reconnu. Chapeau à toutes les équipes du continent présentes à cette Coupe du monde 2026.

Rédaction de Farafinainfo.com

Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat