Tous lundis dans sa rubrique [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS], la Rédaction de #Farafinainfo se fait le devoir de revenir sur l’actualité africaine de la semaine écoulée en interrogeant un intellectuel africain sur des questions de la bonne gouvernance et des réalités sociopolitiques et économiques en Afrique. Doussou Mohamed Keïta décrypte de cette actu la plus brûlante en éclairant la lanterne des internautes.
« … ce geste améliore la perception de la solvabilité namibienne auprès des marchés financiers … »
1-[NAMIBIE-FMI]-«La Namibie dit adieu à sa dette FMI (Fonds Monétaire International) . Le pays vient de rembourser intégralement 23.887.500 $ au FMI. En cours = zéro. Un tournant majeur dans sa politique budgétaire et sa dette extérieure. La Namibie rejoint le Mozambique dans la liste des pays africains qui soldent leurs comptes avec le Fonds », rapporte AfrikMag. Qu’en pensez-vous ?
La Namibie quitte effectivement le FMI en remboursant sa dette, ce qui signale une volonté de discipline budgétaire et de réduction de sa dépendance au financement extérieur, mais cette approche comporte à la fois des avantages et des risques pour ses perspectives économiques.
Implications économiques immédiates :
Indépendance financière accrue : en éliminant sa dette envers le FMI (environ 23,9 millions USD), le pays réduit sa dépendance aux conditionnalités et aux programmes d’ajustement, ce qui renforce sa souveraineté macroéconomique.
Signal de crédibilité : ce geste améliore la perception de la solvabilité namibienne auprès des marchés financiers, ce qui peut faciliter, à terme, un reflux ordonné de capitaux et de futurs emprunts à des conditions plus avantageuses.
Coût budgétaire et réserves : le remboursement combiné de l’euro‑bond (750 millions USD) puis de la dette FMI a pesé sur les réserves de change, qui ont baissé temporairement, limitant quelque peu la marge de manœuvre en cas de chocs externes.
Perspectives économiques à moyen terme :
Réduction de l’exposition au risque de change : la Namibie vise à domestiquer une grande partie de sa dette (plus de 80% en monnaie nationale), ce qui diminue la sensibilité aux fluctuations du dollar et aux taux d’intérêt internationaux.
Trajectoire de consolidation budgétaire : la dette publique reste élevée (environ 65% du PIB en 2024) mais devrait progressivement baisser, sous réserve d’une croissance soutenue par les secteurs miniers (uranium, “métaux verts”) et l’investissement.
Risques si la croissance reste faible : des économistes soulignent que tant que la dette croît plus vite que l’économie et que l’investissement reste limité, la fragilité structurelle pourrait revenir, malgré l’effort de remboursement.
Pertinence de l’approche
Approche pertinente si maîtrisée :
Elle est cohérente avec une stratégie de discipline budgétaire, de réduction de la dette en devises et de renforcement de la crédibilité financière, ce qui peut attirer davantage d’investissements directs.
Elle réduit la pression à court terme sur les paiements extérieurs et limite les risques de default sur certaines obligations.
Limites et précautions nécessaires :
Le remboursement en une seule fois peut réduire brutalement les réserves, diminuant la capacité du pays à absorber des chocs de balance des paiements ou des chocs de prix des matières premières.
Pour que l’approche soit pleinement pertinente, il faudrait :
des réformes structurelles dans les secteurs productifs (mines, énergies, PME),
une amélioration de la collecte fiscale et de l’efficacité des dépenses publiques,
et une diversification de la base économique pour limiter la volatilité des recettes.
Pour finir, dire « adieu » au FMI et rembourser intégralement sa dette est globalement une approche pertinente sur le plan de la crédibilité et de l’indépendance, mais elle devient durablement avantageuse seulement si elle s’accompagne d’une réelle dynamique de croissance, d’amélioration des finances publiques et de gestion prudente des réserves.
« L’approche jusqu’ici dominante, essentiellement centrée sur des solutions militaires, menée par l’exécutif malien, a montré ses limites »
2-[MALI]- Le Général Assimi Goïta, Président de la Transition, cumule désormais ses fonctions avec celle de Ministre de la Défense et des Anciens combattants depuis le 4 avril 2026. Cette décision fait suite à la disparition tragique du Général Sadio Camara dans un contexte d’intensification des attaques djihadistes. Est-ce (vraiment) la bonne décision e que le Président Goïta concentre le commandement suprême et la gestion administrative de la défense ?
La situation actuelle est particulièrement complexe, voire préoccupante, ce qui impose que chaque décision prise par les autorités soit précédée d’une réflexion profonde, rigoureuse et parfaitement calculée. Dans un contexte de crise sécuritaire prolongée, économique tendue et sociale fragile, un laisser‑aller ou une improvisation pourrait avoir des conséquences lourdes et difficiles à corriger.
L’approche jusqu’ici dominante, essentiellement centrée sur des solutions militaires, menée par l’exécutif malien, a montré ses limites. Les résultats attendus en termes de sécurisation durable du territoire, de stabilisation des zones affectées et de retour de la population déplacée ne se concrétisent pas de manière significative. À la lumière de ces constats, il paraît salutaire d’envisager d’autres pistes : des solutions politiques et diplomatiques accrues, un renforcement des mécanismes de dialogue avec les communautés, ainsi qu’une mobilisation plus large des acteurs régionaux et internationaux.
Par ailleurs, le choix de cumuler les fonctions de chef de l’État et de ministre de la défense illustre à suffisance que la machine institutionnelle est grippée. Dans un fonctionnement normal des institutions, cette séparation des rôles est l’un des garde‑fous essentiels pour éviter les conflits d’intérêt, sécuriser les décisions et assurer une bonne articulation entre politique et conduite des opérations. Le fait que ce cumul soit perçu comme une nécessité révèle une fragilité au sommet de l’État, mais aussi une certaine absence de confiance ou de relais au sein de la chaîne de commandement.
Or, dans une situation de guerre, ce type d’organisation est particulièrement peu pertinent. La guerre impose une hiérarchie claire, une délégation efficace et une chaîne de commandement stable, cohérente et contrôlable. Quand le chef de l’État concentre en lui‑même les décisions politiques, stratégiques et opérationnelles, le risque de surcharge, de confusion et de prise de décision hâtive augmente. Cela peut nuire à la coordination des forces, à la gestion des alliances et à la capacité du pays à construire une stratégie globale à long terme, au‑delà de la seule dimension militaire.
En fin de compte, la voie militaire demeure indispensable, mais elle doit être encadrée par une vision politique claire, une gouvernance solide et une répartition des responsabilités qui respecte les principes de bonne gouvernance. Sans cela, même les avancées tactiques risquent de rester fragiles et éphémères.
« La République démocratique du Congo, dans sa configuration actuelle, mérite une gouvernance économique d’envergure, capable de traduire sa richesse potentielle en développement concret pour les populations »
3-[RD CONGO]- Le président Félix Tshisekedi se dit prêt pour un troisième mandat « Je n’ai pas sollicité un 3ème mandat, mais si le peuple veut un 3ème mandat, je l’accepterai ». Le désir de s’accrocher au pouvoir est un phénomène persistant, souvent décrit comme une tentation inhérente à la nature humaine. N’est-ce pas une tentation inhérente à la nature africaine ?
L’argumentaire très souvent avancé en Afrique sur les changements constitutionnels n’est guère pertinent et révèle surtout la volonté manifeste de certains chefs d’État de s’éterniser au pouvoir. On entend parler de « adaptation au contexte », de « modernisation des institutions », mais, trop souvent, ces réformes servent avant tout à prolonger des mandats ou à faciliter des successions contrôlées, plutôt qu’à renforcer la démocratie ou la stabilité institutionnelle.
Il est bien entendu possible de proposer une modification de certaines dispositions du texte fondamental, dans un cadre transparent, inclusif et véritablement démocratique. Cependant, il devient inacceptable de se servir de la Constitution comme d’un « boulevard personnel » pour s’accrocher à la magistrature suprême, alors que l’on est incapable d’assurer la sécurité intégrale du territoire national. Les défis sociaux, économiques, sécuritaires et environnementaux pèsent lourdement sur la population, qui vit au quotidien avec l’insécurité, le manque de services de base, la pauvreté et la précarité. Dans un tel contexte, remanier la règle du jeu politique pour se maintenir au pouvoir ressemble davantage à une stratégie de survie qu’à une véritable vision de gouvernance.
La République démocratique du Congo, dans sa configuration actuelle, mérite une gouvernance économique d’envergure, capable de traduire sa richesse potentielle en développement concret pour les populations. Un pays immensément riche en ressources naturelles, en potentiel agricole, énergétique et humain, ne devrait pas connaître une pauvreté aussi massive et une instabilité aussi durable. Pourtant, la gouvernance économique reste souvent fragmentée, incohérente, et trop liée à des intérêts marchands ou claniques, au lieu de s’inscrire dans une logique de planification nationale, de justice sociale et d’investissement productif.
Malheureusement, l’exécutif ne met pas clairement la résolution des conflits au cœur de sa priorité. Une partie du pays, notamment l’Est, reste dominée par des groupes armés comme le M23 et d’autres factions rebelles qui continuent de semer la terreur, de déplacer les populations et de créer un vide de l’État. Ces zones sont littéralement hors de contrôle de Kinshasa, et les populations vivent sous la menace permanente, sans sécurité, sans accès aux services et sans perspectives d’avenir.
Dans ce contexte, le président Félix Tshisékedi devrait proposer autre chose de beaucoup plus pertinent pour son pays et surtout pour sa population. Plutôt que de se concentrer sur des débats constitutionnels ou des réajustements institutionnels qui servent avant tout à sécuriser son pouvoir, il faudrait mettre en avant une feuille de route claire : relancer la lutte contre l’insécurité, rétablir l’autorité de l’État là où elle est absente, négocier des solutions politiques durables avec les acteurs locaux, et engager une véritable réforme de l’économie pour transformer la richesse du pays en emplois, en infrastructures et en services de base. C’est seulement sur ce type de programmes que peut se construire une légitimité durable, à la fois nationale et internationale.
Rédaction de Farafinainfo.com
Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat




