Halte à la falsification de notre mémoire nationale

Monsieur Petit Barry,

En vous écoutant, une question s’impose : quel est le véritable objectif de votre démarche lorsque, au crépuscule de votre vie, vous présentez des faits historiques de manière contestable au risque d’altérer la mémoire collective des Guinéens ?

L’histoire d’une nation est un patrimoine commun. Elle ne peut être construite ni sur l’amnésie volontaire, ni sur les ressentiments, encore moins sur la négation de faits largement documentés. Elle exige de la rigueur, de l’honnêteté intellectuelle et le respect des sources.

À votre âge et au regard des responsabilités que vous avez exercées au sein de l’État, notamment comme Directeur du Bureau de presse à la Présidence de la République durant la Révolution, beaucoup attendaient de vous une parole de transmission, une pédagogie de la mémoire et une contribution à la réconciliation des générations. Malheureusement, certaines de vos déclarations semblent davantage nourrir la polémique que la compréhension de notre passé.

Je vous dois le respect dû à votre âge et à votre parcours. Mais ce respect ne saurait m’imposer le silence lorsque l’histoire de la Guinée est en jeu. Le devoir de mémoire est aussi un devoir de vérité.

Vous semblez minimiser, voire nier, l’existence des nombreux complots, tentatives de déstabilisation et agressions extérieures dont la Guinée a été l’objet durant les premières décennies de son indépendance. Pourtant, ces événements ne relèvent pas uniquement d’un récit politique. Ils sont documentés par des archives nationales et étrangères, des travaux universitaires, des publications spécialisées, ainsi que par des témoignages d’acteurs de l’époque.

Reconnaître l’existence de ces événements ne signifie pas justifier toutes les décisions qui furent prises par le pouvoir révolutionnaire. De la même manière, dénoncer les violations des droits humains, les arrestations arbitraires et les souffrances vécues notamment au Camp Boiro ne doit pas conduire à effacer le contexte géopolitique extrêmement tendu dans lequel évoluait la jeune République de Guinée.

L’histoire n’est ni blanche ni noire. Elle est complexe. Elle impose de reconnaître simultanément les menaces qui pesaient sur la souveraineté nationale et les dérives qui ont marqué certaines réponses de l’État. Refuser l’une ou l’autre de ces réalités revient à mutiler notre mémoire nationale.

Comme ancien détenu du Camp Boiro, votre témoignage est précieux. Mais aucun témoignage individuel, aussi respectable soit-il, ne peut à lui seul remplacer l’ensemble des faits historiques établis. La mémoire personnelle mérite d’être entendue ; elle ne doit pas devenir l’unique vérité historique.

La Guinée mérite aujourd’hui un débat serein, fondé sur les archives, les preuves et la confrontation des sources. Notre jeunesse a besoin de vérité, non de récits sélectifs. Elle a besoin d’apprendre à analyser son histoire avec esprit critique plutôt que d’hériter de divisions entretenues par des lectures partisanes.

Notre responsabilité collective est de transmettre une mémoire équilibrée : reconnaître les réussites, assumer les erreurs, honorer les victimes, défendre la vérité historique et préserver l’unité nationale.

L’ignorance lorsqu’elle devient militante est souvent plus dangereuse que le silence d’un intellectuel. C’est pourquoi nous devons dire non à toute tentative de falsification de notre mémoire nationale.

La vérité historique ne craint ni le débat ni les archives.

Soninké Diané

Citoyen

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