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Reporter, témoin des faits

Entretien Exclusif : Houleye, la fille de Samba Thiam parle (enfin) de sa Mauritanie et de son père !

Il y a exactement 61 ans, la Mauritanie accédait à l’indépendance – Elle a un nom et le porte fièrement. La preuve est entre les lignes de ses réponses. Mieux, elle est en train de se faire un prénom en présidant une association mauritanienne. Elle, c’est évidemment Houleye Thiam, la fille de Samba Thiam. Autant dire sans ambages tel père, telle fille. Entretien …

Qui est vraiment Houleye Thiam : parlez-nous de vous et de votre parcours scolaire, universitaire et professionnel ?

Je m’appelle Houleye Thiam, je suis de Sélibaby Guidimakha,et je vis aux USA depuis 20 ans. Je suis titulaire d’une Maîtrise en Sociologie/Assistance Social et un Master en Administration Publique et Assistance Sociale avec une spécialisation en Ressources Humaines. Présentement je travaille avec l’Etat D’Ohio comme Assistante Sociale dans le cadre d’un programme des réfugiés aux USA. Je suis également la Présidente d’une organisation des droits de L’homme des ressortissants Mauritaniens aux USA, dénommée Mauritanien Network for Human Right in the US, et une autre qui aide les enfants démunis en Mauritanie dans le cadre de leurs scolarité qui s’appelle Youth and Hope.

Quand le retour définitif en Mauritanie pour mettre vos compétences au service de votre pays ?

Le retour au pays est dans le radar de tout immigré ou ressortissant Mauritanien, comme on le dit en Anglais, « there is no place like home», on peut être à l’étranger pendant des dizaines d’années, mais notre pays d’origine représente toujours une partie importante de nos vies, ce pays, dont, nous serons toujours attachés en tant que citoyen, ce qui explique que même si on est là, on passe tout notre temps à parler de la Mauritanie et à penser à notre  pays. Je ne pourrai pas  te donner une date exacte, mais j’espère bien qu’il se fera d’ici quelques années, si Dieu le veut.

Est-ce facile d’être la fille de Samba Thiam, président des FPC (Forces Progressistes du  Changement) ? Ce grand combattant de la liberté, qui est admiré par certaines personnes et diabolisé par d’autres : comment vivez-vous cette situation ?

Être la fille d’un homme politique en Afrique et celui de l’opposition en Mauritanie de surcroît ne peut être une chose facile. Ce n’est pas du tout chose aisée de voir son papa traîné dans la    boue sur tous les toits, surtout sur les réseaux sociaux, la plupart du temps. La première réaction est de vouloir tout de suite riposter, répondre pour le défendre et défendre papa, mais parfois il faut avoir la maîtrise de soi, choisir ses batailles, comme on le dit en anglais : «Choose your battles wisely ».

Quand j’étais petite, j’ai compris vite que Samba Thiam ce n’était pas seulement mon papa, mais «le père», la référence des milliers de Mauritaniens, c’était surtout le papa des centaines des Flamistes (FlAM : Forces de Libération Africaines de Mauritanie, ndlr), et ce n’était pas du tout chose facile de partager mon cher papa, mais au fil des années, j’ai eu à apprécier, à comprendre et surtout à honorer son combat et ainsi que son esprit de sacrifice pour la cause (noble).

Samba Thiam : quel père est-il pour ses enfants ?

C’est un bon père qui aime bien ses enfants, c’est surtout une idole, un modèle, quelqu’un qui m’a inculqué des valeurs de courage et surtout de persévérance. Ces valeurs m’ont beaucoup servi dans ma vie.

Joyeux et bel anniversaire à la République Islamique de Mauritanie, qui fête le 61ème anniversaire de son accession à l’indépendance. Avez-vous un souhait à formuler ou/et un vœu pieux à faire pour les prochaines années ? 

Comme la plupart des Negro-Mauritaniens, je ne célèbre pas le 28 Novembre, qui est devenu le «28 des Larmes» depuis le 28 Novembre 1990, ce que je souhaite pour mon pays, qu’il fasse enfin face à la réalité par rapport à de cette page sombre de son histoire, qui l’empêche de décoller, surtout de revoir cet épineux problème de cohabitation, et ce racisme d’Etat, «on ne peut pas construire un pays, à moitié libre, moitié esclave», disait l’autre.

Que retenez-vous de ces années de souveraineté nationale et internationale en tant que citoyenne mauritanienne ?

Pour moi, ces années de souveraineté, qui devraient être mises à profit pour mettre le pays sur les rails du développement, ont été tristement utilisées pour instaurer le racisme d’Etat, la discrimination et l’esclavage. Toutes ces années ont été mises à profit pour octroyer le pouvoir à une poignée de Généraux et une communauté/ Cette communauté qui prend tout un pays en otage. Parfois, je regarde ce qui se passe en Mauritanie avec stupéfaction. Je me dis dans ce pays, tout est à recommencer, tout est à refaire.

 Quel regard portez-vous sur la société mauritanienne ? Etes-vous satisfaite de son évolution ?

Pour moi, les Mauritaniens, dans l’ensemble, sont généreux, gentils et plus souvent ouverts, mais, il faudra tout de même remarquer que nous sommes une société divisée entre ceux qui luttent contre la discrimination pour leur survie, ceux qui font tout camoufler et justifier cette discrimination, et ceux qui regardent et ne disent rien.

Entretien exclusif de Farafinainfo.com réalisé par Hadja Saran Camara