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Reporter, témoin des faits

Entretien croisé avec deux journalistes : Ali Mhaimid & Oumar Amadou Mbaye

Le mois de mars, le mois de la femme, Farafinainfo.com célèbre la gent féminine- Ali Mhaimid & Oumar Amadou Mbaye, qui ont bien voulu se prêter à nos questions pour parler de la femme et ses droits, nous disent ce qu’ils pensent vraiment de la gent féminine. Entretien croisé avec deux journalistes mauritaniens qu’on ne présente plus en terre islamique de Mauritanie.

Farafinainfo.com : Le mois de mars vous inspire quoi exactement ?

Ali Mhaimid : Le mois de mars m’amène à poser une seule et unique question à chaque homme : votre femme est-elle heureuse dans votre foyer, dans votre famille et dans votre pays ?

Oumar Amadou Mbaye : Le mois de mars, me rappelle l’existence d’un jour spécial pour honorer la femme. C’est la journée du 08 mars, bien que tous les jours et toutes les heures doivent être destinés à l’honneur de la femme. Car, elle donne la vie : elle est mère, une tante, une épouse, une sœur et une fille. Bref un cœur à chérir tous les jours et à porter partout dans notre cœur.

Etes-vous un homme galant ?

A.M : Je n’utiliserai pas l’adjectif galant, mais respectueux et très taquin avec les femmes, car la femme aime rire et il faut toujours lui apporter le sourire.

O.A.M : Je ne sais pas si je suis un homme galant. Je pense que c’est aux femmes qu’il faut poser cette question sur la galanterie des hommes vis-à-vis d’elles. Je sais qu’elles comptent beaucoup pour moi.

C’est quoi la galanterie pour vous ?

A.M : Pour moi, c’est de veiller à ce que la femme se sente bien en votre compagnie à travers vos faits et gestes.

O.A.M : Pour moi, la galanterie, c’est le bon comportement envers les femmes : les bonnes manières. Et cela commence d’abord, par le fait de ne pas se croire supérieur à elle, mais plutôt complémentaire. L’aider, discuter avec elle, lui sourire, lui servir quand il y a la nourriture. L’écouter attentivement quand elle te parle. Compatir à ses douleurs, l’encourager et la féliciter en cas de bonheur voire de réussite personnelle. Bref bâtir une relation fraternelle avec elle. Et d’ailleurs, notre religion l’islam nous recommande de nous comporter bonnement à l’égard des femmes.

Quel est l’acte génial que vous avez fait pour défendre le droit d’une femme ?

A.M : Il y en a tellement ! J’ai réalisé le rêve de plusieurs jeunes filles de devenir mannequin dans un pays, où ce n’est pas évident.

O.A.M : Je ne sais pas si j’ai fait beaucoup de choses dans ce sens. Mais je suis père de quatre filles et deux garçons. Et leur éducation est une priorité pour moi. D’ailleurs, ma fille aînée est âgée de 21 ans, et elle est aujourd’hui à l’Université comme biologiste. Je pense qu’on doit insister sur leur éducation et surtout insister sur la mission qui les attend en tant que femme. J’assiste à des  festivités organisées par des organisations des droits de l’homme sur les droits des femmes, et j’en parle autour de moi, avec les amis et surtout à la maison.

Qu’est-ce que vous ne feriez jamais à une femme ?

A.M : Lui arracher son droit, car on doit toujours améliorer les conditions de la femme, si nous voulons la paix dans nos foyers et au-delà des frontières de notre pays.

A.O.M : La frapper, la brutaliser, l’humilier ou lui manquer de respect.

Avez-vous une dose de féminité, si oui elle s’exprime quand et comment ?

A.M : Chaque personne a une dose de féminité, mais beaucoup de personnes ne s’aperçoivent pas la leur, comme faire couler des larmes face à des situations qui pouvant être évitées.

O.A.M : Je ne sais pas ce que vous entendez par «dose de féminité». Cependant, je sais que je suis très sensible et sentimental envers la femme. Et souvent, j’ai facilement les larmes aux yeux dans certaines circonstances.

Quel regard portez-vous sur les droits des femmes mauritaniennes ?

A.M : Je pense que si les droits de la femme avaient été respectés sous nos cieux, surtout comme l’a dit le Coran et bien l’Afrique ne serait pas à ce niveau très bas : il faut combattre les MGF (Mutilations Génitales Féminines), viols, excisions, mariages précoces, analphabétisme. Les femmes croulent encore sur le poids de ces bêtises dans mon pays.

O.A.M : Je pense que ce sont des droits qui sont garantis par la Déclaration des Droits de l’Homme, mais aussi par la religion islamique. Si nous faisons une rétrospective, nous verrons que dans certains pays, la situation de la femme a beaucoup évolué ; et ailleurs, elle reste juste un instrument de la jouissance. Dans certains lieux, elle est «femme libre» dans ses agissements. «Femme entrepreneure». Femme docteur ou professeur. Et même femme militaire auprès des hommes. Dans le milieu rural, elle se limite d’aller au champ avec les hommes, puis préparer les repas pour ces derniers et donner naissance aux enfants, sinon elle est remplacée. Les lois pour améliorer la situation de la femme existent, mais elles ne sont pas mises en application. Cela contribue malheureusement au sous-développement socio-économique de nos pays et de notre continent, l’Afrique où le pourcentage des femmes dépasse les 65%.

Les droits des femmes sont-ils respectés dans votre pays ?

A.M : Les droits des femmes se trouvent très souvent être confrontés à des blocages d’ordre institutionnel. Même quand elles passent et bien, c’est difficilement applicable. Ceci est dû aux nombreuses interdictions et pesanteurs sociales. Mais la société civile joue son rôle de lanceur d’alerte chaque fois que le besoin se fait sentir.

O.A.M : Les droits des femmes sont loin d’être respectés en Mauritanie. La femme est violentée, abusée, reléguée au second rang comme juste «femme à la cuisine», «femme génitrice». Elle n’est ni respectée par les hommes, ni par les autorités, qui adoptent des lois, des conventions, sans les mettre en pratique. A titre de preuve, une loi sur le genre a été rejetée par les parlementaires.

Si vous étiez Président de la République que feriez-vous spécialement pour les femmes de votre pays ? 

A.M : Mettre en place un fonds spécial pour la scolarisation des filles ; et un organe de contrôle de la gestion afin de veiller à ce que le fonds soit judicieusement utilisé. Cet organe de contrôle pourrait aussi contraindre les parents récalcitrants à amener leurs filles à l’école.

A.O.M : Si j’étais Président de la République, j’organiserais les états-généraux de la femme en Mauritanie. Il s’agit des journées de réflexions sur la situation de la femme et de la jeune fille. Ces journées, où seront invités des experts, les organisateurs de la société civile, les femmes leaders, devraient après un diagnostic approfondi de la situation, aboutir à la production d’un rapport avec des solutions réalistes que nous mettrons en pratique à travers des programmes et des projets pour améliorer la situation sur le plan politique, éducatif, sécuritaire, social et économique.

Entretien  croisé réalisé par Camara Mamady