Camara ou Kamara : que signifie ce patronyme ? Qui sont les Camara ou Kamara ? D’où viennent-ils ?

Plusieurs versions tournent autour de l’histoire et de l’origine de ce patronyme. L’une de ces versions raconte que les premiers mandenka seraient venus de l’Est, à la recherche des terres cultivables et propices à la chasse.

Avant de venir occuper ces terres qui deviendront plus tard le Manden et l’Empire du Mali par la suite, ils auraient d’abord envoyé des diado. Les diado sont des espions ou éclaireurs dont la mission était d’explorer l’intérieur de ces terres auxquelles ils aspiraient.

De grande taille, physiquement robustes et forts, ces diado prirent très au sérieux leur mission. Arrivés sur les terres que convoitaient leurs maîtres, ils trouvèrent l’endroit habité par des korogba, ces peuples qui vivaient de chasse et de cueillette. Les diado se confondirent à ces petits hommes pour apprendre d’eux, comprendre leurs relations avec ce nouvel environnement, découvrir leurs secrets.

Les diado obtinrent tout ce dont ils avaient besoin. Ils retournèrent vers ceux qui les avaient envoyés afin de leur apporter les bonnes nouvelles de ces contrées. Ainsi, les Wankaran, conduits par Sanin et Kontron, respectivement mère inféconde et fils, décidèrent de s’établir sur ces nouvelles terres en expropriant ces peuples de petite taille.

Toutefois, sur le terrain, ils se heurtèrent à la farouche résistance de ces peuples. Mais, ils parvinrent finalement à les chasser et à s’y installer. Ils baptisèrent ce nouveau pays : Wankarandougou, c’est-à-dire « la terre des Wankaran ».

Confrontés à des problèmes d’ordre organisationnel, les Wankaran décidèrent de mettre un chef à leur tête pour les diriger. Le choix tomba sur le plus sage et le plus éclairé du groupe : Taabon. Ce dernier n’est pas à confondre avec Taabon Kamadjan Camara, l’ami de l’Empereur du Mandéen, Soundjata Keïta.

Lors d’une assemblée, Taabon fut désigné comme chef. L’assistance s’exclamait alors : « I lé kaa an mara ! », qui veut dire « C’est toi qui nous dirigeras ! ». Avec le temps et par contraction, cette exclamation est devenue « kaa an mara ! » puis, aurait muté en « Camara ou Kamara ». On ne peut parler de l’histoire des patronymes mandenka sans évoquer Taabon. On peut alors comprendre que les griots racontent souvent que Taabon est l’ancêtre des Camara.

Une autre version relate que Camara est formé par le monème ‘’Ka’’ qui signifie ‘’Palais’’ ou ‘’maison’’ en Soninké et par le verbe ‘’mara’’ qui veut dire ‘’garder’’. Le patronyme Kamara signifie donc « veille sur le palais » ou « protecteur de la maison ».

Les Camara fondèrent deux grands royaumes avant l’avènement de Soundjata Keïta : Siby, où fut adoptée la Charte de Kouroukan Fouga, dans l’actuelle République du Mali, et Taabon en République de Guinée. Les Camara, aux dires des conservateurs de la tradition, constituent le socle même de l’Empire du Manden.

Une autre version estime que Mansa Biliba est le premier roi, le bâtonnier du royaume de Sinsany, précurseur du Manden.

Biliba devint roi en unifiant les petits royaumes. Il eut la confiance et le respect de son peuple. Il devint le ‘’gardien’’ de la paix dans le royaume. Au Manden, cette action est appelée « Kâ mãra » qui deviendra plus tard Camara ou Kamara, selon le crayon de l’occupant européen.

Premiers occupants et propriétaires terriens au Manden, les Camara sont repartis en six grandes familles, à savoir :

  1. Taabon Camara, pour magnifier cette lignée, les griots clament : Sinikibon ;
  2. Sibi Camara pour Talikibon ;
  3. Gbankoudo Camara pour Yomandé Fonikama ;
  4. Kilikan Camara pour Gnôthi ou Sènè Samo ou encore Kilimankaka ;
  5. Somono Camara pour Bamo kono ou kolofonibadjo ;
  6. et Fina Camara pour Maka Fina ou Maka woro ou encore Kama banani makana.

Une troisième version donnée par Pa Moussa Camara, publiée le 22 décembre 2017, By US MEDIA, raconte que le patronyme Kamara trouve son origine en Égypte antique. Selon cette version, les Kamara sont des Kagolos ou Kakolos, c’est-à-dire ceux qui viennent de la terre des grandes maisons (les pyramides). Cette appellation doit son existence aux populations autochtones d’Afrique de l’Ouest, qui désignaient les Kamara comme tel pour mettre l’accent sur les terres de provenance des Kamara. Cette version raconte que Kamara dérive de deux substantifs : ‘’kama’’ et ‘’râ’’. Kama signifiant ‘’noir’’ en ancien égyptien et ‘’râ’’, appellation du dieu soleil, dans l’Égypte pharaonique.

Cette version soutient que les Noirs de l’Égypte antique employaient les mots comme Kama ou Kamit pour désigner leurs terres et eux-mêmes ; ‘’Râ’’ étant le nom attribué au dieu du soleil en Égypte pharaonique. Kamara serait donc le nom de « celui qui habitait, qui veillait ou qui protégeait la maison (pyramide) du dieu ‘’Râ’ »’. (Source : Nations Nègres et Culture).

Notons, enfin que la première femme empereur de l’Égypte pharaonique (Hatchepsout) portait également le nom de Kamara.

Les anciens racontent que tous les Camara sont issus d’un même ancêtre : Niani Massa Kara. Ils seraient les premiers à fonder les villages du Manden, notamment Kirikoroni, Kirina, Siby et Kita. Ils viendraient de Ouallata, à Wagadou. Au fil des ans, d’autres peuples comme les Soninké, les Karo viendront s’ajouter à eux. Leurs sanankoun ou cousins à plaisanterie sont notamment les Kourouma, les Sylla, les Sacko et Keïta.

Sayon MARA, juriste

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