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Trente-un ans après sa disparition : La Casamance se souvient de son « Diato » agriculteur

La Casamance se souvient de son « Diato » agriculteur

Né en 1902 à DarsalamKénéba dans le Cercle de Diouloulou, Cheikh Chamsidine a tiré sa révérence un 22 janvier 1990 à Daroul-Khaïry, village qu’il a fondé en 1937. Saint homme, érudit et grand agriculteur, il repose à côté de son père Cheikh Mahfouz à Darsalam Chérif dans la Commune de Kataba1, département de Bignona, région de Ziguinchor.

Trente-un ans après sa disparition, la Casamance se souvient de ce grand homme qui faisait la fierté du Sénégal tant par son école que par son engagement pour l’agriculture. Cet engagement qui lui avait valu par arrêté du 6 août 1956, la Croix de Chevalier du Mérite agricolede la République Française. « Je suis heureux, Monsieur, d’avoir pu vous accorder cette distinction en récompense des services que vous avez rendus à l’agriculture » dixit André DULIN, Secrétaire d’Etat à l’Agriculture.

Diato (lion), nom que lui avaient donné les populations de la Casamance, pratiquait l’agriculture entre ces trois villages que sont Daroul-Khaïry, Darou Rahma et Boustane. Sa pratique agricole était orientée vers le mil, le maïs, le sorgho, l’arachide, le fonio, le manioc, la patate douce, le riz, etc.

Toutefois, sa maitrise de la culture du riz de plateaux était connue de tous. Ce riz pluvial est cultivé dans des terres non inondables, c’est-à-dire plaines, plateaux ou collines. Il est semé en grain directement sur les parcelles de culture sans faire de pépinière au préalable, ni de repiquage. Les récoltes des premiers semis qui se font d’habitude en pleine saison des pluies, lui permettaient de venir en aide aux populations environnante durant cette période de soudure.

Par ailleurs, il faut aussi préciser que de Daroul-Khaïry à BoustaneKhaïry sur près de 15 km, Cheikh Chamsidine y avait planté une variété d’arbres fruitiers (manguiers, citronniers, anacadiers, goyaviers, cocotiers, amandiers, orangers, palmiers, ect) et des arbres non fruitiers pour l’industrie du bois.

Pour venir en aide à la faune de ces forêts, il installa partout des abreuvoirs. L’objectif était de permettre aux animaux sauvages d’échapper à la soif dans cette partie de la région naturelle de Casamance où l’eau se fait rare en saison sèche. Ces abreuvoirs étaient approvisionnés en eau par les disciples à travers des puits qu’il fonçait dans ces forêts. La Croix de Chevalier du mérite agricole a été précédée par la médaille Philanthropique de la République Française en 1937.

Grand écrivain, il a à son actif une quinzaine d’ouvrages sur la théologie, l’histoire, la géographie, la pharmacopée, etc. Le saint homme a également beaucoup œuvré pour la reconnaissance de la médecine traditionnelle et prôné son efficacité à travers des écrits. Ce travail lui a valu une reconnaissance au niveau de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (Ifan) où son travail a servi comme source d’enquête à de nombreux étudiants de nationalités différentes.

Quatrième Khalif de 1977 à 1990, Cheikh Chamsidine était aussi connu comme étant le bâtisseur et le vulgarisateur de l’œuvre de son père. Son règne a vu sortir de terre des bâtisses en dur dans les cités de Cheikh Mahfouz à savoir Darsalam Chérif et Binako dans le Sédhiou.

En 1976 avec l’autorisation de son grand frère et 3èmeKhalif de la famille à savoir Cheikh Hatab, il instaure non seulement une Ziarraannuelleà Darsalam Chérif, mais également y organise chaque mercredi un récital du Saint Coran. Ces journées ont fait de cette cité religieuse un point de convergence des musulmans de la sous-région.

Rappelé à Dieu le 22 janvier 1990, son fils aîné Cheikh Mahfouz devient son premier Khalif. A son tour d’institutionnaliser la Ziarra annuelle de Cheikh Chamsidine à Daroul-Khaïry. Cheikh Hatab lui succéda en 1999 et n’a ménagé aucun effort pour entretenir ce riche patrimoine.

L’édition 2021 de cetteZiarrase déroule en pleine pandémie du coronavirus. Face à la situation de crise sanitaire et soucieux du nombre important de pèlerins que cette ziarra draine chaque année, la famille chérifienne a trouvé nécessaire de limiter les activités à la lecture du saint Coran.

Par Talibouya AIDARA

Communicant/Journaliste

Email : aidara.or.t@gmail.com