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Daouda Mounian, Sociologue : « … une élite politique vieille qui n’arrive plus à inventer un avenir… »

Ce lundi 18 avril  2022, la Rédaction de Farafinainfo.com a fait réagir l’un de ses chroniqueurs, Daouada Mounian, Sociologue, communicateur pour le développement & manager des organisations de son état aux faits marquants de l’actualité de la semaine écoulée en République de Guinée et dans la sous-région – Actu de la Semaine en 3 Questions – Entretien

Les assises nationales guinéennes, qui vont durer six (6) semaines, ont démarré, mardi 22 mars 2022, à Conakry, sur toute l’étendue du territoire national et dans toutes les représentations diplomatiques du pays. Que pensez-vous de ces assises nationales qui ont été lancées, dans la capitale guinéenne, au Palais Mohamed V, par le Colonel Mamadi Doumbouya, Président de la Transition ?

La Guinée a traversé une série de crises, difficiles les unes comme les autres – longue crise politique qui dure depuis la fin du régime du président Ahmed Sekou TOURE, crises économiques, deux crises sanitaires d’ebola et de Covid-19 – qui ont contribué à fragiliser les fondements sociaux de la Guinée. Les antagonismes se sont exacerbés, conduisant ainsi à une fracture sociale et à des violences multiformes.

Tout ceci a contribué à fragiliser la coexistence pacifique du grand peuple guinéen. Pire, ceux qui étaient chargés de promouvoir la cohésion sociale et la coexistence pacifique, se sont décrédibilisés au fil des années en l’occurrence l’élite politique et certains leaders religieux et coutumiers (censés être les derniers remparts d’une GUINÉE paisible). C’est aussi une élite politique vieille (plus de 40 ans d’activités politiques) qui n’arrive plus à inventer un avenir pour le peuple.

La crise de confiance entre le peuple et l’élite politique a connu son paroxysme avec l’avènement du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) le 05 septembre 2021. Ce coup de force a bénéficié d’une onction populaire et la volonté d’ouvrir la gestion des affaires publiques à toutes les Guinéennes et à tous les Guinéens a grandi l’espoir populaire.

À mon avis, l’une des voies idoines pour arriver à une gestion efficace de l’Etat est d’offrir des espaces populaires de dialogue et se donner la chance d’avoir le maximum d’opinions. C’est en cela que les Assises Nationales sont une très bonne opportunité pour le peuple de se parler. Comme l’arbre à palabres, les assises vont permettre de porter haut les préoccupations du peuple dont la satisfaction contribuera à apaiser les cœurs, consolider le vivre ensemble et réhabiliter l’action politique. Pour ceux qui ont boycotté ces Assises, ils jettent l’eau du bain avec le bébé. Et cela n’augure pas un lendemain meilleur pour eux. Ils devraient y être et se battre pour faire passer leurs idées.

Le Sénégal vient d’organiser le 9ème Forum mondial de l’eau sous le thème : «Sécurité de l’eau pour la paix et le développement». Que retenez-vous de ce forum ?

La raréfaction de l’eau est l’un des problèmes majeurs du monde aujourd’hui. À cause notamment de la pollution, du changement climatique, de la surpopulation et de la mauvaise utilisation des ressources, une grande partie de la planète manque d’eau, un bien pourtant indispensable à la vie. Les personnes soucieuses de l’environnement et les organisations internationales se sont saisies de la question : comment résoudre ce problème pour construire un avenir en commun ?

C’est dans ce sens que se situent les fora sur l’eau depuis quelques années, d’où le 9ème forum de Dakar sur l’eau.

L’Institut des Ressources Mondiales estime que 33 pays vont devoir affronter des crises d’approvisionnement en eau d’ici à 2040. Ces pays à risque sont principalement situés en Afrique et au Moyen-Orient. En Éthiopie, par exemple, l’Unicef prévoit qu’avant la fin de l’année 2017, neuf millions de personnes n’auront pas accès à l’eau potable.

Le rapport de L’institut des Ressources Mondiales prévoit que certains pays vont connaître une très rapide augmentation du stress hydrique jusqu’en 2040. On citera le Botswana, le Chili, l’Estonie ou encore la Namibie.

Toutefois, le manque d’eau n’est pas qu’un problème des pays en voie de développement. De nombreuses régions des Etats-Unis, au premier rang la Californie, qui connait des épisodes de feux de forêts et de pénuries d’eau. Les principales raisons de ces événements sont notamment la sécheresse du climat local et le changement climatique.

L’importance d’un approvisionnement continu en eau potable ne doit pas être sous-estimée. L’Unicef estime que d’ici à 2040 près de 600 millions d’enfants pourraient être touchés par des pénuries d’eau.

Par ailleurs, selon l’Organisation Mondiale de la Santé, 1.8 milliard de personnes boivent de l’eau contaminée par des excréments d’origine humaine ou animale. Dans le monde, près de 500 000 décès dus à des diarrhées sévères sont provoqués par de l’eau contaminée.

Pourtant si les mamans d’enfants accèdent à l’eau potable et font boire de l’eau potable aux enfants de plus de 6 mois, elles réduiraient de près de 30% le cas de décès infantile.

Les raisons de la raréfaction de l’eau

Pour améliorer le réseau de distribution mondial de l’eau, nous devons nous attaquer méthodiquement aux causes de la raréfaction de cette ressource :

⁃ Le changement climatique

⁃ La pollution de l’air et de l’eau

⁃ Les demandes du marché de l’eau

Ces causes sont le fait des pays développés et un forum comme celui de Bamako est une tribune pour interpeller ces pays sur leur responsabilité à faire un effort pour sauver la planète. L’eau c’est la vie et notre planète est plus que jamais menacée si l’eau venait à être rare.

Quel regard portez-vous sur la transition tranquille au Burkina Faso ?

Avec Près de 2 millions de personnes déplacées internes (PDI) et la poursuite des attaques terroristes, plus 400 000 élèves qui ne fréquentent plus l’école depuis 5 voire 7 ans, le Burkina Faso traverse la plus grave crise de son existence.

Au regard des défis sécuritaires, humanitaires et de cohésion sociale, je peux dire sans risque de me tromper que la transition au Burkina est tout sauf tranquille.

Cependant «les tragédies des peuples révèlent les grands hommes», disaient le Président Thomas Sankara

Donc les responsables de la transition ne réussiront que s’ils sont des grands hommes et des grandes femmes. Cette tranquillité sera une réalité si la tentative de tout résoudre ne s’empare pas de nos autorités.

La focalisation (ne focused) sur les priorités comme éteindre la flamme insécurité, trouver une solution pour les 2 millions de PDI et le retour à l’école des 400 000 élèves et étouffer le péril « corruption » qui gangrène l’administration publique et privée.

À ce sujet il est aussi bon de regarder le fonctionnement de notre armée car elle a joué un rôle important dans la conduite des affaires de notre pays (elle a géré le Burkina Faso 48 ans sur 62 ans d’existence de l’Etat)

L’autre chantier, non moins important est relatif à ce que j’appelle «la fétichisation des élections ». Il faut arriver à mettre en place des mécanismes électoraux qui barrent la route aux mauvaises personnes mues par leur intérêt personnel, « désargenter » les élections pour éviter que l’on achète les voix des citoyens honnêtes. C’est à ce prix que nous tournerons définitivement le dos aux coups de forces ou aux coups d’Etat.

Rédaction de Farafinainfo.com