Les opérations de curage de caniveaux actuellement conduites à Conakry sous l’impulsion du ministre Aboubacar Camara interrogent profondément la qualité de notre gouvernance en matière d’assainissement. En 2026, continuer à s’appuyer sur des pratiques essentiellement ponctuelles et manuelles, sans cadre de gestion moderne ni outils de suivi structurés, donne le sentiment d’une démarche plus symbolique qu’efficace.
Un ministère aussi stratégique que celui de l’Assainissement et de l’Hydraulique ne peut fonctionner sur la base d’actions improvisées. Il devrait s’appuyer sur :
- Une politique nationale d’assainissement clairement définie,
- Des stratégies à court, moyen et long termes pour la gestion des eaux pluviales et des déchets,
- Des plans annuels de maintenance préventive des réseaux de drainage, avec calendriers, budgets et indicateurs de performance.
Des cas d’école africains à portée d’inspiration
Le continent africain offre pourtant plusieurs exemples de pays qui ont su professionnaliser la gestion de l’assainissement urbain et du drainage :
- Rwanda : politique cohérente de propreté urbaine, mobilisation citoyenne régulière (“Umuganda”), interdiction stricte de certains déchets et suivi systématique des ré
- Île Maurice : création d’une Land Drainage Authority dédiée à la gestion des eaux pluviales, avec des projets structurés, des études hydrauliques et des plans d’investissement pour réduire le risque d’
- Botswana, Cap‑Vert, Namibie, Tanzanie, et d’autres pays se distinguent également par des politiques d’eau et d’assainissement mieux structurées, intégrées aux objectifs de développement durable et pilotées avec des indicateurs clairs.
Ces expériences montrent qu’il est possible, en Afrique, de passer :
- D’actions ponctuelles “coup de balai”, à une gestion professionnelle des réseaux d’assainissement, articulée autour de la planification, des données et du suivi continu.
Le rôle d’un ministre : stratégie, pas curage
Voir un ministre en première ligne sur des opérations de curage peut être spectaculaire, mais ce n’est pas le signe d’une bonne gouvernance. Un membre du gouvernement devrait être avant tout :
- Porteur de vision et de stratégie,
- Garant d’un cadre national (lois, normes, investissements, partenariats),
- Responsable de la mise en place d’outils de pilotage modernes : systèmes d’information, tableaux de bord, rapports publics de performance.
Dans le management, la délégation est un principe clé :
- Aux services techniques le rôle d’organiser et d’exécuter les campagnes de curage ;
- Aux collectivités et prestataires le rôle opérationnel quotidien ;
- Au ministre la responsabilité d’orienter, planifier, contrôler et rendre compte.
Un dispositif moderne devrait intégrer des KPI tels que :
- Nombre de kilomètres de caniveaux curés par mois et par commune,
- Fréquence des interventions par zone sensible,
- Taux de caniveaux fonctionnels avant et après la saison des pluies,
- Nombre d’inondations signalées vs années précédentes,
- Satisfaction des populations concerné
Sans ce cadre, la présence du ministre dans les caniveaux relève plus de la communication ponctuelle que d’une politique d’assainissement durable.
Pour une approche réaliste et structurée du curage à Conakry
Une approche plus réaliste et efficace des opérations de curage pourrait reposer sur :
- Un plan directeur d’assainissement pour Conakry, intégrant cartographie des réseaux, zones inondables, priorisation des tronçons critiques ;
- Des campagnes de curage planifiées (avant et après la saison des pluies), avec des marchés formalisés, des équipes outillées et des procédures documentées ;
- L’implication des communes et des citoyens (sensibilisation, journées de mobilisation encadrées, sanctions ciblées pour les dépôts sauvages) ;
- La mise en place de rapports publics réguliers sur l’état des réseaux et les résultats des actions mené
Une interpellation citoyenne constructive
Cette interpellation ne vise pas la personne du ministre, mais la qualité de la méthode engagée. Conakry a besoin :
- D’un ministère qui structure la politique d’assainissement sur la durée,
- De décisions fondées sur des données, des indicateurs et des bonnes pratiques internationales,
- D’une gouvernance qui dépasse le geste symbolique pour construire des solutions pérennes.
Un ministre de l’Assainissement et de l’Hydraulique doit être à la manœuvre sur la stratégie, la vision et la gouvernance, pas dans la posture de chef d’équipe de curage. C’est à ce niveau que se jouera, durablement, la transformation de Conakry en ville plus propre, plus résiliente et mieux préparée aux défis climatiques et urbains.
- Mohamed KEITA
Tél : 622 03 54 79
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