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Reporter, témoin des faits

La Grande Interview : Daouda Mounian répond aux questions de Lala Aïcha Housseine

Il est sociologue, communicateur pour le développement et manager des organisations de formation. Il a enseigné la philosophie, travaillé pour Unicef et coordonné plusieurs projets. Il est aussi le Directeur Général de «Burkine Bi international». Autant dire qu’il a plus d’une corde à son arc.  Il, c’est évidemment Daouda Mounian, Burkinabé de nationalité, qui parle à cœur ouvert…

Comment peut-on vous présenter aux lecteurs du site panafricain d’informations générales,  Farafinainfo.com ?

Je suis Daouda MOUNIAN, marié et père de 4 enfants. Je suis sociologue, communicateur pour le développement et manager des organisations de formation. Je suis Directeur Général de «Burkine Bi international», un bureau d’étude que j’ai mise en place en août 2018.

De 2002 à 2018 j’ai travaillé pour Unicef, mais avant j’ai enseigné la philosophie au lycée, coordonné un projet de recherche action sur la santé sexuelle et de la reproduction des jeunes et gère un programme de sécurité alimentaire.

Je suis Président de l’Association Sini Gnassigui (espoir pour demain) dont bientôt nous aurons les branches dans quelques pays du continent

Que faites –vous concrètement au sein de Rotary Club ?

Permettez-moi tout d’abord de vous un bref résumé de ce qu’est le Rotary International. Le Rotary International est une association qui rassemble 35 221 clubs, présents dans près de 200 pays et régions géographiques. L’ensemble de ces clubs Rotary compte au total 1 228 250 membres appelés Rotariens.

Depuis février 2008 je suis Rotarien, membre fondateur de mon club qui s’appelle rotary club Ouagadougou Crystal. Pour des raisons professionnelles j’ai été transféré dans le rotary club de Bangui Siriri en Centrafrique en 2011.

Je fais partie de cette association apolitique internationale. Je suis actuellement Immediat Past President mais j’ai été président de mon club d’origine (Ouagadougou Crystal 2020-2021 District 9101) et président 2015-2016 du rotary club Bangui (RCA). Je travaille dans cette organisation pour promouvoir son idée d’humanisme. Servir les communautés pour promouvoir leur épanouissement et leur bonheur.

Quel est l’intérêt de travailler dans le monde associatif ?

Une association se crée dans le but de résoudre un problème. Dans la société, les services publics (l’État) ne peuvent pas régler tous les problèmes. Les individus peuvent et doivent eux-mêmes s’organiser pour résoudre certains des problèmes qui se posent à eux. Souvent les associations ont des solutions plus adaptées plus proches des préoccupations des communautés.

Philip Kalus, qui fut président de Rotary Club de Valencia, a affirmé : «Au Rotary, c’est avant tout l’amitié et le service qui nous unissent». Partagez-vous cet avis ? Si oui, parlez-nous des différents services rendus par Rotary International en Afrique ?

Le Rotary a pour objectif de cultiver l’idéal de servir auquel aspire toute profession honorable et, plus particulièrement. Au regard de ces principes, l’amitié et le service sont des éléments marqueurs de l’action du rotary. En termes de services faits en Afrique, il faut dire que le Rotary est sur tous les chantiers du développement et de l’humanitaire en Afrique. En termes humanitaire, le rotary fournit des shelter box (tente pour une famille, couvertures thermiques et tapis de sol, matériel de stockage et de purification de l’eau, lampes solaires, ustensiles de cuisine, trousse à outils de base, moustiquaires et kit d’activités pour enfants) des forages, des fournitures scolaires, des produits médicaux, etc. Sur le plan du développement, le rotary est le premier donateur privé de bourse d’études. Ces bourses permettent aux étudiants africains qui l’ont d’étudier dans de prestigieuses universités. En 2020, avec la contribution du rotary, l’Afrique s’est débarrassée de la polio virus sauvage. Chaque année, tous les clubs rotary du continent réalisent des projets sociaux touchant tous les secteurs de vie de leur communauté.

Quand et pourquoi avez-vous décidé de devenir Rotarien ?

J’ai rejoint le rotary en février 2008. Le rotary m’a attiré pour la possibilité qu’il donne de rendre service à la communauté et d’avoir de nouveaux amis mus par la volonté de servir.

Avec le rotary, je ne suis étranger nulle part sur la planète.

Quel est le profil d’un bon Rotarien selon vous ?

Le bon rotarien est celui qui observe des règles de probité dans tout ce qu’il fait et consacre son temps, son énergie et son argent pour servir la communauté

Comment arrivez-vous à concilier vie professionnelle (Rotary, Unicef) et vie familiale ?

Je précise que je ne suis plus un staff de l’UNICEF. Je suis à mon propre compte même si je continue de faire des consultations pour Unicef. Il faut souligner qui dit vie familiale parle, parle d’époux ou d’épouse et des enfants.  Les activités associatives, caritatives que je mène associent souvent la famille. Ce qui rend facile l’équilibre entre ces activités et la vie familiale. Au rotary nos activités sont ouvertes à la famille.

Vous avez publié sur votre page Facebook : « Le Président de la République Centrafricaine, le Pr. Faustin Archange Touadera, m’a fait l’insigne l’honneur de me décorer à titre exceptionnel CHEVALIER DE L’ORDRE NATIONAL DE LA RECONNAISSANCE CENTRAFRICAINE. Cette distinction qui honore mon pays et moi est aussi reconnaissance faite à la jeunesse centrafricaine ». Qu’avez-vous fait pour mériter cet insigne honneur ?

Je profite de votre espace pour réitérer au Président de la République du Centrafrique, le Pr Faustin Archange TOUADERA toute ma gratitude et pour les efforts qu’il fait pour tracer les routes du développement et sécuriser le pays ainsi que mes hommages à mes compatriotes de cœur,  la population centrafricaine pour cette distinction faite à moi en 2018.

Je crois plutôt que la meilleure réponse à cette question viendrait des adolescentes, des adolescents, des jeunes filles et des garçons centrafricains avec lesquels j’ai travaillé six années durant.

Ceci dit, le premier élément pourrait être le fait d’avoir été aux côtés des adolescentes des adolescents des jeunes filles et des garçons centrafricains et des autorités quand le Centrafrique traversait une grave crise, crise du reste qui lui a été imposée.

Un autre aspect est d’avoir accompagné le gouvernement à créer un cadre unique de partenariat pour la promotion et le développement des adolescents et des jeunes.

Par ailleurs, pour la première fois  en Centrafrique les jeunes ont été outillés et responsabilisés pour conduire une analyse nationale des besoins et des aspirations des jeunes. Ce qui leur a permis de connaître et de comprendre les aspirations et les aspirations des adolescentes des adolescents, des jeunes filles et des garçons centrafricains.

Avec les résultats de cette analyse, le conseil national de la jeunesse a pu élaborer le plan intégré de développement des adolescents et des jeunes d’un coût 150 millions de dollars en 2017.

Nous avions également compris que les adolescentes les adolescents les jeunes filles et les jeunes garçons avaient un rôle majeur à jouer dans le retour de la paix en Centrafrique.

Pour ce faire, nous avons organisé un forum africain de la jeunesse sur la paix à Bangui (première fois en RCA) en vue de permettre aux jeunes centrafricains d’avoir une perspective plus large en matière de promotion de la paix en discutant avec les adolescentes et les jeunes du continent.

Avec les conclusions de ce forum africain de la jeunesse, nous avons pu lancer dans tout le pays une campagne dénommée « talents d’adolescents pour la paix ». C’est un concept dont l’objectif était de focaliser le génie créateur des jeunes sur le retour de la paix.

Un autre volet non moins important est la mise en place d’une plateforme technologique pour amplifier la voix des jeunes. Cette plateforme s’appelle « u report ». Cette plateforme nous permettait de faire des sondages auprès des adolescentes des adolescents des jeunes filles et des jeunes garçons pour mettre au centre des préoccupations nationales leurs opinions, leurs besoins et leurs aspirations.

Enfin on a créé dans les zones de conflit comme dans les régions calmes des espaces conviviaux pour jeunes dotés de kiosques digitaux (qui ont contribué à réduire la fracture numérique)

Ce qui a été fait c’est d’avoir doté les jeunes des compétences de vie leur permettant de jouer leur partition sans difficulté. Nous avons contribué à l’éveil des consciences des jeunes.

Une autre publication sur votre page Facebook : «Cet acté ! L’élaboration de la POLITIQUE NATIONALE DE LA JEUNESSE est terminée. Le document a été remis au Ministre de la Jeunesse du Mali Mossa Ag Attaher qui dote son pays d’une première POLITIQUE DE LA JEUNESSE. Qu’est-ce qu’il y a du nouveau dans ce document de Politique nationale de la Jeunesse ?

J’ai eu l’insigne honneur et le privilège d’élaborer la politique nationale de la jeunesse du Mali. C’était plus qu’un honneur, un grand challenge. Le document de politique du Mali est une nouvelle génération de politique. Ce document a pris en compte les besoins actuels des adolescentes des adolescents des jeunes filles et des jeunes garçons.

Le processus d’élaboration a été participatif et inclusif. Une analyse des besoins a été faite, des concertations régionales avec les jeunes, les discussions avec les responsables des mouvements et associations de jeunesse ont permis de recenser les aspirations et les besoins des jeunes. Cette politique intègre les autres secteurs qui s’occupent de la jeunesse et dispose d’un cadre intégrateur des actions des autres partenaires.

Pour une fois, tous les intervenants seront coordonnés en vue de promouvoir réellement les adolescents les adolescentes les jeunes filles et les jeunes garçons Malien.

Quel regard portez-vous sur le déroulement de la Transition au Mali ?

Je trouve que la transition se passe bien et je n’aimerai pas être à leur place tant les problèmes sont gigantesques. Ils ont pris un pays pratiquement en ruine, où le peuple a clamé haut et fort son désarroi pendant longtemps sans succès.

Que pensez-vous de celle de la République de Guinée ?

Ce qui se passe en Guinée est inédit. Une transition qui concerte qui consulte et qui tente de trouver des Guinéennes et des Guinéens compétents pour relever le défi du développement de la gouvernance et de l’équité. Je souhaite à cette transition un plein succès pour le bonheur des guinéens et des guinéennes.

Les militaires soudanais viennent de prendre le pouvoir à Khartoum après les coups de force de l’armée au Mali et en Guinée. Le pouvoir militaire est-il une solution en Afrique ou un retour en arrière de nos pays

La question je l’aurai posée autrement ? Pourquoi arrive-t-on à cela ?  Mon avis est que le retour à la vie constitutionnelle n’est pas une panacée. Les raisons qui font que ces crises deviennent récurrentes sont dues au fait que le système de gouvernance actuel (démocratie), qui a besoin lui-même de réaménagement. Il y’a besoin de réflexion profonde pour inventer un modèle plus à même de susciter une adhésion populaire. Sinon la démocratie actuelle est inefficace pour nous éviter des troubles. Je vous donne un exemple qui traduit l’incapacité de nos dits « Systèmes démocratique » à intéresser ou emballer nos communautés : au Burkina Faso, mon pays a un potentiel d’électeur de près 11 millions de personnes et la commission électorale nationale indépendante a pu enrôler 5 918 844 de personnes sur la liste électorale et 2 972 590 ont voté. 1 645 229 ont voté le président du Faso.

Avec ces chiffres on est en droit de se poser des questions sur ce dit « système démocratique ». Pour moi le système est impopulaire.

Quels sont les avantages et/ou inconvénients de porter la voix de la jeunesse africaine

Il n’y a que des avantages à porter haut la voix des jeunes. « Les jeunes ne sont pas l’avenir, les jeunes sont le présent »

Entre 2030 et 2050, un jeune sur deux sur la planète sera africain. Donc vous voyez « les possibilités pour le continent ». Il me semble que le monde le sait. L’Afrique le sait moins.

Regardez tous ces états qui connaissent l’instabilité. Ce sont les États qui ont eu des difficultés à s’occuper correctement de leur jeunesse. Tant que l’on ne donnera pas le pouvoir et les compétences aux jeunes, notre continent souffrira. Les instabilités et les troubles seront nos quotidiens.

Regarder nos dirigeants emblématiques (Thomas Sankara Modibo Keita Hamilcar Cabral Kwamé N’krumah John Jerry Rawlings,…) étaient des jeunes et ils ont réalisé des choses que les vieux d’aujourd’hui n’arrivent pas à faire. Donc la vieillesse est souvent simplement la somme des années. La capacitation des jeunes et  la responsabilisation des jeunes sont l’urgence absolue.

Vous avez annoncé dans cette publication : «Le 24 octobre 2021, les clubs Rotary International du Burkina Faso avec leurs partenaires UNICEF Burkina Faso et OMSBurkinaFaso célébreront la journée mondiale de la lutte contre le polio. Le comité d’organisation de la célébration de cette journée a tenu une réunion…» Pourquoi cette co-organisation de la célébration de la journée mondiale de la lutte contre le polio ?

Tout au long de son histoire, le Rotary International a collaboré avec les Nations unies et d’autres organisations gouvernementales ou non gouvernementales dans le but d’améliorer la condition humaine.

Le programme phare du Rotary, PolioPlus, qui vise à l’éradication de la polio dans le monde, est la parfaite illustration de ce travail commun. Grâce au partenariat avec des organismes majeurs tels que l’UNICEF, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Rotary a réuni 600 millions de dollars et mobilisé d’innombrables bénévoles. Résultat : plus de 2 milliards d’enfants vaccinés contre cette maladie invalidante et souvent mortelle.

Après le programme plus, le Rotary et ses partenaires UNICEF et OMS ont lancé ensemble l’initiative d’éradication de la polio. Donc c’est tout naturellement qu’au Burkina Faso nous nous mettions ensemble pour la lutte contre la polio, notamment la célébration de la journée mondiale polio

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez en tant que Rotarien ou travailleur de l’Unicef auprès des autorités publiques et autres décideurs africains ?

La collaboration entre le rotary et les autorités sont exemplaires. Le rotary est un partenaire sûr de développement pour les pays. Ce qui fait que les autorités lui accordent une grande importance et attention particulière.

Les impacts de la crise sanitaire sur vos différentes activités professionnelles ?

Le ou la Covid-19 quel que soit le genre, a marqué le monde, et ce, de façon durable. Cette pandémie a tout impacté et a obligé l’humanité d’inventer de nouveaux processus de travail. Donc il faut dire que cette pandémie a eu de bons côtés car elle a contraint le monde à s’adapter (s’adapter ou périr). Comme les autres grandes maladies, cette épidémie sera vaincue.

Le 17 octobre dernier, le Burkina Faso et l’Afrique se sont souvenus de l’assassinat du Capitaine Thomas Sankara et lui ont rendu un vibrant hommage. Qu’avez-vous fait de particulier ce jour ?

Vous savez, le procès pour rétablir la vérité sur l’assassinat du Président SANKARA, est la preuve que le bien triomphe du mal tout le temps. La justice triomphe toujours. J’ai voulu aller à l’audience, mais je ne me suis pas pris à temps. Je suis scotché sur les ondes médiatiques pour avoir la primeur des informations sur ce procès.

Pour avoir été des pionniers de la révolution, le 15 octobre 1987 a été pour moi ce que les palestiniens appellent la « Nakba » – la catastrophe pour le peuple africain.

Que retenir de l’héritage de Thomas Sankara ?

Beaucoup. Il est éternel et ses idéaux sont intemporels.

Le président SANKARA incarne pour moi et pour l’Afrique trois choses fondamentales :

  • L’intégrité
  • L’espoir d’inventer notre avenir
  • La foi en l’Afrique
  • Le panafricanisme
  • La capacité en nous de nous développer.

Tous les combats du Président SANKARA restent d’actualité.

En somme, le président SANKARA disait ceci : si nous ne sommes plus là, vous devez continuer la lutte.  Je suis convaincu que la révolution se fera et la libération TOTALE en sera le fruit.

Que pensez-vous de l’ouverture de son procès  de l’assassinat de Thomas Sankara à l’absence de Blaise Compaoré, le principal accusé ?

Je ne veux même pas commenter ça tellement je suis déçu. Il l’a assassiné pour des raisons à lui, il devrait donc venir nous expliquer ces raisons, avoir le courage de ses actes et les assumer.

Ceci dit, la vérité se saura et SANKARA continuera de nous inspirer

A vous de conclure cette grande interview

Je remercie le journal pour cette marque de confiance. Je veux terminer en disant que je crois en la toute-puissance de notre jeunesse africaine.

Sans être Martin Luther King, je fais le rêve que notre jeunesse libérera notre continent, et réhabilitera notre honneur et notre fierté. Je fais le rêve de voir nos jeunes assis aux côtés des autres jeunes du monde, égaux et travaillant à humaniser davantage la planète pour l’éternité de notre espèce.

J’exhorte nos jeunes filles et nos jeunes garçons à ne plus faire comme nous leurs ainés, en laissant la chose « politique » à des aventuriers ; ils doivent massivement envahir ce champ politique pour empêcher que les « sans ambition » continuer de conduire notre destinée.

Personne ne libèrera le continent pour nous. Américains, Européens, Asiatiques, Indiens sont tous mus par leur intérêt et je trouve cela légitime. A nous de nous battre pour éviter d’être exploités.

Notre illustre savant et Pr Joseph Ki Zerbo disait en Bamana kan « Nan lara, an sara » pour dire en terme clair que si nous ne faisons nous disparaitrons.

S’il s’avère que notre disparation va accroitre l’hégémonie des autres, nous allons disparaître si nous n’armons pas nos jeunes de compétences et de capacités.

La Grande Interview de Farafinainfo.com réalisée par Lala Aïcha Housseine Camara