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Mauritanien.ne d’ici & d’ailleurs : Sultana Maïmouna Sall répond aux questions de Lala Aïcha Housseine

Rubrique – Mauritanien.ne d’ici & d’ailleurs de Farafinainfo.com – Elle voudrait devenir policière, mais le destin en a décidé autrement. Elle exerce «un métier d’homme» : la mécanique. Elle, c’est Maïmouna Sall connue sous le pseudonyme de SMS. Cette jeune femme mécanicienne qui a bien voulu nous raconter sa vie : ses parcours scolaire et professionnel …

Présentez-vous aux lecteurs du site panafricain d’informations générales, Farafinainfo.com ?

J’apprécie énormément cette interview, une opportunité qui m’est offerte pour parler de mon parcours ! Je m’appelle Maïmouna Sall, plus connue sous le pseudonyme SMS (Sultana Maïmouna Sall). Je suis une jeune femme de 25 ans et mécanicienne de formation et de profession.

Parlez-nous de vos parcours scolaire jusqu’au baccalauréat ?

J’ai effectué la maternelle à Zouerate ! C’est mon père qui m’a initié à la lecture. Il me donnait des cours  à la maison pour que je puisse lire correctement et apprendre mes leçons. Cela m’a permis de passer très rapidement dans les classes supérieures après mon inscription à l’école 10 de Zouerate pour ensuite poursuivre mes études au Collège et au lycée dans mon village, à Bababé. Pour la première fois, j’ai fait le baccalauréat à Zouérate sans succès ensuite à Rosso sans succès aussi.

Pourquoi n’avez-vous pas eu le bac après deux tentatives ?

Je ne saurais vous le dire. Peut-être au fait que j’étais en série D et l’enseignement de la physique et de la chimie n’était pas mon allié.

Quelle était réellement la cause de votre échec au bac : est-ce l’environnement familial ou autres facteurs ?

La réelle cause de mon échec relève du privé, je préfère ne pas m’étendre là-dessus, mais sachant que je n’étais pas bonne en matières scientifiques – les mathématiques, la physique et la chimie – nonobstant les nombreux efforts que je fournissais sans cesse en m’exerçant énormément, mais hélas.

Avez-vous tiré les leçons de votre échec au baccalauréat, si oui en quoi faisant ?

Eh bien, disons  que j’en ai tiré pas mal de leçons. La première se mettre en tête qu’on peut réussir tout comme qu’on peut échouer : cela allégera votre malheur, si par malheur vous échouez. La deuxième, c’est qu’il faut toujours avoir un plan ou plusieurs autres, lorsqu’on se lance dans quelconques aventures : Et la dernière ne jamais croire que l’échec au bac est synonyme l’échec de votre vie professionnelle.

Peut-on clairement dire que l’école professionnelle était la voie de contournement pour pouvoir poursuivre vos études ?

Sans doute oui, c’était la voie à suivre, et je n’avais visiblement pas le choix :  soit je tentais l’école professionnelle, qui était un nouveau pas et surtout un avancement ! soit je restais figée sur la  (lasse) Terminale, qui était en quelque sorte un garage à savoir qu’on ne pouvait pas passer à une classe supérieure sans avoir le bac. Du coup, je dirai bien que c’était la voie de contournement pour pouvoir poursuivre mes études.

Expliquez-nous les raisons de votre choix porté sur la filière mécanique ?

Alors, en fait, je n’ai pas choisi  la mécanique, c’est elle qui m’a choisie : je m’explique après le dépôt des dossiers de candidature du concours au lycée technique et je n’avais qu’une seule et unique idée en tête, intégrer le lycée technique. Sans mentir, je n’avais aucune idée de la filière que j’allais choisir en ce moment, car les élèves sont orientés selon leur moyenne. J’étais surprise voire paniquée au début quand j’ai su que j’ai été orientée en mécanique, car je me disais à cette époque que c’était un métier d’homme. Rien qu’en y pensant, j’en ris à gorgée déployée.

 Avez-vous été conseillée ou influencée par une tierce personne pour faire ce choix ou pas du tout ?

Et non pas du tout ! La plupart des gens me conseillent de changer de filière, c’est-à-dire de faire l’électricité. Je n’ai jamais su pour quelles raisons ? Mais je n’ai pas changé de filière. Aujourd’hui, je suis très fière de ce choix.

Quel regard portez-vous sur l’entretien des véhicules en République Islamique de Mauritanie présentement ?

Le secteur n’a pas assez évolué comparer aux autres pays, certes, mais les propriétaires des véhicules changent continuellement de mécanicien. Ce qui pose parfois problème : à savoir qu’ils utilisent des méthodes différentes, mais je garde l’espoir que nos compatriotes propriétaires des véhicules en tiendront compte en allant entretenir les voitures.

Quelle était votre profession de rêve avant que la mécanique ne s’impose à vous ? 

Toute petite, je rêvais de devenir policière, mais bon comme l’on dit : «L’homme propose, Dieu dispose», certes, toutefois, si la police recrute de mécanicien,  je suis là Mdr (Morte de rire)

Quelle a été la réaction de vos parents apprenant que leur adorable petite fille voudrait devenir mécanicienne ?

Leurs réactions ont été normales, certes, mais ils étaient évidemment surpris. Avec le temps, ils ont compris que je suis faite pour ce travail.

Aujourd’hui avez-vous des regrets ou des satisfactions d’être devenue une pionnière dans un domaine dit «masculin» ?

Des regrets, je n’en ai guère ! Bien que certains regards et critiques me mettent mal à l’aise. Mais bon, j’aime ce que je fais, et j’ai le soutien de mon entourage, surtout de celui de mon mari. Par contre, des satisfactions j’en ai surtout quand on se rend à un dépannage que le propriétaire du véhicule est satisfait de nos services. Rien qu’en faisant partie du service, je ressens une certaine fierté. Car bien en étant une femme, je me suis faite place dans ce domaine «masculin»

Des personnes curieuses cherchent-elles à comprendre votre choix, si oui racontez-nous des anecdotes ?

Mdr (Morte de rire) ! Bien sûr que oui ! Lors d’un dépannage à Aïne Talah (un quartier de Nouakchott, ndrl) : des jeunes dames me relookent et  étaient indubitablement surprises de voir une jeune femme exercer ce métier (mécanique). Petit à petit, elles se sont approchées en tout me saluant. Je leur ai répondu de la manière la plus courtoise possible puis il pleuvait de nombreuses questions du genre : t’es réellement une fille ? T’es une mécanicienne ? T’es bien jolie, mais pourquoi vouloir te salir avec cette crasse ? J’étais amusée face leurs multitudes de questions. Et j’ai juste répondu : oui je suis une mécanicienne et j’aime ce que je fais. Elles s’en allèrent, ébahies quand même. Je ne pouvais m’empêcher de rire de leur attitude.

Avez-vous des ambitions d’aller poursuivre vos études à l’étranger ?

Non, je préfère rester en Mauritanie, Inch’Allah

Pourquoi pas de travailler dans une usine d’automobile ?

 Et bien si ! Si j’en ai l’occasion, je la saisirai, ça se serait une grande opportunité faudrait d’abord que l’occasion se présente.

Comment vous voyez-vous dans cinq ans voire dix ans ?

Dans cinq à dix ans, je me vois dans ma propre boîte, c’est-à-dire une entreprise personnelle. Aussi petite qu’elle sera, mais elle sera en mon nom. Travailler pour mon propre compte est une chose que j’ai en tête et même temps me faire connaître par mon expertise bien sûr. J’espère aussi que  j’aurai quadruplé d’expériences voire plus d’ici-là Inch’Allah. Et pour finir, ce fut un réel plaisir cet échange avec vous, Madame Camara. Merci infiniment.

Rubrique réalisée par Lala Aïcha Housseine Camara