Une gare routière moderne pour Conakry : au-delà de l’initiative, le pragmatisme doit primer

L’initiative de doter notre capitale d’une gare routière moderne est, sans aucun doute, à saluer.

C’est une nécessité.

Pour ceux qui empruntent régulièrement les routes nationales ou se rendent dans les pays voisins, le constat est sans appel : voyager depuis Conakry relève encore trop souvent du parcours du combattant.

Désordre autour des points de départ, stationnement anarchique, insalubrité, insécurité, absence d’espaces d’attente dignes, gestion peu structurée des flux de voyageurs et de véhicules… Nos gares routières actuelles ne sont plus adaptées aux réalités d’une capitale dont la population et les activités ne cessent de croître.

Le récent mouvement observé des occupants de la gare routière de Madina sur l’autoroute Fidel Castro, dans la perspective d’un projet de construction, traduit certainement une volonté de trouver une réponse à cette situation.

Mais une question essentielle mérite d’être posée : où doit-on construire cette gare pour qu’elle réponde réellement aux besoins de Conakry d’aujourd’hui… et surtout à ceux de Conakry de demain ?

NE CONFONDONS PAS BESOIN IMMÉDIAT ET SOLUTION DURABLE

Conakry n’est plus une ville que l’on peut penser uniquement à travers Kaloum, Madina ou quelques pôles historiques.

La dynamique démographique et l’expansion du Grand Conakry ont profondément modifié les flux de population, de marchandises et de véhicules.

Chaque jour, des milliers de personnes convergent vers les mêmes zones, notamment vers le centre administratif et économique.

Dans ce contexte, implanter une grande gare routière au cœur des zones déjà saturées pourrait paradoxalement contribuer à accentuer la congestion que nous cherchons précisément à résoudre.

Il faut donc dépasser la logique du « j’en ai besoin aujourd’hui, construisons-le aujourd’hui ».

Un grand investissement public doit répondre au besoin d’aujourd’hui sans créer le problème de demain.

PENSER GRAND CONAKRY, PAS SEULEMENT CONAKRY

Par réalisme territorial, la réflexion devrait porter sur le Grand Conakry, avec un choix de site permettant de rapprocher la gare des grands corridors de sortie de la capitale, tout en la connectant efficacement aux différents pôles urbains.

Une gare moderne pourrait ainsi devenir bien plus qu’un simple lieu d’embarquement.

Elle pourrait être un véritable pôle de mobilité et de services, intégrant :

  • des espaces d’embarquement organisés ;
    • des parkings adaptés aux bus et véhicules particuliers ;
    • des espaces d’attente modernes ;
    • des sanitaires et services de restauration ;
    • une billetterie et une information voyageurs digitalisées ;
    • des dispositifs de sécurité et de contrôle ;
    • des espaces pour les transporteurs et leurs activités connexes ;
    • des connexions avec les futurs systèmes de transport collectif ;
    • et surtout, des accès directs aux grands axes routiers.

LES DONNÉES DOIVENT GUIDER LA DÉCISION

Nous devons sortir de cette logique de projets conçus uniquement à partir du besoin immédiat.

Les données existent. Elles doivent nous permettre de nous projeter à 20, 30, voire 50 ans.

Avant de retenir définitivement un site, pourquoi ne pas analyser les flux actuels et futurs de voyageurs et de véhicules ?
Pourquoi ne pas intégrer les projections démographiques du Grand Conakry ?
Pourquoi ne pas mesurer les temps de parcours, les coûts de congestion, les possibilités d’extension du site et son articulation avec les futurs projets routiers et de transport collectif ?

Une infrastructure structurante ne doit pas seulement être belle à son inauguration. Elle doit rester pertinente plusieurs décennies après.

C’est précisément là que se trouve la différence entre un projet et une vision.

SALUER LA VISION, ENCOURAGER LE PRAGMATISME

Il faut reconnaître et saluer l’élan de modernisation engagé sous l’impulsion du Président Mamadi Doumbouya.

Notre pays a besoin de grands investissements structurants.
Il a besoin d’infrastructures qui changent durablement le quotidien des populations.

Mais justement, plus la vision est grande, plus la responsabilité dans le choix des investissements est importante.

Les précédents exécutifs ont parfois réalisé des infrastructures qui répondaient à une nécessité immédiate, avant de se retrouver rapidement confrontés à leur saturation ou à leur inadéquation avec l’évolution des territoires.

Ne reproduisons pas les mêmes erreurs.

UNE INVITATION AUX AUTORITÉS

Aux autorités en charge de ce projet, notre interpellation se veut avant tout constructive :

Prenons le temps de bien penser cette gare avant de la construire.

Consultons les experts.
Écoutons les transporteurs.
Écoutons les usagers.
Analysons les données.
Intégrons les projections démographiques.
Anticipons les futurs réseaux de transport.
Et surtout, inscrivons cette infrastructure dans une véritable stratégie de mobilité et d’aménagement du Grand Conakry.

Au-delà de l’initiative, le pragmatisme doit primer.

Nous ne devons pas simplement construire une gare parce que Conakry en a besoin.

Nous devons construire la gare dont Conakry et la Guinée auront besoin demain.

C’est ainsi que les grands investissements publics deviennent de véritables héritages pour les générations futures.

Conakry mérite une gare routière moderne, fonctionnelle et digne de son statut de capitale.

Mais elle mérite surtout une gare bien située, bien dimensionnée, bien connectée et pensée pour durer.

Parce qu’en matière d’infrastructures publiques, le véritable coût n’est pas seulement celui d’un mauvais projet. C’est celui d’un projet qui devient trop petit quelques années après sa réalisation.

Construire, oui.
Moderniser, absolument.
Mais surtout : anticiper.

Mohamed KEITA, Analyste Économique

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