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Pourquoi notre folie démentielle face à l’argent et au pouvoir ? – par Soninké Diané

Il y a une question que nous devons avoir le courage de nous poser, sans hypocrisie et sans chercher un coupable uniquement chez les autres : pourquoi cette folie démentielle face à l’argent et au pouvoir ?

Pourquoi avons-nous cette impression que rien ne nous rassasie jamais ?

Pourtant, un homme peut avoir devant lui un poulet entier et avoir du mal à le manger seul. Il peut posséder un palais de cent chambres, mais il ne dormira que dans une seule. Il peut acheter un lit pour quatre personnes, mais son corps n’occupera toujours qu’une petite partie du matelas.

Alors, pourquoi cette course folle ?

Pourquoi détourner, voler, accumuler, amasser sans fin, parfois au détriment de tout ce qui devrait donner un véritable sens à notre existence : l’honneur, la dignité, la famille, la communauté et la nation ?

Il faut se le dire avec gravité : l’argent ne nous appartient véritablement que lorsqu’il est acquis dignement et utilisé avec responsabilité.

L’argent public, lui, n’est pas une fortune personnelle. Il représente une route qui aurait pu être construite, une école qui aurait pu accueillir des enfants, un hôpital qui aurait pu sauver une vie, un emploi qui aurait pu sortir une famille de la pauvreté.

Lorsqu’il est détourné, il devient, pour la conscience, une forme de poison.

Le bien public mal utilisé peut devenir une véritable cyanure sociale : il enrichit quelques-uns aujourd’hui et empoisonne l’avenir de milliers d’autres demain.

Les Livres saints nous ont pourtant suffisamment avertis. Le Saint Coran nous enseigne :

« Et ne dévorez pas mutuellement vos biens de manière injuste. »

La Bible, elle aussi, nous rappelle que l’amour excessif de l’argent peut entraîner l’homme sur des chemins de perdition.

Autrement dit, l’argent est un serviteur utile, mais il devient un terrible maître lorsque l’homme perd sa conscience devant lui.

Nos sages africains, eux aussi, nous l’ont toujours appris à leur manière. Chez nous, en Guinée, nos anciens ne mesuraient pas toujours la grandeur d’un homme à la taille de sa maison ou au nombre de voitures dans sa cour. Ils regardaient surtout ce que son passage avait apporté à la communauté.

Car une richesse qui ne sert personne finit souvent par devenir une pauvreté morale.

Le véritable problème, aujourd’hui, n’est donc pas seulement celui du voleur. C’est aussi celui de toute la société qui applaudit le voleur devenu riche.

Et c’est ici que notre interpellation doit devenir plus profonde.

Nous devons parler aux familles. Nous devons parler aux clans. Nous devons parler aux proches.

Combien de fois avons-nous vu un cadre entrer dans une fonction publique avec peu de moyens, puis, quelques années plus tard, construire des maisons, acheter des véhicules et afficher une richesse sans rapport apparent avec ses revenus, sans que personne ne lui demande : « D’où vient cet argent ? »

Au contraire, on l’applaudit. On le célèbre. On le prend comme modèle. On lui demande même de faire davantage.

Sa famille veut une grande maison. Le clan veut qu’il finance tout. Les amis veulent des cadeaux. Le village attend ses millions. Et parfois, au lieu de lui dire : « Ne vole pas, protège ton honneur », on lui demande : « Puisque tu es là-bas, qu’est-ce que tu fais pour nous ? »

Voilà l’une des grandes tragédies de notre société.

Notre ascenseur social repose trop souvent sur une anormalité devenue normale.

Nous voulons monter vite, très vite, peu importe parfois l’origine de l’argent qui nous fait monter. Puis, lorsque tout s’effondre, nous faisons semblant d’être surpris.

Il faut arrêter.

Il faut que les familles comprennent qu’un enfant honnête, même moins riche, vaut mieux qu’un enfant devenu riche en vendant sa dignité.

Il faut que les parents apprennent à demander à leurs enfants non seulement : « Combien tu gagnes ? », mais aussi : « Comment gagnes-tu ta vie ? »

Parce que ce n’est pas seulement la richesse qui compte.

L’origine de la richesse compte aussi.

Nous devons également nous interroger sur nos modèles de société.

Qui sont devenus nos héros ?

Trop souvent, ce sont ceux qui parlent fort, insultent beaucoup et travaillent peu. Des insultologues sont devenus des célébrités. Des paresseux deviennent parfois des références. Des hommes et des femmes sans véritable œuvre deviennent des modèles, simplement parce qu’ils savent faire du bruit, provoquer ou attirer les regards.

Et nos enfants observent. Puis ils commencent à admirer.

C’est dangereux.

Une société est en difficulté lorsque celui qui travaille dans le silence devient invisible, tandis que celui qui insulte, provoque ou triche devient une vedette.

Nous devons redonner de la valeur à l’intelligence, au travail, à la compétence, à la création, à la probité et au service.

Car un pays ne se construit pas avec des applaudissements autour des voleurs.

Il ne se développe pas avec une administration où chacun cherche d’abord à devenir riche.

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Il ne grandit pas lorsque les titres et les postes deviennent plus importants que la mission.

Nous voulons être directeurs, ministres, cadres, responsables, honorables… Mais une question devrait toujours nous accompagner : que venons-nous faire de cette responsabilité ?

Car un titre n’est pas une grandeur en soi.

Un poste n’est pas une preuve de mérite.

Le véritable honneur se trouve dans le service rendu.

Servir l’État ne devrait jamais être considéré comme une occasion de se servir soi-même.

C’est pourquoi la lutte contre le détournement et le vol des deniers publics est une lutte noble. Elle permet non seulement de protéger les ressources de l’État, mais aussi de renforcer la confiance entre les institutions et les citoyens.

Nous osons croire que le Général Président Mamadi Doumbouya, dans sa version deux, contribuera à changer durablement la perception des Guinéens sur l’usage du bien public. Les actions déjà engagées pour protéger le patrimoine de l’État, lutter contre la corruption et restaurer l’autorité publique rassurent et nourrissent l’espoir. Il faut poursuivre cette dynamique avec justice, rigueur et équité.

Mais cette bataille ne peut pas être gagnée uniquement dans les bureaux des institutions.

Elle doit commencer dans nos maisons, dans nos familles, dans nos écoles, dans nos mosquées, dans nos églises, dans nos quartiers et dans nos villages.

Parce qu’une société qui encourage le vol tout en condamnant le voleur est une société qui se ment à elle-même.

La vraie question est peut-être finalement très simple : de combien avons-nous réellement besoin pour vivre ?

Nous ne pouvons pas manger deux repas en même temps. Nous ne pouvons pas dormir dans dix chambres à la fois. Nous ne pouvons pas conduire dix voitures simultanément.

Et lorsque viendra le jour du départ, ni le titre, ni la fonction, ni le compte bancaire ne pourront nous accompagner.

Ce qui restera, c’est notre nom.

Ce que nous avons construit.

Ce que nous avons détruit.

Les vies que nous avons améliorées.

Ou celles que notre cupidité a sacrifiées.

Alors, avant de chercher davantage d’argent et davantage de pouvoir, cherchons peut-être d’abord davantage de conscience.

Car le plus grand pauvre n’est pas toujours celui qui possède peu. Le plus grand pauvre peut être celui qui possède beaucoup, mais qui n’est jamais rassasié.

À ceux qui détiennent aujourd’hui une parcelle de pouvoir, rappelons ceci : le pouvoir est passager, mais les conséquences de son utilisation peuvent durer plusieurs générations.

À ceux qui détiennent l’argent public, rappelons : vous ne gérez pas seulement des chiffres, vous détenez une partie de l’avenir collectif.

Aux familles et aux clans, disons : n’encouragez jamais vos enfants à voler pour vous impressionner ou vous enrichir. Préférez leur honneur à leur fortune douteuse.

Et à notre jeunesse, disons : ne prenez pas les raccourcis de l’argent facile pour des chemins vers la réussite. La vraie réussite ne consiste pas seulement à devenir riche, mais à pouvoir regarder son peuple, ses enfants et sa propre conscience sans honte.

Il est temps de changer nos modèles.

Il est temps de retrouver le goût du travail.

Il est temps de faire de l’excellence une fierté.

Il est temps de comprendre qu’une fonction publique est d’abord un engagement envers la nation.

Car une nation ne manque pas toujours d’argent. Parfois, elle manque simplement de consciences qui refusent de voler son avenir.

La Guinée que nous voulons ne peut pas être celle où chacun cherche sa part du gâteau national.

Elle doit être celle où chacun cherche à agrandir le gâteau afin que le progrès profite enfin au plus grand nombre.

Et si nous voulons réellement changer notre pays, commençons par cette révolution-là : remplacer la cupidité par la conscience, l’ostentation par l’honneur, le titre par le mérite et le pouvoir par le service.

C’est peut-être là que commence la véritable grandeur d’une nation.

Soninké Diané, Citoyen

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