Lutte contre Covid-19 au Mali : Première adresse à la Nation du Président N’Daw

Maliennes, Maliens,

Chers compatriotes,

Puisqu’entre nous, seule la vérité sied, je vous annonce sans détours, que sur le front de la COVID-19, les nouvelles ne sont pas bonnes pour notre pays. Elles sont même mauvaises.

En effet, le 25 mars dernier, notre pays ne comptait que deux cas actifs de COVID 19.

A l’heure où je vous parle, ce 30 novembre 2020, nous frôlons officiellement le chiffre de 5000 cas d’infection et ce chiffre, de l’avis des spécialistes, serait largement sous-estimé, nos capacités de dépistage étant dramatiquement faibles, autant que le sont nos capacités de traçage des personnes-contact ou de prise en charge médicale des patients.

Même si les statistiques de l’hémisphère Nord sont bien plus alarmantes, on peut parler aujourd’hui de croissance exponentielle du mal sur notre territoire.

Le fléau est, de plus en plus, dans nos familles.

Il est, de plus en plus, dans nos bureaux.

Il est, de plus en plus, dans nos rassemblements.

Il est, de plus en plus dans le District qui reste l’épicentre de la propagation au niveau national.

Il est, de plus en plus, dans nos régions, dans nos Cercles, dans nos campagnes.

La crainte existe que la COVID 19 ne devienne endémique. Ce qui, pour un pays assailli par d’autres urgences, ne serait pas un défi de plus, mais le défi de trop. Qu’à Dieu ne plaise !

Mais Dieu ne nous aidera mieux que si nous nous aidons nous-mêmes. Et nous le pouvons et nous le devons.

Oui, nous pouvons et devons éviter de tomber dans le fatalisme démobilisateur.

Nous avons le devoir sacré d’éviter de propager les messages ou les comportements qui poussent nos compatriotes à baisser la garde.

Quand la grâce divine fait de nous des leaders d’opinion, meneurs d’hommes, chefs d’administration ou chefs religieux, nous avons le devoir sacré de ne pas induire les masses en erreur.

Nous avons le devoir et le pouvoir de faire des mosquées et des églises le premier champ de bataille contre la pandémie de la COVID 19.

Cela ne prend qu’un masque par fidèle, le respect des distances prescrites, les mesures d’hygiène tels que le lavage des mains et la désinfection régulière des lieux de culte.

Chaque imam, chaque prêtre, chaque pasteur a le pouvoir et le devoir d’être un commandant en chef contre la pandémie, pour la survie des fidèles qui les ont choisis, pour la survie d’une nation à laquelle chacun de nous doit quelque chose.

Mes chers compatriotes,

Face à l’extrême gravité de l’heure, mais face à la possibilité de vaincre le fléau par la prévention, j’invite à une mobilisation d’envergure nationale.

Cette mobilisation commence par un sursaut individuel suivi d’une prise de conscience au niveau familial, chacune de nos familles, puis d’une mobilisation au niveau des communes, chacune de nos  communes.

La mobilisation citoyenne est irremplaçable. C’est par elle que nous gagnerons la guerre contre la pandémie et sans elle, la défaite est assurée.

Le gouvernement, sous mes instructions, a dès aujourd’hui, obligation de donner corps à ce projet de mobilisation nationale contre la COVID 19, de lui donner les moyens, de l’accompagner, de le suivre.

Il s’agit par la communication, la sensibilisation et la pédagogie de réussir l’appropriation par chacun d’un combat dont dépend l’avenir pour tous.

Car notre ambition doit être de casser la chaîne de contamination en cinq semaines, à compter de ce jour 1er décembre 2020.

Et ce défi peut être relevé si nous acceptons, pour utiliser l’expression d’un fier devancier, de rendre à ce pays une toute petite partie de ce qu’il nous a donnés.

Imams, prêtres, pasteurs, chefs de quartiers, chefs de famille, société civile, syndicats, partis politiques, jeunes, femmes, influenceurs, levons-nous, donnons-nous la main !

Dans cette perspective, le programme « un Malien, un masque » sera reconduit et intensifié sans délai.

Il s’agit de disponibiliser et distribuer gratuitement des millions de masques réutilisables dont le port sera rendu progressivement obligatoire, dans les espaces publics en capitale comme dans les chefs-lieux de région.

Nous n’avons pas d’autre choix que de nous remobiliser pour la stricte observance des mesures-barrières qui constituent ici comme ailleurs un bouclier efficace et accessible contre la pandémie.

Outre le port du masque facial dans les lieux publics, il s’agit du lavage systématique des mains au savon, du respect de la distanciation physique, de la limitation des regroupements, y compris pour les mariages, les baptêmes, les funérailles.

Il nous faut aussi accepter de réduire le temps d’ouverture des marchés de 8h à 14h. Des équipes de sensibilisation et de persuasion seront mobilisées pour ce faire, avec le plein consentement des usagers.

De commun accord également avec les voix les plus autorisées sur la question à savoir le Premier ministre, les ministres concernés ainsi que le Conseil scientifique dédié à la lutte contre la COVID, j’ai approuvé les décisions suivantes.

Premièrement, les établissements d’enseignement primaire, secondaire, et supérieur, publics ou privés, seront fermés pour un délai de 28 jours.

Deuxièmement, les lieux de plaisir, de sport, les bars et restaurants seront fermés pour cette durée, c’est à dire 28 jours.

Troisièmement, pour la même durée un couvre-feu sera institué de 21h à 5h du matin. Les dérogations seront délivrées à ceux qui sont éligibles. Les leçons du premier couvre-feu seront tirées. Personne ne sera lésé mais les consignes seront strictement appliquées par les forces de l’ordre.

Quatrièmement, les autorités aéroportuaires et frontalières ont reçu l’ordre formel de renforcer le contrôle des documents de voyage dont le certificat de test COVID valide et dûment établi.

Plus que par le passé, ces prestations feront l’objet d’une rigoureuse évaluation et il n’y aura aucune hésitation à sanctionner les contrevenants. Les réseaux de faux certificat COVID seront démantelés et leurs auteurs recherchés, trouvés et présentés à la justice.

Le calendrier de mise en œuvre de ces mesures sera décidé au tout prochain conseil de ministres.

Maliennes, Maliens,

Ce que je vous propose ici n’est ni plus ni moins qu’un pacte de remobilisation pour ce pays que nous malmenons souvent mais qui a su préserver l’essentiel pour ses enfants.

Je parle de notre génie d’entreprendre, de notre résilience dans l’adversité, de notre ténacité dans le labeur, de notre sens de solidarité dans l’épreuve.

Le temps exige que de nouveau, nous convoquions ces ressources.

Je n’ai aucun doute sur notre aptitude à rebondir.

Je n’ai aucun doute qu’ensemble nous pouvons vaincre un mal qui emporte tout sur son chemin: nos vies, nos projets, nos libertés, notre civilisation.

Chacun a une part à prendre dans la bataille.

Laquelle n’est pas au-dessus de nos forces, mais laquelle ne se gagne que par la générosité continue dans l’effort, et aussi par la synergie de la belle équipe qu’il nous incombe de bâtir ici et maintenant.

Car, nous savons être ensemble quand l’Histoire le commande.

Nous savons être au rendez-vous de l’honneur.

Chacun d’entre nous sait se sacrifier pour l’ensemble.

C’est de cela qu’il s’agit aujourd’hui aussi.

C’est de cela qu’il s’agit surtout aujourd’hui.  Je compte sur chacune de vous, chacun de vous.

Et vous pouvez compter sur moi, je jouerai mon rôle, je prendrai toute ma part dans le combat pour la survie et le rayonnement du Mali.

Allah bénisse notre pays!