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Reporter, témoin des faits

Transition en Guinée : nécessité d’un [dialogue interguinéen] franc pour une paix durable !

Montesquieu disait : « L’esprit de la République, c’est la paix et la modération. » Hem ! Notre resplendissant navire commun tangue de partout, ça bouge sans cesse, ça balance de gauche à droite, ça se remue dans tous les sens. Il y a vraiment de quoi perdre le nord aujourd’hui. Prenons garde pendant qu’il est encore temps !

Ce mercredi 17 août 2022, l’appel à manifester du FNDC ayant bénéficié de la caution d’un certain nombre de partis politiques non des moindres, il faut le rappeler, a paralysé les activités socio-économiques à Conakry et dans certaines villes de l’intérieur du pays. À qui profite cette paralysie des activités socio-économiques, ce regain de tension dans notre pays ?

Boutiques et magasins fermés, circulation morose, psychose chez bon nombre de populations, grandes artères entièrement quadrillées par des unités mixtes du maintien d’ordre (police, gendarmes, militaires), voilà l’image que présentent la capitale Conakry et certaines villes de l’intérieur du pays aujourd’hui. Clairement, l’économie guinéenne sous perfusion vient de prendre un sérieux coup ce mercredi 17 août 2022. Les commerces ont baissé leurs rideaux, les activités à Madina (poumon de l’économie guinéenne) tournent au ralenti. La Guinée au ralenti ?

Cette situation étouffante, cette ambiance de plomb ne profite ni au pouvoir en place, ni au FNDC, ni aux formations politiques, ni à personne d’ailleurs. C’est pourquoi, il serait judicieux aujourd’hui pour le CNRD qui est « l’organe central de définition et d’organisation stratégique de la politique économique,  sociale, culturelle et de développement du pays  » d’accéder à la demande de cette importante frange des acteurs socio-politiques concernant la mise en place d’un cadre franc et permanent de dialogue.

En effet, si le CNRD et les acteurs socio-politiques ne gagnent pas autour de la table, ils ne perdront pas non plus. Le détecteur d’incendie au rouge ? Il faut s’arrêter pendant qu’il est encore temps. Oui, changeons de paradigme.

Et les sages dans tout ça ? Auraient-ils déjà implicitement donné leur position à travers cette indifférence dont ils font montre ?

Certes, dans la tradition africaine, les sages ne parlent pas à tout moment et ne se mêlent pas non plus de tout. Mais, quand la maison commune tangue, ils doivent sortir du silence pour appeler au calme et à la retenue. Ils doivent également dire la vérité pour concilier les positions divergentes. Effectivement, c’est cette difficile et délicate mission qui est dévolue aux sages en période de crise. Malheureusement, ils brillent pour le moment par leur silence. C’est quand la situation s’enlisera davantage (Que Dieu nous en garde) qu’ils joueront les pompiers.

En clair, il y a des situations, comme dirait l’autre, où la neutralité et l’indifférence sont des formes manifestes de soutien à un camp.

On ne se lassera jamais de le répéter : le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) doit s’ouvrir au dialogue avec l’ensemble des composantes de notre Nation pour éviter que la transition s’enlise davantage.

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Le dialogue, comme l’affirme De Jacques Lacan, paraît en lui-même constituer une renonciation à l’agressivité. Dans une situation aussi délétère que celle qui prévaut maintenant dans notre pays, le dialogue, même mauvais, est dix mille fois mieux que sans dialogue.

Pardi ! Heuheu ! Acceptez que je reprenne certains de mes propos que j’ai déjà tenus dans mes précédentes tribunes car, la situation de notre patrimoine commun inquiète plus d’un guinéen aujourd’hui. Le pouvoir doit décrisper l’atmosphère pour une paix durable.

La transition guinéenne est entrain de prendre de l’eau, elle s’enlise, elle est même enrhumée. Si ce ne sont pas les femmes de Kolabounyi qui défilent dans les rues, occupent des places, clament des slogans pour exprimer leur colère, ce sont les gardes communaux qui brandissent des pancartes et barricadent les portes des communes pour le paiement de leurs arriérés de salaire ou les travailleurs de Guinée Games qui ne cessent d’exprimer leur mécontentement dans la rue suite à la fermeture du service qui les emploie ; Si ce n’est pas aussi le FNDC qui invite les populations à descendre dans la rue pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel, ce sont les partis politiques. Peut-on s’attaquer à tout à la fois et espérer réussir quelque chose ? Le pouvoir devrait changer de stratégie.

L’heure est grave, changeons de paradigmes ! La situation qui prévaut dans notre pays aujourd’hui est délétère. Ce regain de tension met notamment les autorités du pays dans une situation d’inconfort et accentue la misère des populations à tous les niveaux. Où est notre fameuse boussole pour mieux orienter la transition ?

À qui servent réellement ces multiplications de mouvements de contestation ? Cette transition doit réussir et pour qu’elle réussisse, il faut la partition de l’ensemble des filles et fils du pays.

Dans ce laborieux champ de préservation de la paix et de la quiétude sociale, le dialogue entre le pouvoir et les acteurs sociopolitiques doit être la ritournelle de la transition en cours dans notre pays, car le premier a plus à perdre dans ce bras de fer engagé entre les deux parties que le deuxième. C’est pourquoi d’ailleurs, le CNRD doit à tout prix éviter les manifestations puisqu’en plus d’entamer le tissu social, ces troubles ont des conséquences sur tous les secteurs économiques de notre pays. Il faut éviter que notre pays verse dans le chaos.

En un mot, ce regain de tension compromet dangereusement la conduite de la transition. C’est pourquoi, il faut inévitablement l’ouverture d’un cadre permanent de dialogue afin de désarmer les cœurs et les esprits, et de dissiper la suspicion entre les autorités et la frange la plus représentative des acteurs sociopolitiques.

Sayon MARA, juriste