Guinée, Sénégal, Mauritanie, Arabie Saoudite : Ces Africaines qui font vibrer les stades

DOSSIER – Un mois, un métier : le football – Damaye Camara, Tacko Diabira et Kadiatou Diop font partie de ces jeunes filles qui refusent de croire à l’adage populaire selon lequel « le football est un métier d’homme ». Découvrez le parcours inspirant de ces jeunes femmes destinées à marquer les stades de leur empreinte.

Par Camara Mamady, Journaliste Farafinainfo.com

Entretien croisé avec… FATOUMATA BINTA CAMARA & M’MAHAWA CAMARA, deux joueuses de l’Académie Racine Club  Féminine de Coyah

Farafinainfo.com : Comment souhaiteriez-vous être présentée aux internautes de Farafinainfo, site panafricain d’informations générales ?

Fatoumata Binta Camara : Je m’appelle Camara Fatoumata Binta, je suis élève en 9ème année au collège-lycée Maniah. Mon rêve est de devenir joueuse professionnelle.

 

M’mahawa Camara : Je m’appelle Camara M’mahawa, élève en classe de 10ème année au collège de Manéah.

Fatoumata Binta et M’mahawa, quand vous avez choisi le football, quelle a été la réaction de vos parents ?

F.B.C : Avant, ma mère n’acceptait pas mon choix, c’est mon père qui l’acceptait. Ma mère n’acceptait pas que je joue au foot, c’est encore mon père qui acceptait. Et jusqu’à présent, la maman s’y oppose ! Oui, jusqu’à présent, il y a cette réticence. Oui, elle s’y oppose.

M.C : Jouer au football est une passion qui m’anime depuis l’enfance. C’est en regardant mes amis, hommes et femmes, y jouer que ce désir est né. Bien que beaucoup d’entre eux soient aujourd’hui partis à l’étranger, mon amour pour ce sport reste inchangé et je continue à le pratiquer avec autant de ferveur. Mes parents me soutiennent à 100 % ! Mon père m’aide avec les frais de transport et ma mère m’encourage.

Que disent vos voisins à ce sujet ?

F.B.C : Il existe beaucoup de préjugés sur le football féminin, mais peu de gens mesurent l’impact et l’évolution de ce sport aujourd’hui. Lorsque ma famille me demande d’où vient cette passion, je réponds que le football est mon combat personnel. C’est un parcours que j’ai débuté dès l’âge de 10 ans. Grâce à ma persévérance et à nos discussions, mes proches ont fini par comprendre mes motivations et m’encouragent désormais à vivre mon rêve.

M.C : Ah, les voisins ! Ils parlent beaucoup. Certains disent que quand on s’habille [en tenue de sport], c’est pour aller au terrain chercher des garçons, pas pour jouer. Selon eux, une femme ne joue pas au football et n’y a aucun avenir. Tout le monde dit ce qu’il veut. Mais j’ai le courage de continuer. Est-ce que ça me dérange ? Pas du tout. L’important, c’est que mes parents me soutiennent, et c’est tout ce qui compte. Mon ambition ? Devenir une grande joueuse, et pas seulement pour mon pays. Quand ma tante me demande pourquoi j’aime le foot, je lui explique que c’est mon combat et ma chance à saisir. C’est une passion qui m’anime depuis mes 10 ans. J’ai pris le temps de leur expliquer, ils ont fini par comprendre et m’ont enfin donné ma chance sur le terrain.

Comment envisagez-vous votre évolution professionnelle à un horizon de  cinq ans ?

F.B.C : Dans 5 ans, je veux être joueuse professionnelle. Mon objectif est de jouer pour le Barça, et la finalité absolue, c’est de porter le maillot du Syli National pour représenter mon pays.

M.C : Actuellement, je n’ai pas vraiment d’idole. Même ici en Guinée, je ne peux pas dire que je suis le modèle d’une joueuse en particulier. Mais il y a des filles très talentueuses au Barça qui m’inspirent. Je connais beaucoup de joueuses, et aussi des garçons comme Cristiano, Messi ou Neymar. Malgré tout, je veux avoir mon propre style et être unique en mon genre. Dans 5 ans, je me vois dans un grand club, ou à l’étranger, en train de devenir une grande joueuse et une femme battante.

Entretien croisé réalisé par C.M

 

Portrait – KADIATOU DIOP : De l’amphithéâtre au rectangle vert, le pari réussi d’un étudiant sportif !

Kadiatou Diop est une magnifique jeune joueuse dont la conduite de balle n’est plus du football, mais une véritable symphonie musicale. Et pourtant, elle refuse toute perspective de carrière dans le milieu du football en raison de ses impératifs familiaux.

 « J’aime bien le football, mais mon père s’oppose totalement à ce que je joue au football. Par conséquent, je n’ose pas mettre ma tenue d’entraînement à la maison pour me rendre au stade. », s’est-elle confiée tout en évoquant les efforts déployés pour ramener son père à la raison, des efforts qui sont restés vains : « En tout cas, j’essaie de lui faire comprendre les choses, mais je n’ose pas trop. À un moment donné, il m’a dit que s’il me voyait jouer, il me chasserait de la maison et me retirerait de ses enfants. C’est pour cela que je le fais en cachette. Comme il travaille en ville et ne rentre que les vendredis, samedis et dimanches, je joue quand il n’est pas là. Quand il est à la maison, je me cache. Je vais m’entraîner habillée normalement, puis je mets mon maillot sur place. Quand je finis, j’enlève mon maillot avant de revenir s’il est là. »

Une tête bien faite dans un corps bien fait. Une joueuse exceptionnelle, dotée d’une grande finesse d’esprit et d’une très belle prestance. La jeune femme a fait des études de médecine et est aujourd’hui technicienne de laboratoire. « Je suis titulaire d’un diplôme en Biologie médicale (option laboratoire) obtenu à l’Université Gamal Abdel Nasser (UGAN) de Conakry. J’occupe actuellement le poste de stagiaire à Cochérie», a-t-elle révélé cette jeune femme célibataire, intelligente, joviale et ouverte d’esprit, qui est aujourd’hui en quête de son tout premier emploi.

 

Portrait – DAMAYE CAMARA : « Nous voulons jouer la CAN, mais cela exige d’abord d’avoir un championnat organisé et compétitif »

Damaye Camara, capitaine de l’équipe nationale féminine de Guinée et joueuse d’Abha Club en Arabie Saoudite, partage son parcours. Malgré une qualification historique au 1er tour des éliminatoires de la CAN, l’aventure s’est arrêtée au second tour face au Mali. Elle appelle à la création d’un championnat féminin guinéen pour espérer se qualifier un jour.

Farafinainfo.com : Pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de Farafinainfo.com, site panafricain d’informations générales ?

Damaye Camara : Je m’appelle Damaye Camara. Je suis une joueuse internationale guinéenne et la capitaine de l’équipe nationale féminine A. J’évolue au poste de milieu offensif et de latéral gauche au sein du Abha Club en première division saoudienne.

Le Syli Féminin a réussi une entrée en lice magistrale pour les éliminatoires de la CAN Féminine 2024 en écrasant l’île Maurice (8-0 à Conakry, 3-0 à Port-Louis). Quelle a été votre première réaction après ce premier cap franchi avec brio ?

Ce fut une joie immense, indescriptible et une grande fierté pour moi en tant que capitaine, ainsi que pour tout le staff. Nous avons tout donné pour franchir le premier tour des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) pour la toute première fois, avec une victoire écrasante. Cet exploit a été salué par nos proches, le staff et tout le peuple de Guinée.

Suite à cette belle double confrontation, aviez-vous reçu des félicitations particulières de la part de l’ancien sélectionneur Kaba Diawara ou de certains joueurs du Syli National A ?

Effectivement, nous avons reçu de nombreux messages de félicitations, venant aussi bien du staff que du peuple de Guinée et de nos proches.

Qu’est-ce qui explique, selon vous, votre nette supériorité face aux Mauriciennes lors de ces deux confrontations ?

En nous entraînant durement matin et soir, nous étions déterminés à remporter ce match. Ensemble, nous l’avons fait, en nous serrant les coudes jusqu’à la fin.

Quelle a été l’empreinte réelle du sélectionneur Sékou Tidiane Kaba, alias « Kaba Sports », dans ces premiers succès ?

C’est le fruit de nos entraînements intensifs, matin et soir. Nous étions déterminées à gagner ce match, en nous donnant la main et en restant solidaires. Le coach nous motivait chaque jour en disant : « Restez concentrées, les filles. Nous aussi, nous pouvons le faire et jouer la CAN féminine, j’en suis sûr et certain. Battez-vous et donnez le meilleur de vous-mêmes sur le terrain. Ne voulez-vous pas que vos parents vous regardent à la télé ?

Après un premier tour maîtrisé, l’équipe a croisé le fer avec le Mali lors du tour de barrage décisif. Comment aviez-vous préparé cette double confrontation très attendue ?

Les préparatifs se sont bien déroulés, dans le travail et la rigueur. Malheureusement pour nous, nous avons été éliminés au second tour des qualifications contre le Mali 🇲🇱, marquant ainsi la fin de notre aventure.

Pourriez-vous nous décrire l’atmosphère de travail et l’esprit de cohésion qui ont prévalu au sein du groupe du Syli Féminin pendant toute cette campagne ?

L’ambiance du groupe était formidable : soudées et déterminées, c’était notre véritable force.

Malgré la fin de cette aventure, quel bilan dressez-vous ? Et surtout, quelles sont les priorités pour que le football féminin guinéen se qualifie pour la prochaine CAN ?

Défaite contre le Mali 🇲🇱 : ce n’est pas la fin du monde, mais le football est un combat de tous les jours. Sans championnat féminin ni véritable soutien, nous continuons pourtant de tout donner pour notre pays. Nous voulons jouer la CAN, mais sans un championnat organisé et digne de ce nom par les autorités guinéennes, la qualification sera impossible. ⚽ Merci à tous ! 🙏🏻

Entretien réalisé par C.M  

 

Interview – TACKO DIABIRA : « Aucun sport n’est masculin, faites ce qui vous procure du plaisir »

Internationale mauritanienne, Tacko Diabira évolue aujourd’hui sous les couleurs de l’AS Dakar Sacré-Cœur au Sénégal. Entre passion d’enfance, exil et ambitions internationales, la footballeuse se confie sur son parcours, son statut de modèle et ses rêves d’Europe.

Une passion innée et le déclic professionnel

Honnêtement, je ne saurais vous dire quand tout a commencé. Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours joué au football. Le déclic est venu de mon entourage. À force d’entendre les gens et les coachs me répéter que j’avais le potentiel pour devenir footballeuse professionnelle, j’ai fini par y croire. Concernant ma famille, je n’ai pas eu à faire de grande annonce préalable. L’opportunité d’intégrer un club s’est présentée, nous nous sommes concertés pour analyser les avantages, et l’aventure a commencé.

Briser les stéréotypes du football féminin

Pour évoluer dans une discipline, le meilleur conseil est de ne pas écouter les critiques. Faites ce qui vous semble bon et ce qui vous procure du plaisir, tout simplement. Aucun sport n’est masculin. Ceux qui prétendent le contraire n’ont aucun argument valable. Aujourd’hui, je pense être un exemple pour certaines jeunes filles. C’est une responsabilité qui me pousse à faire encore mieux chaque jour.

 L’expérience du Sénégal et les ambitions d’ailleurs

Quitter mes proches pour le Sénégal n’a pas été facile, c’était la première fois que je m’éloignais d’eux. Mais la volonté de vivre de ma passion a pris le dessus, ce qui m’a permis de franchir le pas avec détermination. Désormais, j’aspire à aller plus loin. Je n’ai pas encore eu d’opportunités concrètes pour quitter le Sénégal, mais si une occasion se présente demain, je partirai sans hésiter. C’est mon souhait le plus cher. Pour la suite, on verra bien, l’avenir nous le dira, Inch’Allah.

Le football en Mauritanie : un envol à financer

Une équipe nationale a été créée en 2017. Elle progresse petit à petit, étape par étape. Malheureusement, les moyens financiers et logistiques ne sont pas encore mis à disposition pour lui permettre de réellement décoller.

Le mot de la fin

Je vous remercie de m’avoir donné la parole. Je vous souhaite le meilleur, en espérant que la prochaine fois que nous échangerons, je serai basée hors du continent africain, Incha’Allah.

N.B : Les Aigles de la Médina enregistrent l’arrivée de l’attaquante internationale mauritanienne Tacko Diabira. Elle arrive de Dakar Sacré-Cœur, club sous les couleurs duquel elle s’est illustrée durant cinq saisons. Redoutable devant le but, Tacko a survolé le classement des buteuses : numéro 1 du championnat en 2023/2024 et co-meilleure marqueuse en 2024/2025. Une recrue de choix pour renforcer notre attaque et viser toujours plus haut !

 Interview réalisée par C.M

 

Fiche d’identité : ALPHA SYLLA alias “BOATENG”

 

  • Fonction : Entraîneur principal au Racine Club de Coyah
  • Parcours : Un autodidacte passionné. Sans formation académique initiale, il s’appuie sur l’expérience du terrain (« l’école de la rue ») pour transmettre son savoir-faire avec professionnalisme, malgré des ressources financières très limitées.
  • Mission & Vision : Il encadre quatre catégories de jeunes. Son ambition majeure est de structurer un projet sportif d’envergure pour hisser l’équipe féminine au sommet.
  • Défis & Engagements : Malgré les sacrifices personnels, il se bat au quotidien pour offrir un avenir meilleur à la jeunesse à travers le football.
  • Contexte Politique : Lors des entretiens, il a déploré l’absence de certains candidats sur le terrain, tout en insistant sur l’importance cruciale de l’implication des figures locales (maires, députés) pour financer et accompagner les projets associatifs.

Fiche d’identité réalisée par C.M

 

DOSSIER FARAFINAINFO – Un mois, un métier : le football – par CAMARA MAMADY 

Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat