Dr. Diakité : « Les Sud -Africains ont vite oublié l’histoire de la ségrégation … »

Tous les lundis dans notre rubrique intitulée [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS], la Rédaction de #Farafinainfo se fait le devoir de revenir sur l’actualité brûlante de la semaine écoulée en interrogeant un intellectuel africain en la personne de Dr. Mory Mandiana Diakité sur des questions de la bonne Gouvernance & des réalités sociopolitiques et économiques en RD Congo, en Afrique du Sud et au Burkina Faso. Il décrypte et analyse les faits marquants dans ces trois pays en éclairant la lanterne des internautes du site panafricain d’informations générales, 

L’Universitaire Dr. Mory Mandiana Dialité

Ces chiffres semblent être largement sous-estimés eu égard aux difficultés d’accès à de nombreuses zones, qui sont pourtant en proie à cette maladie épidémique.”

1-[RD CONGO] – “La RD Congo, frappée par le virus Ébola, est confrontée à une ‘’collision catastrophique’’ entre maladies et conflits, prévient l’OMS”, rapporte BBC Afrique. Qu’en pensez-vous ?

La RDC est effectivement confrontée ce dernier temps à la résurgence du virus Ébola, qui aurait fait au moins 220 morts pour plus de 900 cas probables. Ces chiffres semblent être largement sous-estimés eu égard aux difficultés d’accès à de nombreuses zones, qui sont pourtant en proie à cette maladie épidémique.  Comme l’a décrit l’OMS, ce vaste pays d’Afrique centrale fait face à une ‘’collision catastrophique’’ entre maladies et conflits armés violents.  Les défis majeurs auxquels font face les équipes sanitaires engagées dans la lutte contre cette maladie sont l’insécurité, la désinformation et la résistance communautaire. Rappelons que Bunia, la capitale de la province de l’Ituri, est le foyer de l’épidémie actuelle d’Ébola.

Ce qui est déplorable en Afrique, notamment dans les pays francophones, c’est que les dirigeants préfèrent subir que d’agir plus tôt pour prévenir. Les États roulent sur leurs maigres réserves, si fait que lorsqu’une crise humanitaire éclate comme celle que connait la RDC de nos jours, sans l’aide internationale, c’est la catastrophe. Sinon, comment se fait-il que, étant l’un des pays abritant les chauves-souris frugivores considérées comme des réservoirs naturels du virus Ébola, qu’on n’ait pu mettre en place un système efficace d’alerte précoce et de pouvoir circonscrire les premiers cas dépistés ? D’autant plus que la maladie n’est pas à sa première apparition dans cette région. Cette résurgence qui coïncide aux offensives sporadiques des rebelles du M23 complique la tache aux équipes sanitaires évoluant sur le terrain. Bref, au regard du contexte sécuritaire volatile que connait le pays, le déclin de la maladie surviendra surement avec l’augmentation de l’immunité globale de la population.

“Vu l’intensification des attaques xénophobes contre les émigrants, le Ghana a effectivement entamé le rapatriement de ses ressortissants, dont une première vague de 300 personnes déjà rapatriées.”

2-[AFRIQUE DU SUD – GHANA]- “300 Ghanéens sont arrivés aujourd’hui à Accra, rapatriés d’Afrique du Sud après les manifestations xénophobes de ces dernières semaines.”, rapporte TV5 Monde. Quel regard portez sur cette triste situation ?

Les manifestations xénophobes auxquelles sont victimes les ressortissants des pays africains en Afrique du sud sont scandaleuses. Selon plusieurs sources, elles sont motivées par un chômage massif (dépassant 30 % de la population active) et une forte pression sur les services publics. Dans un climat économique et social tendu, de nombreux groupes anti-immigration se constituent et multiplient des défilés et des rassemblements dans les grandes villes du pays, notamment à Johannesburg, Pretoria et Durban. Vu l’intensification des attaques xénophobes contre les émigrants, le Ghana a effectivement entamé le rapatriement de ses ressortissants, dont une première vague de 300 personnes déjà rapatriées. Si c’était les Blancs qui commettaient ces actes ignobles contre les Noirs, cela provoquerait un tollé sur les réseaux sociaux partout dans le monde. Les Sud-africains ont vite oublié l’histoire de la ségrégation raciale dont ils furent victimes, et qui a suscité la mobilisation de plusieurs peuples à travers le monde pour les soutenir politiquement, financièrement et diplomatiquement. Ils doivent être conscients que s’ils sont à un tel niveau de développement au point d’attirer les jeunes gens issus d’autres pays d’Afrique, c’est grâce aux Blancs. Ils bénéficient les bienfaits de la longue période de domination des Blancs. Sinon, ils seraient aujourd’hui au même niveau de développement que ses voisins ; donc leur pays n’aurait attiré personne, en tout cas, pas en grand nombre. Ironie du sort, c’est le même ANC qui est au pouvoir, et qui a bénéficié du soutien de tous les africains. Je crois qu’il y a une complicité au sommet de l’État pour que ce fléau perdure, et devient populaire et cyclique avec son cortège de dégâts. Si les Sud-africains ne font pas attention, ils donneront raison à leurs anciens tortionnaires, que sont les suprémacistes blancs. Car, à l’époque de l’apartheid, on ne parlait pas de xénophobie, plutôt la ségrégation raciale. Quoi qu’il en soit, les autorités sud africaines doivent mettre fin à ces manifestations le plus vite que possible. C’est salissant comme image pour une nation autrefois surnommée : nation arc-en-ciel.

Les États africains doivent s’investir davantage dans l’éducation des enfants tout en reformant le système éducatif en l’adaptant à nos réalités concrètes.”

3-[BURKINA FASO]- « Au Burkina, la grande mosquée sunnite de Ouagadougou est sous surveillance. Actuellement, les alentours de la mosquée sont bouclés et la police est sur place, une mesure mise en place par les autorités après l’annonce jeudi 28 mai de la fermeture ‘’ jusqu’à nouvel ordre’’ de la mosquée, pour ‘’ risques de troubles à l’ordre public ‘’. Mardi soir, veille de la Tabaski, des manifestations avaient eu lieu, menées par les fidèles de la mosquée qui réclamaient la libération de leur imam disparu. C’est l’aboutissement d’une semaine de tensions. », rapporte RFI.  Quel commentaire faites-vous ?

La grande mosquée sunnite de Ouagadougou est fermée jusqu’à nouvel ordre, pour des risques de troubles à l’ordre public. Cette décision fait suite à l’interpellation de l’imam Kindo par des policiers à son domicile dans la matinée du mardi, 26 Mai 2026. Une interpellation qui intervient deux jours après qu’il ait formulé des critiques acerbes contre le projet de loi sur les libertés religieuses adopté le 19 mars dernier.

De mon humble point de vue, je crois que la religion, qu’elle soit chrétienne ou protestante ou musulmane, devient un facteur de sous-développement en Afrique noire. Selon des sources anonymes, la région de Bamako à elle seule a plus de mosquées que ne dispose toute l’Arabie Saoudite. Cela peut être pareil pour Kinshasa, en terme du nombre d’églises, qui semble en dispose plus que toute l’Italie. Pendant ce temps, en Iran, la religion contribue au développement et à la construction de la paix sociale. Sommes-nous plus religieux que les Turcs ou les Iraniens ? Pourtant ceux-ci avancent. Le contraste, c’est que certains veulent instaurer la forme primitive de la religion dans un monde ultra modernisé dominé par les réseaux sociaux, et bientôt de l’intelligence artificielle. En étudiant seulement que la théologie, l’unique opportunité d’étude offerte par l’Arabie Saoudite aux pays africains, qu’est-ce qu’on devient dans la vie pratique, si ce n’est d’être un imam de son village ou de son quartier ? La maitrise des pratiques religieuses ne peut faire développer une nation. L’apport des diplômés des universités islamiques reste strictement social. Ils vivent des aumônes et de ce qu’ils perçoivent lors de la célébration des baptêmes, des obsèques, et autres dons qui leur sont offerts par les fidèles ou des chercheurs des bénédictions. Ceux qui bénéficient de l’accompagnement des monarchies du Golfe parmi eux deviennent des prédicateurs, qui ont pour mission principale l’expansion de l’islam par les prêches, la construction des mosquées et des écoles coraniques. Et c’est dans ces mosquées et écoles, que les promoteurs du djihad partent le plus souvent puiser les combattants bon marché pour la prédication et le combat. Je crois que l’imam Kindo appartient à cette catégorie des prédicateurs radicaux bénéficiant du soutien de l’Arabie Saoudite et de ses alliés. C’est des gens qui veulent coute que coute imposer l’islam ancien à tout le monde, notamment l’instauration de la charia. Et avec l’appétit insatiable des dirigeants du Golfe pour l’or et le diamant principalement, l’islam est instrumentalisé à outrance pour faciliter le pillage des ressources du continent à travers des groupes armés antagoniques. Ces prédicateurs constituent en fait la branche politique des djihadistes qui ont pris les armes contre les autorités politiques de leurs propres pays. Les occidentaux, qui sont les pires prédateurs opportunistes, assurent le montage et la mise en œuvre des projets d’attaques des groupes terroristes. Ils organisent, forment et arment les terroristes, qu’ils catégorisent et manipulent comme bon leur semble. Tandis que le financement est assuré par les monarques du Golfe.

Bref, pour que la religion soit tolérante et bénéfique, il faut que l’apprentissage de l’arabe et les pratiques religieuses soient associés à l’apprentissage de la science. Sinon, on ne fera que former des futurs terroristes déguisés en djihadistes. Les États africains doivent s’investir davantage dans l’éducation des enfants tout en reformant le système éducatif en l’adaptant à nos réalités concrètes.

Rédaction de Farafinainfo.com

Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat