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OUA(UA), il y a 59 ans : Modi S. Barry revient sur sa création et le rôle joué par Ahmed Sékou Touré

59 ans après la création de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), qui est devenue UA (Union Africaine) en 2002, le doyen Modi Sory Barry, qui a accompagné le Président Ahmed Sékou Touré dans tous les pays du monde ou presque, est revenu sur sa création et du rôle joué par le Président Ahmed Sékou Touré, dans l’émission «Les Grandes Gueules» dEspace TV, ce mercredi 25 mai 2022, date d’anniversaire de cette organisation continentale.

Le rôle de la Guinée et l’idée d’une organisation. «A l’époque, le Président Ahmed Sékou Touré avait la chance d’avoir des cadres et des diplomates aguerris, qui ont sillonné l’Afrique. Il y avait Diallo Telli, Diallo Abdoulaye Galla, qui était Ambassadeur- Ministre résident au Ghana et Seydou Diallo et un Malien syndicaliste et ami de Sékou Touré. Et il l’avait nommé Ambassadeur à Addis-Abeba. Ce sont ces trois personnes, qui ont sillonné toute l’Afrique centrale et occidentale pour aller porter les messages des deux hommes d’Etat – Empereur Hélasi Silasi et Ahmed Sékou Touré (…) pour proposer la rencontre d’Addis-Abeba. Et l’OUA porte encore les marques de sa création, la réunion des Ministres n’a pas pu aboutir à un document, parce que deux tendances étaient très fortes. Finalement quand ils sont venus et ont dit : on va passer la patate chaude aux Présidents. L’empereur Haïlé Sélassié a pris la parole et dit : écoutez, ce serait honteux pour nous, des chefs d’Etat africains qu’on se réunisse ici et qu’on se sépare sans signer une charte, sans proclamer que nous sommes convenus de créer une organisation. Et c’était très difficile, parce qu’il y avait toujours les deux tendances opposées : la tendance francophone et la tendance anglophone», rappelle l’ancien journaliste Modi Sory Barry.

UA sous le poids des erreurs de la création de l’OUA. «Kwame NKrumah et beaucoup d’anglophone, comme lui, voulaient la mise en place d’un Gouvernement continental africain avec son armée et son administration. Et les francophones ne voulaient pas de ça : chacun voulait garder sa souveraineté et chacun voulait son pays. Certains Présidents disaient non ! Ecoutez, on va aller pas à pas. On va faire d’abord mettre en place l’union politique, après on fera l’union économique … Et chaque fois que le climat était tendu entre ces Présidents, on demande à Sékou Touré, qui est ami à tout le monde d’aller convaincre son ami NKrumah de lâcher du lest pour qu’on mette en place une organisation, qui en évoluant, pourrait éventuellement aller vers un gouvernement continental ou vers autre chose. C’est ça qui pèse encore sur l’OUA. Si au départ, on avait décidé où aller et comment y aller, peut-être qu’on ne serait pas là où nous sommes aujourd’hui», indique l’auteur du livre sur le pas du Président Ahmed Sékou Touré

Diallo Telli, Secrétaire Général de l’OUA. «Les commissions n’ont pas bien fonctionné. Donc la commission qui devait faire la Charte n’a pas bien fonctionné. En ce moment, Sékou Touré a demandé à Diallo Telli de prendre une commission. Parce que ce sont les ministres qui prédisaient les commissions. Diallo Telli n’était pas ministre, il était ambassadeur. Donc, il a présidé cette commission et ils ont mis en place une Charte créant l’Organisation de l’Unité Africaine. Comme, il avait sillonné tous les pays ou presque de l’Afrique centrale et occidentale (…) Il était très connu pour avoir été partout. Et la Guinée a proposé Diallo Telli comme Secrétaire Général», laisse entendre cet ancien journaliste  

Crises de l’OUA ont conduit à la création de l’UA. Modi Sory Barry évoque le leadership du Président Ahmed Sékou Touré : «Je suppose que l’OUA traversait des crises. L’OUA a traversé des crises très profondes avec l’affaire de Sahara occidental, avec l’affaire du Tchad, avec le retrait du Maroc. En fait, le retrait du Maroc est intervenu après la mort du Président Ahmed Sékou Touré. Sinon, Sékou Touré avait obtenu du Roi du Maroc qu’il accepte le principe du référendum au Sahara occidental, et c’est pour ça et je crois que ça doit être la seule fois que le Roi Hassan II s’est déplacé pour aller au sommet et était le sommet de Nairobi. Quand on a dit que le Roi vient toute la ville a bougé. Vous savez le protocole, quand les Rois bougent ! Le Roi est venu dans la salle. Quand il a pris la parole et a dit qu’il accepte le principe du référendum d’auto-détermination. On a vu bouger les Algériens, les Sahraouis et tout le monde. Ils n’étaient plus d’accord ; parce qu’eux, l’objectif, ils étaient sûrs que le Roi n’aurait pas accepté. Donc la crise s’est enfoncée davantage. Donc, on n’a pas pu faire le référendum. Pourtant chacun d’eux est dans son coin et ils s’observent en chien de faïence. Et le Tchad, c’est la même chose. Je rappelle une anecdote, il y a une réunion du Comité de mise en œuvre sur le Tchad, à Nairobi également. Quand on est venu, c’étaient quelques Présidents, qui étaient membres du Comité dont celui de la Guinée. Le Président tchadien Goukouni Oueddei a été incorrect à l’égard du Président Sékou Touré, quand il est venu et trouvé Sékou Touré en train de parler du Tchad il a dit : à quel titre il parle du Tchad. A quel titre ?  Il parle du Tchad ? Le Président kenyan Daniel Arap Moi a dit à Sékou Touré de lui répondre. Et Sékou Touré a dit à Arap Moi : c’est à toi de répondre, c’est toi, le Président en exercice de l’OUA et c’est toi qui m’as invité à la réunion. Et je suis venu parce que je suis membre du Comité, mais demande, mais lui à quel titre, il est là ? Parce que le groupe OUA, c’est nous qui l’avons fabriqué. On lui a donné un délai, fini ce délai, il n’est plus rien, Il n’a pas le droit d’être dans cette salle».   

El Hadj Karamoko Touré