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Reporter, témoin des faits

Guinée I EnQuête à Conakry : [Que deviennent les forages de Dadis à Kobaya ?]

Farafinainfo.com – EnQuête à Conakry : [Que deviennent les forages de Dadis à Kobaya ?] On a demandé au Messager d’Allah (SAW) : « Quelle est la meilleure des aumônes ? »  Il a répondu : « l’eau ». [Abu Dawud] et ajouté : « Verser ce qu’il reste de votre seau dans le seau de votre frère est une aumône ». Le Capitaine Moussa Dadis Camara, Président du CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le Développement), avait certainement compris que : « Le don d’eau offre le pardon des péchés » en installant des forages dans plusieurs quartiers de Conakry y compris Kobaya. Mais des forages, du moins ceux de la Cité Chinoya, sont pratiquement à l’arrêt depuis de nombreux mois.t Et Farafinainfo a souhaité en savoir davantage…

L’état des forages

Pénurie d’eau et calvaire des citoyens

«Une pénurie (en) eau reste un grave problème, parce que son utilité est énorme. Depuis que la pompe est en panne, nous partons chercher de l’eau chez les voisins. Quand il y a délestage du courant, la situation devient très compliquée pour nous, autres, qui n’avons pas de forages chez-nous. Les forages de Dadis comportaient cinq (5) cuves, la capacité de chaque était de 2500 litres», renseigne Mamadi Camara, habitant du quartier Kobaya révélant ce souvenir, qui semble être très long : «L’eau était à la portée de tout le monde, en abondance. Certaines, qui n’habitent dans ce quartier, venaient s’approvisionner». Même cri de lamentation cette autre citoyenne. «Nous souffrons énormément pour avoir de l’eau depuis que le forage est gâté. Et cela dure et perdure depuis d’une année déjà. Actuellement, nous déambulons dans le quartier, de maison en maison, à la recherche d’un forage ouvert, car des particuliers ont des forages privés chez eux. Le hic est que les moments sont bien définis pour puiser de l’eau. Tandis que moi, je suis juste à dix (10) mètres du forage public.», raconte amèrement Fatoumata Somparé ses calvaires de s’approvisionner en eau potable dans le pays où les principaux fleuves (fleuve Niger, fleuve Sénégal, fleuve Gambie) de l’Afrique de l’ouest prennent leur source. Quelle triste réalité de la vie des Guinéens dans la capitale guinéenne après plus de soixante (60) ans d’indépendance ! Heureusement pour cette femme sexagénaire, qui habite à la cité chinoya, peut compter sur les petits bras de ses petits –enfants. «Mes petites-filles et petits-fils, qui vivent avec moi, partent chercher de l’eau tous les jours. Comment le forage pourrait fonctionner sans être entretenu ?», s’interroge la vieille dame. Une question (très) pertinente, comme pour ainsi dénoncer vertement et ouvertement le désengagement de l’Etat pour entretenir les forages, mais aussi des habitants de ladite cité.

Les petits -enfants de la vieille dame

Refus des habitants de mettre la main à la poche

La preuve de cette vérité entre de la révélation de Safiatou Cherif Diallo : «Personnellement, je sortais pour réclamer de l’argent aux familles, qui utilisaient l’eau du forage et aux personnes de bonne volonté, mais certains refusaient de payer. Quand le moteur du forage tombait en panne, M. Kissi Camara nous venait en aide, mais depuis qu’il a perdu son poste, nous ne le dérangeons plus. En 2015, M. Papa Koly Kourouma avait dépanné ces forages, mais ils sont (re)tombés en panne depuis plus d’une année.». Et cette mère de famille d’apostropher l’importance capitale de ces forages dans la capitale guinéenne pour ne pas dire dans ce quartier: «Les forages de Dadis ont aidé de nombreux citoyens. Des gens quittaient les quartiers environnants – Lambanyi et autres quartiers  dans des voitures – pour venir se procurer de l’eau ici. Actuellement, nous trouvons de l’eau dans des conditions difficiles, car, chez les particuliers, il faut se lever tôt le matin pour aller puiser, au cas échéant, il faudra attendre 18 heures». Quant à Jean Sovogui, il revient sur le refus des habitants à mettre la main à la poche : «Certains habitants du quartier refusent, souvent de cotiser pour la préparation de la pompe. Hors l’Etat ne peut pas tout faire pour le peuple, donc c’est à nous, les citoyens d’en prendre soins de ce bijou (forage), s’érigé-t-il en avocat-défenseur de l’Etat. Pourtant ce sont les gouvernants, en accédant au pouvoir, qui promettent monts et merveilles aux gouvernés. Qu’ils réalisent, donc, leurs promesses pour le grand bonheur de nos populations. D’où cet appel pressant de Mamadi Camara : «Le Gouvernement doit penser à entretenir ces forages tout en construisant d’autres afin de palier à ces problèmes d’eau pour que la Guinée puisse fièrement porter son surnom ‘’château d’eau de l’Afrique occidentale». Le sieur Jean aurait-il oublié ses peines pour se procurer de l’eau potable ? Pas vraiment ! «Aujourd’hui pour trouver de l’eau, nous sommes obligés de nous soumettre aux horaires d’ouverture des forages dictées par les particuliers. Cependant, le forage de Dadis était ouvert à tout moment et pour tout le monde».

Une générosité des gérants à l’origine du refus des habitants

«Au début (en 2009), on avait un moteur spécialement pour le forage, parce qu’à l’époque, il y avait des pénuries en électricité. Et on vendait un bidon de 20 litres à 200 Francs Guinéens. Cet argent était destiné à alimenter le moteur en carburant y compris son entretien et autre réparation en cas de panne», se confie Moustapha Kallo, un des gérants des forages, mais cette bonne organisation a fini par voler en éclat nonobstant le rabais du prix du bidon de 20 litres. « Mais à partir de 2014, nous avons ramené le prix du bidon de 20 litres à 100 Francs Guinéens, car le courant était devenu peu stable qu’en 2009». Et ce geste de générosité que des gérants qui étaient à l’origine du refus des habitants. «Finalement, au bout un laps de temps après cette diminution du tarif du bidon, nous avons arrêté de faire payer les habitants du quartier, mais les personnes, qui venaient de Lambanyi et autres quartiers environnants, ont continué à payer afin que nous puissions nettoyer les forages  à la fin de chaque mois particulièrement les cuves». Qu’à cela ne tienne, leurs soucis ne datent pas d’aujourd’hui. «C’est en 2015 que nous avons commencé à avoir des soucis avec les forages. Pour la première fois, c’est l’ancien Secrétaire Général du Gouvernement, Sékou Kissi Camara, qui nous avait aidés à dépanner les forages.» tout en évoquant la durée de la présente panne : «Depuis presque deux (2) ans, nous avons un problème de pompe. Selon les agents de l’entretien, il faut 4.000.000 Francs Guinéens pour la préparer. C’est énorme pour une personne qui ne travaille pas.». Moustapha Kallo de lancer cet appel aux autorités : «L’Etat doit penser à entretenir la chose publique. A Kobaya, il n’y a que deux forages, qui sont hors services». Et ailleurs ? «Personnellement, je crois que c’est la même chose», répond-il avec assurance. En attendant que les appels de ces citoyens tombent dans des oreilles attentives des gouvernants, ces gouvernés continuent de tirer le diable par la queue.  

EnQuête de Farafinainfo.com réalisée par Abdoulaye Baldé