Farafinainfo.com
Reporter, témoin des faits

Guinée : La ferme fermée au grand dam des grandes dames !

Ratoma, Kaporo – Des femmes et hommes, qui occupaient la ferme depuis des années, ont été sommés de libérer ce domaine appartenant à l’Etat dans un délai de 72 heures.  De nombreuses femmes figurent parmi les occupants illégaux de ladite ferme et certaines y  sont il n’y a pas très longtemps.  Elles font partie des déguerpies de Kaporo Rails. ce vendredi 11 février 2022, les unes et les autres ont commencé à démolir les baraques érigées sur ce vaste terrain sous les yeux vigilants des policiers y compris des éléments de la police verte. Reportage de Farafinainfo.com

Détresse et tristesse en partage

«On (les autorités publiques) nous a donnés un délai de 72 heures pour quitter la ferme. J’y suis ici depuis quelques années déjà ! J’ai un restaurant et de nombreux clients ! Je subviens aux besoins de ma famille en vendant le riz ! Où vais-je partir maintenant ? Je n’en ai aucune idée ! », se lamente la vieille femme Fatoumata Binta Sow tout en portant les deux mains sur sa tête. Elle est terriblement assommée et manifestement désemparée. La jeune fille, qui vient régulièrement lui prêter main forte, est déconnectée de la réalité, oui la triste réalité est de prendre ses cliques claques et quitter les lieux. La détresse et la tristesse se lisent sur les visages de ses petits-enfants, qui ne savent pas à quel saint se vouer ainsi que Marie Kolié. «Mes enfants et moi vendons le riz et autres nourritures dans cette gargote (restaurant à bon marché) tous les jours, même dimanche (comprenez qu’elle ne parte pas à l’église les dimanches). Nous n’avons pas de jours de repos. Je ne sais pas où aller ? Je n’ai pas la force de prendre mes bagages ! Comment est-ce que les nouvelles autorités peuvent nous demander de quitter ces lieux dans un délai de 72 heures ? », s’interroge et se lamente cette autre femme restauratrice.

Un énorme manque à gagner

Les baraques ont été définitivement rasées et laissent désormais place à un grand espace vacant de lamentation et de désolation de très nombreux citoyens spécialement les ouvriers, les femmes restauratrices et autres pratiquants des petits métiers. Les préoccupations de ces derniers ne sont guère malheureusement prises en compte par le Colonel Mamadi Doumbouya et ses frères d’armes regroupés sous la bannière du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD). Ces jeunes gens, braves femmes et hommes astucieux, qui ne demandent que la protection des autorités publiques, n’ont plus aucun espoir en perdant ainsi leurs gagne-pains. «Nous gagnons notre vie en préparant et vendant du riz et autres jus de gingembres et de bisaps. Il y’a pour toutes les bourses. Un plat de riz coûte 5.000 Francs Guinéens. Et une petite bouteille de jus se vend à 1.000 Francs Guinéens», renseigne Mariame Ciré Camara. Selon ses propres propos, la restauration est «rentable». Elle peut faire un bénéfice de plus 50.000 Francs Guinéens par jour. Retenons la somme de 50.000 Francs Guinéens et faisons un petit exercice mathématique, elle gagnerait 350.000 Francs Guinéens par semaine et 140.000 Francs Guinéens par mois sans compter ce qu’elle pourrait gagner en vendant les deux jus  naturels et de l’eau naturellement. Quel manque à gagner !

 

Des souvenirs qui partent en fumée

Des jeunes femmes en larmes s’interrogent: «What did we do to God ? (Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? )» et assistent  impuissamment leurs souvenirs de plusieurs années de vie partir en fumée. Une scène triste et insoutenable des femmes sierra léonaises, qui viennent de perdre leur activité professionnelle. En République de Guinée, elles avaient trouvé  «la paix du cœur et la stabilité professionnelle donc financière» et se retrouvent à la case départ. Quel triste sort de ces grandes dames !

Hadja Saran Camara