Face aux secousses majeures qui ébranlent le continent noir, le chroniqueur et analyste Fellah Kaké livre son regard sans concession pour Farafinainfo. Il décrypte les urgences sanitaires, sécuritaires et politiques qui interpellent les dirigeants africains, du retour d’un premier cas d’Ebola au Nigeria aux dérives de la xénophobie en Afrique du Sud et au rétablissement de la peine de mort au Burkina Faso. Vous pouvez lire l’entretien complet sur Farafinainfo.com. [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS]
Fellah Kaké, Chroniqueur & Analyste
“L’épidémie d’Ebola est particulièrement dangereuse et peut se propager rapidement lorsque les mesures de prévention et de contrôle nécessaires ne sont pas prises à temps”
1-[NIGERIA]- Le Nigeria a confirmé un premier cas de maladie à virus Ebola (souche Bundibugyo) à Abuja, marquant le retour du virus dans le pays pour la première fois depuis 2014. La même qui sévit actuellement en République Démocratique du Congo (RDC) et en Afrique de l’Est. L’Ebola atteint le Nigeria et aucun pays africain n’est à l’abri, dit l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Est-ce qu’il y a vraiment de quoi s’inquiéter en Afrique de l’Ouest ?
La confirmation d’un cas d’Ebola par les laboratoires et les structures sanitaires compétentes au Nigeria doit être considérée comme un signal d’alerte que les autorités doivent prendre immédiatement au sérieux. Elles doivent mettre en place toutes les mesures nécessaires pour éviter que l’épidémie ne se propage rapidement.
Toutefois, l’État nigérian doit également rassurer sa population, car la confirmation d’un seul cas ne signifie pas automatiquement qu’une épidémie généralisée est en cours. Lorsque les populations sont prises de panique, le risque de voir survenir d’autres événements malheureux peut augmenter. C’est pourquoi la communication des autorités en matière de santé publique doit non seulement appeler les populations à prendre des précautions, mais aussi les rassurer en présentant les mécanismes mis en place par l’État pour contenir la maladie et empêcher l’apparition de nouveaux cas.
L’épidémie d’Ebola est particulièrement dangereuse et peut se propager rapidement lorsque les mesures de prévention et de contrôle nécessaires ne sont pas prises à temps. Nous gardons encore en mémoire les lourdes pertes humaines qu’elle a causées en République démocratique du Congo (RDC), notamment lors de l’épidémie qui s’est déroulée entre août 2018 et juin 2020, au cours de laquelle 2.287 décès ont été recensés. Nous nous souvenons également de l’épidémie qui a frappé la Guinée et plusieurs autres pays d’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, faisant partie de la plus grande épidémie d’Ebola jamais enregistrée, avec plus de 11 000 décès dans les pays touchés. La Guinée a été le premier pays affecté par cette épidémie régionale.
C’est pourquoi ce premier cas doit inciter les autorités nigérianes à prendre toutes les précautions nécessaires afin de protéger les populations et d’éviter une nouvelle crise sanitaire. Au-delà du Nigeria, les autorités des pays voisins doivent également renforcer leur vigilance, sans pour autant susciter la panique. En effet, lorsqu’un pays est touché par une telle épidémie, les pays voisins peuvent eux aussi en subir les conséquences, notamment en raison des déplacements transfrontaliers et des relations étroites entre les populations. La propagation de l’épidémie d’Ebola de la Guinée vers la Sierra Leone et le Liberia en 2014 illustre parfaitement ce risque.
“Il est inacceptable que des ressortissants de pays africains soient désignés comme responsables de la misère et des difficultés économiques d’une partie de la population”
2-[AFRIQUE DU SUD]- “Un étranger tué en pleine rue par une foule de près de 50 personnes en marge d’une manifestation à Durban (ce jeudi 22 octobre 2026 dont la nationalité n’a pas été encore révélée)” rapporte TV5 Monde Info. Les récentes violences en Afrique du Sud, qui ont coûté la vie à plusieurs ressortissants nigérians et ghanéens, relancent avec acuité le débat sur la recrudescence des sentiments xénophobes et de l’afrophobie dans le pays. Qu’en pensez-vous ?
L’assassinat de cet « étranger » par une foule de plus de 50 personnes, en Afrique du Sud, en marge d’une manifestation, est une conséquence directe de la xénophobie et du silence coupable des dirigeants sud-africains, mais aussi de ceux des autres pays africains.
Ce nouvel acte de violence ayant entraîné la mort d’une personne considérée comme étrangère en Afrique du Sud n’est malheureusement pas un cas isolé. Il s’inscrit dans un contexte marqué par des discours et des manifestations xénophobes que le pays connaît depuis plusieurs années.
Malheureusement, les autorités sud-africaines portent également une lourde responsabilité dans cette situation. Leur inaction face à ces violences contribue à créer un climat dans lequel des individus animés par la haine peuvent s’en prendre à des personnes dont le seul « crime » est d’être nées hors du pays ou de posséder la nationalité d’un autre État.
Je l’ai déjà rappelé dans l’une de mes vidéos consacrées à la xénophobie en Afrique du Sud : si les dirigeants des autres pays africains ne se mobilisent pas pour prendre des mesures concrètes et exercer une pression diplomatique sur les autorités sud-africaines afin qu’elles mettent un terme à ces violences qui durent depuis trop longtemps, d’autres pays risquent de connaître des événements similaires.
En effet, il existe des personnes xénophobes dans tous les pays du monde. Toutefois, lorsque les discours de haine ne sont pas fermement condamnés et que les violences ne sont pas sanctionnées, certains individus peuvent finir par se sentir autorisés à passer à l’acte. L’inaction des dirigeants face à de tels comportements risque ainsi de favoriser leur banalisation et leur répétition.
C’est donc un événement profondément tragique qui a coûté la vie à une personne. La responsabilité incombe d’abord à ceux qui ont commis cet acte criminel, mais elle soulève également de sérieuses questions sur l’inaction des autorités sud-africaines face aux violences xénophobes et sur le silence des autres dirigeants africains.
Il est inacceptable que des ressortissants de pays africains soient désignés comme responsables de la misère et des difficultés économiques d’une partie de la population, puis deviennent les cibles de violences allant jusqu’à leur coûter la vie. La protection de la vie humaine et de la dignité des personnes doit être une priorité absolue, indépendamment de leur nationalité.
Face à cette situation, les dirigeants africains doivent sortir de leur silence, condamner fermement ces actes et agir de manière concertée pour que la sécurité des ressortissants africains soit garantie partout sur le continent. Car le silence face à l’injustice ne fait que fragiliser davantage les principes de solidarité et de fraternité que les États africains prétendent défendre.
“Le Burkina Faso est donc souverain dans ses décisions et dans l’élaboration de ses lois, dès lors que celles-ci s’inscrivent dans l’intérêt du pays et de son peuple”
3-[BURKINA FASO]- L’Assemblée Législative du Peuple (ALP) a adopté à l’unanimité un nouveau Code pénal réintroduisant la peine capitale, soutenue par le régime militaire dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, après l’avoir abolie en 2018. Quelle analyse faites-vous du rétablissement de la peine de mort au regard des impératifs de sécurité et des principes des droits humains ?
La peine de mort, ou peine capitale, est considérée par la plupart des observateurs, notamment ceux qui sont sous l’influence des sociétés néolibérales, comme une pratique archaïque qui mérite d’être abolie partout dans le monde. Selon eux, « nul n’a le droit d’ôter la vie à autrui ».
C’est cette conception du monde qui a conduit à l’abolition de la peine de mort dans certains pays. En effet, à force d’entendre qu’une pratique est mauvaise, on finit par la considérer comme telle. C’est pourquoi tous ceux qui sont aujourd’hui sous l’influence de cette idéologie considèrent que la peine de mort est une pratique condamnable. Pourtant, dans presque toutes les civilisations anciennes et dans de nombreux États actuels, y compris ceux qui l’ont abolie, la peine capitale a longtemps été considérée comme une pratique moralement acceptable.
C’est sous l’influence de cette même conception du monde, conjuguée à celle des anciennes puissances coloniales et à leurs promesses d’accompagnement, que la plupart des pays africains ont aboli la peine de mort. Rares sont ceux qui l’ont fait de leur propre gré ou à la suite d’une volonté clairement exprimée par leur peuple. Ce fut notamment le cas du Burkina Faso, où la peine de mort a été abolie dans le Code pénal en 2018. Avant cette date, cette pratique n’était pourtant pas considérée, dans le pays, comme une mesure rétrograde.
Maintenant que la Révolution progressiste populaire, agissant en toute souveraineté et consciente de ses responsabilités en matière de préservation de la dignité, de la sécurité et du bien-être du peuple burkinabè, a jugé nécessaire de rétablir la peine capitale dans le pays, je pense que nul ne devrait lui en faire grief. Car, jusqu’à preuve du contraire, le Burkina Faso n’a de leçons de morale à recevoir de qui que ce soit.
De nombreux pays continuent d’appliquer la peine de mort sans se soucier outre mesure des critiques extérieures. C’est notamment le cas de la Chine, de l’Iran, de l’Arabie saoudite et même des États-Unis, souvent présentés par certains comme le pays des droits de l’homme par excellence, alors que cette image ne reflète pas nécessairement toutes les réalités de leur système judiciaire.
Certes, certaines personnes expriment des inquiétudes quant à l’application de la peine capitale, notamment en raison des risques d’erreurs judiciaires. À ces personnes, j’ai simplement envie de répondre que l’on ne devrait pas s’empêcher d’agir ou de prendre certaines décisions par peur de commettre des erreurs. L’action est indispensable à la survie de l’humanité, et l’erreur fait partie de la condition humaine. Quelle que soit la loi ou l’État qui l’applique, la justice humaine ne peut être totalement exempte d’erreurs. Ce qui importe, c’est donc d’agir dans l’intérêt de la justice et du peuple burkinabè, tout en veillant à ce qu’aucune personne innocente ne subisse les conséquences d’une instrumentalisation de la justice à des fins personnelles.
Au regard de toutes les crises et de tous les événements tragiques que l’humanité a connus et continue de subir du fait des actes humains, je dirais que, pour certains crimes, même la peine capitale ne saurait effacer les souffrances ni réparer les préjudices qu’ils engendrent. C’est pourquoi la peine de mort ne devrait pas nécessairement être perçue comme une calamité, mais plutôt comme un moyen de dissuasion et de sanction à l’encontre de certains crimes jugés particulièrement graves.
Le Burkina Faso est donc souverain dans ses décisions et dans l’élaboration de ses lois, dès lors que celles-ci s’inscrivent dans l’intérêt du pays et de son peuple.
Rédaction de Farafinainfo.com
Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat