Fellah Kaké : « Ce qui se passe en Afrique du Sud est, très malheureusement, une situation regrettable »
Tous les lundis dans sa rubrique [ACTU DE LA SEMAINE EN 3 QUESTIONS], la Rédaction de #Farafinainfo se fait le devoir de revenir sur l’actualité brûlante de la semaine écoulée en interrogeant un intellectuel africain sur des questions de la bonne Gouvernance & des réalités sociopolitiques et économiques en Afrique. Fellah Kaké décrypte et analyse ces faits marquants en éclairant la lanterne des internautes du site panafricain d’informations générales.
L’Activiste panafricain Fellah Kaké
“À moins, bien sûr, que Diomaye n’utilise cette “arme secrète” souvent reprochée à certains dirigeants africains : empêcher un potentiel rival de se présenter à l’élection présidentielle, comme on l’observe fréquemment sur le continent”
1-[SÉNÉGAL]- Bassirou Diomaye Faye limoge Ousmane Sonko et dissout le Gouvernement. Ce limogeage n’a surpris grand monde. Beaucoup l’attendaient même comme une issue inévitable pour (vraiment) apaiser la crise au sommet de l’État sénégalais. Qu’en pensez-vous ?
Le duo Ousmane Sonko – Bassirou Diomaye Faye a tellement fait rêver les populations que la situation actuelle semble désormais diviser l’opinion en deux camps.
D’un côté, il y a ceux qui s’attendaient, tôt ou tard, à une rupture entre les deux hommes, en se basant notamment sur l’expérience de Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia en 1962. Selon eux, la cohabitation entre un Premier ministre fort, aux positions fermes sur certaines questions, et un président qui semble suivre une autre orientation, ne pouvait qu’aboutir à des tensions au sommet de l’État. Dans une telle configuration, le Président est souvent amené à prendre certaines décisions parfois contestables afin de rappeler qu’il demeure le véritable chef du pouvoir exécutif.
D’un autre côté, certains se disent déçus du limogeage de Sonko, car ils espéraient voir à la tête du Sénégal deux leaders capables de cohabiter et de partager le pouvoir dans l’intérêt du pays, à l’image du Vladimir Poutine – Dmitry Medvedev par le passé.
Cependant, au-delà de ces différentes positions, il faut tenir compte du contexte dans lequel Bassirou Diomaye Faye a été désigné candidat à l’élection présidentielle avant d’être élu Président. Quoi qu’on puisse dire, si Sonko n’avait pas été empêché d’être candidat, et s’il n’avait pas fait preuve de grandeur politique en misant sur Diomaye afin d’éviter que leurs adversaires ne conservent le pouvoir comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire entre Laurent Gbagbo et Don Mello, Diomaye ne serait probablement pas président aujourd’hui.
Après la désignation de Diomaye comme candidat, Sonko, à travers le PASTEF, a activement mené campagne pour son élection. Ainsi, beaucoup de Sénégalais s’attendaient à ce que Diomaye reste fidèle au programme de Pastef, puisque c’est principalement sur la base de ce projet politique qu’il a été élu.
Au regard de ce que représente Sonko pour Pastef et pour des millions de Sénégalais, ainsi que de son influence dans la gestion du pays sous Diomaye, il était presque inévitable que des tensions de cette nature apparaissent un jour.
Cependant, face à cette situation que certains présentent comme une trahison de Diomaye envers son ancien Premier ministre, nous, nous estimons plutôt qu’elle représente une opportunité pour Sonko.
En politique, chaque crise est révélatrice de quelque chose et peut devenir une opportunité pour celui qui sait la saisir. Sonko est loin d’avoir perdu toute influence au Sénégal, même sans fonction gouvernementale. Les militants de Pastef lui demeurent largement fidèles, et il pourrait revenir à l’Assemblée Nationale afin de continuer à servir son pays et de limiter les marges de manœuvre du régime de Diomaye si celui-ci s’éloigne du programme de Pastef. Le parti restant majoritaire à l’Assemblée, Sonko pourrait ainsi continuer à exercer une influence politique importante, tout en se consacrant à la réorganisation de son parti en vue de la prochaine élection présidentielle.
À moins, bien sûr, que Diomaye n’utilise cette “arme secrète” souvent reprochée à certains dirigeants africains : empêcher un potentiel rival de se présenter à l’élection présidentielle, comme on l’observe fréquemment sur le continent.
Cette situation peut donc représenter une véritable opportunité pour Sonko, à condition qu’il sache l’exploiter avec intelligence et stratégie. Car en Afrique, la popularité seule ne suffit pas pour conserver ou conquérir durablement le pouvoir.
“Nous avons notamment vu les prises de position de l’ancien président ainsi que du leader politique Julius Malema, qui n’ont pas manqué de condamner ces pratiques et de rappeler le rôle joué par les peuples africains dans la libération des Noirs d’Afrique du Sud de l’apartheid, ainsi que certaines valeurs fondamentales du panafricanisme.”
2-[AFRIQUE DU SUD]- “Les autorités sud-africaines ont accéléré l’évacuation de dizaines de ressortissants étrangers, notamment de la RDC, du Rwanda et de l’Éthiopie. Depuis plusieurs mois, les migrants en situation irrégulière sont la cible de campagnes xénophobes répétée”, rapporte TV5MONDE. Les étrangers sont accusés d’être “responsables du chômage et de la pauvreté” des Sud-Africains. Le panafricanisme reste-t-il un rêve d’actualité ?
Ce qui se passe en Afrique du Sud est, très malheureusement, une situation regrettable. Personne n’aurait imaginé qu’après tout ce que les Noirs d’Afrique du Sud ont subi pendant l’apartheid, ainsi que le soutien que l’ensemble des peuples africains leur ont apporté dans le cadre de leur lutte contre cette pratique inhumaine, certains Sud-Africains se lèveraient un jour pour s’en prendre à d’autres Africains, sous prétexte que ceux-ci seraient des étrangers ou qu’ils leur voleraient leur travail.
Il faut rappeler que les autorités sud-africaines sont en grande partie responsables de cette pratique xénophobe qui se déroule dans leur pays. Non seulement elles ont manqué d’éduquer suffisamment leur population sur leur histoire, notamment celle qui les lie aux autres peuples africains, afin qu’ils développent une véritable conscience historique, mais elles n’ont pas non plus agi avec fermeté pour empêcher les personnes animées par la xénophobie de s’en prendre aux « étrangers ». En effet, dans n’importe quel pays du monde, il existe des pratiques rétrogrades, mais lorsque des mesures adéquates sont prises, il est fort probable que les individus s’abstiennent de passer à l’acte.
Cependant, l’attitude regrettable de quelques individus ne remet pas en cause les valeurs fondamentales du panafricanisme ni l’importance de cette lutte. Le panafricanisme est aujourd’hui l’une des idéologies les plus répandues en Afrique ainsi que dans la diaspora, y compris chez certains Sud-Africains. Nous avons notamment vu les prises de position de l’ancien président ainsi que du leader politique Julius Malema, qui n’ont pas manqué de condamner ces pratiques et de rappeler le rôle joué par les peuples africains dans la libération des Noirs d’Afrique du Sud de l’apartheid, ainsi que certaines valeurs fondamentales du panafricanisme.
Dans n’importe quel pays du monde, il existe des personnes paresseuses qui pensent que leurs problèmes viennent des autres. Sinon, comment penser qu’un Rwandais, un Nigérian ou un Namibien puisse empêcher un Sud-Africain de trouver du travail dans son propre pays ?
Ainsi, le panafricanisme reste plus que jamais d’actualité, car les jeunes se mobilisent aujourd’hui partout en Afrique pour dénoncer ce qui se passe en Afrique du Sud, tout en rappelant la responsabilité des autorités ainsi que celle de certaines organisations panafricaines, comme Union africaine.
“Apprêtons-nous donc à assister à une forte domination de la GMD et de ses alliés à l’Assemblée ainsi que dans nos communes.”
3-[GUINÉE]- Quel regard portez-vous sur la campagne électorale du double scrutin législatif et communal en Guinée du 31 mai 2026 ?
La campagne électorale du double scrutin législatif et communal montre, une fois de plus, que ces élections sont sans enjeux majeurs. En effet, presque tous les candidats en compétition appartiennent au même camp, notamment la GMD et ses alliés, à l’exception de quelques partis politiques comme l’AGN, le FRONDEG, l’ARP, etc., qui tentent plus ou moins de montrer qu’il existe une véritable compétition sur le terrain.
Cette campagne révèle également que nous aurons une Assemblée nationale monocolore, dont les membres seront en grande partie issus d’un arrangement politique plutôt que d’une véritable élection au cours de laquelle les candidats seraient choisis en fonction de leurs programmes. En effet, même si les autres partis qui font exception dans ce processus parviennent à obtenir quelques sièges à l’hémicycle, ils ne feront pas le poids face à la GMD et à ses alliés, qui apparaissent déjà, à nos yeux, comme les futurs députés dominants de l’Assemblée. Il en sera probablement de même dans les communes.
Ce qui reste néanmoins intéressant dans ce processus, c’est le calme qui règne, car cela nous évitera au moins les violences postélectorales auxquelles nous avons malheureusement souvent assisté en Afrique.
Apprêtons-nous donc à assister à une forte domination de la GMD et de ses alliés à l’Assemblée ainsi que dans nos communes.
Rédaction de Farafinainfo.com
Farafinainfo à l’honneur : Le journaliste Chahreddine Berriah, lauréat




