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D. M. Keïta : “La rupture ne se mesure pas uniquement à la fermeté d’un discours (…) Elle se mesure à la capacité …”

Gouvernance, résilience sportive et diplomatie africaine : les vérités de Dosso Mohamed Keita. Invité à répondre au questionnaire de l’[ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS], le consultant Doussou Mohamed Keïta livre une analyse sans concession sur les sujets majeurs de l’actualité. Du sacre mental des Lionnes Indomptables à la suppression sélective des visas entre Libreville et Kinshasa, en passant par la lutte anti-corruption du Président Mamadi Doumbouya en Guinée, il décrypte les enjeux de performance, de justice et d’intégration qui secouent le continent. Lecture.

Notre Consultant et Analyste Économique Doussou Mohamed Keïta

 

Ce sacre est avant tout celui de la résilience. Les joueuses ont fait preuve d’une remarquable force mentale, en refusant de se laisser enfermer dans le doute ou dans les pronostics défavorables …”

 

1-[CAMEROUN]- Repêchées puis sacrées : comment les Lionnes Indomptables ont-elles renversé l’histoire pour s’offrir la CAN ? Qu’en pensez-vous ?

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Les Lionnes Indomptables ont démontré que, dans le sport de haut niveau, une compétition ne se résume jamais à un début de parcours difficile. Leur repêchage aurait pu être perçu comme un signe de fragilité ; elles en ont fait un véritable point de bascule. À partir de ce moment, l’équipe a su se remobiliser, renforcer sa cohésion et aborder chaque rencontre avec un esprit de conquête.

Ce sacre est avant tout celui de la résilience. Les joueuses ont fait preuve d’une remarquable force mentale, en refusant de se laisser enfermer dans le doute ou dans les pronostics défavorables. Elles ont progressivement élevé leur niveau de jeu, affiché davantage de discipline tactique et, surtout, cultivé une solidarité indispensable dans les moments décisifs.

À mon sens, leur victoire dépasse largement le cadre sportif. Elle illustre la valeur du travail collectif, de la persévérance et de la confiance en ses capacités, même lorsque les circonstances semblent compromises. Les Lionnes Indomptables rappellent ainsi qu’une équipe peut transformer une seconde chance en consécration, à condition de rester unie, ambitieuse et pleinement engagée jusqu’au dernier instant.

 

“ … le Chef de l’État rappelle un principe fondamental de l’État de droit : l’action publique doit s’exercer sur la base des faits, des règles et de l’intérêt général, et non selon la position ou l’influence des personnes concernées.”

 

2-[GUINÉE]- Le Président guinéen Mamadi Doumbouya a rompu le silence dans un message publié sur Facebook pour justifier le limogeage de Mory Condé, de Mourana Soumah) et de Mahamadou Abdoulaye Diallo, en affirmant sa volonté de lutter contre la corruption et en prévenant qu’« aucune proximité ne met quiconque à l’abri ». Comment analysez-vous cette publication ?

Cette publication du Président Mamadi Doumbouya peut être interprétée comme un message politique de fermeté : dans une gouvernance de rupture, la proximité avec le pouvoir, le statut ou les relations personnelles ne doivent en aucun cas constituer une protection contre les exigences de probité, de transparence et de responsabilité.

En affirmant qu’« aucune proximité ne met quiconque à l’abri », le Chef de l’État rappelle un principe fondamental de l’État de droit : l’action publique doit s’exercer sur la base des faits, des règles et de l’intérêt général, et non selon la position ou l’influence des personnes concernées. Cette orientation rejoint sa déclaration selon laquelle : « Ma main ne tremblera pas dans la lutte contre la corruption ». Une telle posture, lorsqu’elle s’inscrit dans la durée et s’applique sans distinction, peut contribuer à restaurer la confiance des citoyens envers les institutions.

Toutefois, une lutte crédible contre la corruption ne peut se limiter à des décisions individuelles, aussi fortes soient-elles. Elle exige un périmètre d’action plus large : le renforcement des mécanismes de contrôle, la traçabilité des dépenses publiques, la transparence dans les marchés publics, la protection des lanceurs d’alerte, ainsi qu’une justice indépendante, diligente et équitable. Les sanctions doivent être prévues et appliquées conformément aux procédures, dans le respect des droits de la défense et de la présomption d’innocence.

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La Guinée a effectivement besoin d’un exécutif d’action, capable de décider, de contrôler et de sanctionner les manquements établis. Mais cette efficacité doit s’appuyer sur une mobilisation institutionnelle complète : l’administration, les corps de contrôle, les juridictions compétentes, les structures de régulation, les collectivités et la société civile doivent chacun assumer pleinement leur rôle au service de la République.

En définitive, la rupture ne se mesure pas uniquement à la fermeté d’un discours ou à l’ampleur d’un remaniement. Elle se mesure à la capacité de bâtir un système durable dans lequel nul n’est au-dessus de la loi, les fonds publics sont protégés, les responsabilités sont clairement établies et les sanctions, lorsqu’elles sont justifiées, sont appliquées avec rigueur et impartialité.

 

Une intégration crédible se construit lorsque les avantages de la coopération ne restent pas réservés à une élite, mais deviennent progressivement accessibles à l’ensemble des citoyens.”

 

3-[GABON-RD CONGO]- Libreville et Kinshasa suppriment les visas pour les diplomates et les hauts cadres. Supprimer les visas pour les diplomates est un bon premier pas, mais le vrai défi reste l’exemption totale pour tous les citoyens, n’est-ce pas ?

La suppression des visas entre Libreville et Kinshasa pour les diplomates et les hauts cadres constitue, à l’évidence, un signal politique positif. Elle traduit une volonté de rapprochement, de dialogue institutionnel et de facilitation des relations entre les deux États. C’est un premier pas utile, notamment pour fluidifier les échanges officiels et la coopération administrative.

Mais l’intégration ne peut pas rester un slogan, ni se limiter à ceux qui disposent déjà des moyens et des facilités de circulation. Son véritable sens se mesure dans la vie quotidienne des citoyens : les commerçants, étudiants, entrepreneurs, travailleurs, familles transfrontalières, acteurs culturels et membres de la société civile. Ce sont eux qui font vivre les échanges économiques, sociaux et humains entre les peuples.

L’objectif doit donc être d’élargir progressivement cette dynamique au reste de la population, à travers une exemption réciproque de visa ou, à défaut, des procédures simples, accessibles, peu coûteuses et sécurisées. Une telle évolution favoriserait le commerce, l’investissement, le tourisme, la mobilité professionnelle et les liens culturels, tout en renforçant la confiance entre les deux pays.

Naturellement, cette ouverture doit s’accompagner de mécanismes efficaces de coopération sécuritaire, de partage d’informations et de gestion des frontières. Faciliter la circulation ne signifie pas renoncer à la souveraineté ; cela signifie organiser une mobilité légale, maîtrisée et utile au développement commun.

En définitive, l’accord en faveur des diplomates doit être considéré comme une étape, et non comme une finalité. Une intégration crédible se construit lorsque les avantages de la coopération ne restent pas réservés à une élite, mais deviennent progressivement accessibles à l’ensemble des citoyens. C’est à cette condition que l’intégration régionale cessera d’être une promesse institutionnelle pour devenir une réalité vécue par les peuples.

Rédaction de Farafinainfo.com

Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat